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Après le 40ème anniversaire de la C.G.T.G.

Première partie:


FORCE ET AFFAIBLISSEMENT

La CGTG a fêté son quarantième anniversaire le 23 novembre 2001. En effet, ce syndicat qui existait en tant que structure fédérale de la de la CGT française était devenue une CGTG indépendante en 1961. Mais en fait si on remonte aux origines réelles du syndicalisme, il faudrait parler de plus d’un siècle.
Ce syndicat est donc l’héritier moral de toute une expérience du mouvement ouvrier depuis la naissance du mouvement ouvrier en Guadeloupe, après l’abolition de l’esclavage en 1848. C’est un syndicat qui a inscrit dans son passé, dans ses luttes une identité de syndicat engagé dans la lutte de classes contre le patronat.
En particulier dans les années d’après guerre, la CGTG regroupaient derrière elle des dizaines de milliers d’ouvriers des champs de canne et des usines à sucre, des ports de Basse Terre et Pointe à Pitre, influençait des organisations de milliers de petits planteurs de canne. Chaque année elle dirigeait des grèves dures, d’ouvriers de la canne et du sucre, souvent violemment réprimées par les gendarmes coloniaux.
Pour des générations de travailleurs, la CGT ou la CGTG c’est le syndicat qui est contre les patrons, contre l’exploitation capitaliste. Cette image de classe, la CGTG l’a toujours gardée en dépit des périodes de difficultés ou malgré les erreurs et les faiblesses de tels ou tels de ses dirigeants.
Aujourd’hui, la CGTG est un syndicat qui est en train de se redresser, après avoir survécu à des secousses et à des attaques répétées et très rudes. Ce syndicat a toujours été encadré, animé par des militants socialistes ou communistes. Ces ouvriers, ces employés avaient choisi consciemment de mener la lutte quotidienne pour l’amélioration des conditions matérielles, pour les salaires, pour les conditions de travail dans une perspective de transformation complète de la société capitalise. Ces militants venaient soit du parti socialiste du 19 e siècle ou du début du 20e siècle, soit plus tard du mouvement communiste.
Les militants les plus actifs, les plus combatifs, les plus dévoués de la CGTG ont toujours été des gens engagés dans la lutte contre le capitalisme pour la transformation révolutionnaire de la société. Et cet engagement a toujours fait la force de la Fédération CGT ou de la CGTG. Mais du coup les faiblesses et les problèmes des partis auxquels étaient liés ces militants avaient aussi des conséquences sur le syndicat. C‘est ainsi que l’on peut dire que la CGTG a subi le contrecoup des turbulences qui ont secoué le Parti communiste guadeloupéen (P.C.G.) au début des années 60. Des exclusions nombreuses furent prononcées par la direction de l’époque dominée par Henri Bangou maire de Pointe à Pitre, Génies et cie, aujourd’hui membres du PPDG (parti progressiste démocratique guadeloupéen).
Ces exclusions touchèrent de nombreux militants liés à des syndicats ou fédérations de la CGTG. Le commerce, le bâtiment, la canne, les usines sucrières, les dockers furent pris dans la tourmente qui soufflait au P.C.G. Les militants exclus reprochaient à la direction du P.C.G. de l’époque de ne pas s’engager franchement, sincèrement dans la lutte pour la décolonisation et pour le changement de statut politique de la Guadeloupe. Ils leur reprochaient surtout de soumettre tout le parti à des intérêts électoraux immédiats, au détriment des perspectives de changements politiques et sociaux à long terme, au détriment de la lutte anti-colonialiste. Ce qui laissait alors la place libre à un débordement du parti par des militants nationalistes fraîchement arrivés sur le terrain, regroupés au sein du GONG.
La CGTG subit une importante hémorragie de membres et de cadres : Juste, Ludger, Tomiche, Destival pour ne citer que ceux là, mais derrière eux ce furent des dizaines de militants expérimentés qui quittèrent la CGTG. Cela créa d’un seul coup un vide immense qui ne fut jamais comblé mais au contraire s’aggrava quand une bonne partie des militants de l’agriculture rejoignirent les comités d’action montés par les nationalistes dans la canne. Ce qui leur permit, grâce à cet apport important de cadres déjà formés, de fonder ensuite l’UTA qui dirigea la grande grève de 1971 et toutes celles qui suivirent. D’autres organisations telles Fraternité ouvrière du bâtiment, le SPECOG du commerce continuèrent ensuite sous le nom de MASU avec d’anciens dirigeants ouvriers du P.C.G., l’UTA donna naissance à l’UGTG.
Là, la pression sur la CGTG se fit encore plus forte. Des secteurs entiers échappèrent alors à la CGT dirigée par H Songeons la Santé, le commerce, les usines à sucre, toute la canne, l’hôtellerie et surtout les municipaux qui devinrent le bastion de l’UGTG, etc...
La direction du P.C.G. de l’époque se montra incapable d’arrêter l’hémorragie et fit appel à un cadre, un organisateur de la CGT Française pour tenter de réparer les dégâts. C’est ainsi qu’arriva en Guadeloupe Albert Leroy. Celui-ci tenta de former de nouveaux cadres, entraîna des militants du P.C.G. de Pointe à Pitre à militer de nouveau à la CGTG. De cette tentative de redressement, il résulta un certain renforcement qui se poursuivit les années suivantes.


Deuxième partie

LE REDRESSEMENT DES ANNÉES 1975 à 2000



La CGTG avait été profondément blessée par les problèmes vécus tout au long des années 60 et 70. Elle était alors dirigée par H. Songeons. En 1975, il est remplacé par Claude Morvan. Rappelons que pendant cette période, nous avons vu apparaître l’UTA en 1970, l’UPG (union des paysans pauvres de Guadeloupe) en 1972 puis l’UGTG en 1973.
Des sections entières de la CGTG sont parties avec les dirigeants qui ont été exclus du parti Communiste (PCG). Le commerce avec Tomiche, les docks et la canne avec Ludger Nicolas et Juste, le bâtiment avec Destival, Calif est parti à la CFDT etc... La CGTG se retrouvera donc dans une position très difficile, sans doute la plus difficile depuis la création de la première Bourse du travail en 1902 et depuis la création de l‘Union des syndicats CGT de Guadeloupe en 1936.
Mais la CGTG a tenu le coup tant bien que mal et surtout elle ne s’est pas effondrée devant la montée importante des syndicats nationalistes, apparemment plus dynamiques. Elle a remonté le courant dans certains secteurs : bâtiment, santé, banane, PT-Télécom, sécurité sociale, banques etc. Lors de différentes élections professionnelles, lors des prud’hommes elles obtint de nouveau des succès.
Le document publié pour le 40ème anniversaire de la CGTG affirme :
«La CGTG continue cependant de progresser : en 1972, elle compte 25 bases organisées, 75 en 1975, 180 en 1977. En 1978, la CGTG compte 200 bases, avec près de 15 000 adhérents. En 1979, 250 bases.» Elle est majoritaire aux élections de prud’hommes. Même si ces chiffres comportent certaines exagérations, on voit malgré tout que le redressement s’est opéré très régulièrement tout au long des années 70 et se poursuivra dans les décennies 80 et 90. Avec des hauts et des bas. Mais, en cette période, les effectifs ne remonteront jamais au niveau de 1979. La crise est en effet passée par là, et plusieurs gouvernements de gauche qui ont provoqué des déceptions et un recul militant parmi les travailleurs.
Rappelons aussi qu’à partir de la fin des années 60 toutes les usines sucrières seront liquidées et il ne restera que celle du Moule (Gardel). Toute l’organisation économique et sociale qui s’articulait autour des usines sucrières a été jetée à bas. L’axe sucrier de Capesterre (usine Marquisat), Petit Bourg (Rougeole), Lamentin (Grosse montagne), Sainte Rose ( Bonne mère) a disparu. De même que celui qui allait de Pointe à Pitre-Abymes à Saint François en passant par Morne à l’eau, Port louis et Moule avec leurs différentes usines (Darboussier, Blanchet, Beauport etc. ). C’est tout un prolétariat d’usine qui servait de fer de lance et d’organisateur aux syndicats et aux luttes des ouvriers agricoles, liés à chacune de ces usines de transformation de la canne, qui a disparu. Avec eux ont disparu aussi les conducteurs d’engins, des conducteurs de trains de cannes, les transporteurs etc. Sans doute, d’autres métiers ont remplacé ceux qui ont disparu. Mais cette concentration, autour d’un noyau prolétarien d’usines ne s’est plus retrouvée qui faisait que jusqu’à 25 000 ouvriers agricoles étaient liés étroitement à quelques milliers d’ouvriers d’usines.
Par la suite les ouvriers du bâtiment seront eux aussi très nombreux et concentrés durant toute la période de rénovation urbaine (lancée vers 1962), de construction de lycées, de collèges. Puis à partir de 1980 ce sera là aussi le début du reflux. Les grands chantiers ont disparu, les grands mouvements sociaux aussi.
Aujourd‘hui c’est dans la banane, les hôpitaux, des services publics comme l’EDF, la Poste, Télécom que se retrouve une certaine concentration de salariés. Les grands super-marchés eux aussi regroupent des centaines de salariés en même temps, au même endroit, pour suer le profit pour les actionnaires de ce secteur.
C’est donc dans ces secteurs que la CGTG a recherché une nouvelle implantation et a dirigé des luttes importantes. Mais la centrale syndicale est restée toujours marquée par son manque de cadres expérimentés. Cela a pesé sur sa capacité à stabiliser ou développer ses effectifs et à transmettre des traditions de lutte à tous ceux qui jouaient un rôle d’organisation, de délégués ou de direction dans la centrale.
Les difficultés n’étaient pas encore terminées pour la CGTG car, de nouveau, une scission importante s’opéra au sein du parti communiste, en 1990-1991. On vit alors la plupart des dirigeants et des élus les plus connus, H. Bangou en tête, les Géniès, Moutoussamy, etc. quitter le P.C.G. pour aller fonder le PPDG.
Cela pesa de nouveau sur la CGTG qui se trouva confrontée à une situation trouble où les militants et dirigeants, membres du P.C.G, se durent lutter pour la survie d’un parti communiste très affaibli. Cela eut inévitablement des effets négatifs sur la CGTG, sur le moral des militants, sur leur détermination...
Mais ces militants continuèrent pour la plupart à militer au sein de la CGTG et aujourd’hui, bien qu’ayant perdu beaucoup de force, la CGTG qui accueille sans distinction, sans exclusive tous les militants qui se réclament des idées du mouvement ouvrier, des idées de classe favorable à l’émancipation des exploités, cette CGTG continue, malgré tout, sa remontée. Les militants et sympathisants de Combat Ouvrier, depuis les années 70, avec les moyens qu’ils avaient, ont contribué à la lutte pour le renforcement de la CGTG.
En dépit des faiblesses et des difficultés d’organisation, la CGTG a dirigé et organisé de nombreuses et importantes luttes durant les vingt dernières années. Certaines, dans le bâtiment, la banane, la Poste, à Télécom ou à la Sogea (distribution d’eau) ont été très combatives et très populaires. Elles ont aussi été couronnées de succès.
La commémoration du 23 novembre 2001, tout comme les manifestations antérieures, le premier mai 2001 de Marie Galante, le congrès de novembre 2000, ont montré que la CGTG reprend des forces. Elle se rajeunit, elle regagne du terrain ici ou là. Malgré les difficultés, ses militants n’ont jamais abandonné le drapeau de lutte de classe et toujours maintenu leur orientation fondamentale contre le capitalisme et pour une société débarrassée de l’exploitation et de l’oppression.
Mais ce qui fera véritablement de nouveau la force de la CGTG, c’est qu’elle retrouve pleinement cette image de marque de syndicat très combatif, partie prenante de toutes les luttes sociales contre le patronat et son Etat. Ce sera aussi qu’elle offre aux exploités la perspective d’un véritable changement social par leur mobilisation et par leurs luttes.


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