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Il y a 50 ans, le Front de Libération Nationale Algérien déclenchait la lutte armée contre le colonialisme français

Le 1er novembre 1954, plusieurs attentats ont eu lieu sur l’ensemble du territoire algérien. Des bombes ont éclaté dans des entreprises. Des casernes et des gendarmeries ont été attaquées ainsi que des armureries, des lignes téléphoniques et électriques coupées. Il n’y a pas eu de nombreuses victimes mais les dégâts matériels ont été importants. Ces attentats se sont produits simultanément. Ils ont surpris les autorités françaises. Ils ont été revendiqués par le Front de Libération Nationale (FLN) qui a ainsi déclaré la lutte pour l’indépendance. Au cours de cette lutte le FLN construira une véritable Armée de libération Nationale (ALN).
Au départ, ces organisations ont regroupé peu de militants. Les attentats ont été organisés par six hommes qui seront considérés comme les «chefs historiques»: Rabah Bitat, Mostefa Ben Boulaid, Didouche Mourad, Boudiaf, Krim Belkacem et Larbi Ben M’Hidi. Trois autres chefs ont dirigé les opérations de l’étranger dont Ben Bella qui se trouvait en Egypte. Ces dirigeants n’ignoraient pas leur faiblesse en nombre et en matériel mais ils étaient déterminés. Leur but était de déclencher les hostilités contre le pouvoir colonial et de faire basculer la population algérienne dans leur camp en frappant psychologiquement l’opinion comme ils le déclaraient. Cela allait entraîner une guerre durant 8 ans jusqu’à l’indépendance de l’Algérie en 1962.
Ces chefs, dont certains sont devenus des dirigeants de l’état algérien indépendant, ont été formés dans les rangs des premières organisations nationalistes apparues au cours des années 30.
Le sentiment national s’était éveillé dans les rangs des intellectuels et ouvriers qui ont milité dans l’émigration en France. Il s’appuyait sur le mécontentement de la population qui était confrontée à une situation de misère. Les discriminations entre musulmans et français installés en Algérie étaient frappantes. L’Arabe ou le Kabyle était méprisé et n’avait aucun droit. Il n’avait pas le droit de vote et seule une petite minorité d‘enfants était scolarisée.
Quant aux droits sociaux, ils étaient très en retard par rapport à la Métropole. Le chômage important forçait de nombreux Algériens à émigrer en France. Les Algériens, tout comme les Indochinois, les Malgaches et autres peuples de l’empire colonial français étaient considérés comme des citoyens de seconde zone et n’avaient pas les mêmes droits que les Européens vivant sur ces territoires. Cette situation ne pouvait que renforcer les rangs de toute organisation qui décidait de se lancer dans une lutte contre une telle oppression coloniale.
Les premières organisations nationalistes qui ont contesté le pouvoir colonial se sont battues pour davantage de libertés démocratiques. L’une, la plus importante le MTLD (Mouvement pour le Triomphe des Libertés démocratiques) fut dirigée par Messali Hadj et l’UDMA (Union Démocratique du Manifeste algérien) dirigé par Ferhat Abbas. Ces deux mouvements nationalistes se sont surtout appuyés sur des conquêtes électoralistes. Leur attitude réformiste et modérée va être contestée par des militants qui défendront l’action directe. Ces opposants ont surtout milité dans le parti de Messali Hadj et ont été très actifs dans l’organisation spéciale militaire (OS) du MTDL. Les premiers conflits vont éclater entre organisations nationalistes et pouvoir colonial en 1945 lors des événements de Sétif.
Au cours d’une manifestation pour le 1er mai, il y a eu des affrontements qui ont entraîné des heurts violents entre la population algérienne et les Européens. Les forces de répression sont intervenues contre les Algériens ; il y a eu près de 45 000 morts. Deux ans après, le gouvernement a accordé un droit de vote à la population algérienne. Mais en maintenant des différences entre le vote des Européens dits «pieds-noirs» et celui des arabes! Cela n’a rien changé sur le plan de ses conditions de vie. Même ce droit de vote limité n’a pas été respecté. L’administration française sur place a organisé ou couvert la fraude électorale durant plusieurs années.
De 1945 à 1954, les organisations nationalistes se sont battues pour obtenir des postes dans les assemblées. Elles auront des élus mais le colonialisme qui protégeait les intérêts des gros possédants pieds-noirs ou métropolitains restera sourd, même aux demandes les plus modérées de ces politiciens et notables algériens. Leur politique réformiste, jugée inefficace, va finir par les déconsidérer et sera la cause de divisions internes qui aboutiront à la sélection de militants sur une base plus radicale. Les opposants les plus radicaux au sein du MTLD voulant s’appuyer sur la lutte armée ont ainsi scissionné pour créer le CRUA (Comité Révolutionnaire Pour l’Unité et l’Action). C’est cette organisation qui est devenue le FLN qui fit sa première apparition en 1954.
Face à la persistance de la lutte engagée en 1954, l’Etat français va mettre sur pied tout un appareil militaire et policier pour démanteler le FLN. La répression sera sanglante. Des pouvoirs spéciaux ont été donnés aux chefs militaires et civils pour mener la «pacification», appellation qui tente de camoufler une véritable guerre coloniale qui commence alors en Algérie. Guerre au cours de laquelle, des militants algériens ont été emprisonnés, torturés, assassinés. Mais la population n’a pas été épargnée par cette répression ce qui a fait basculer de nombreux Algériens dans le camp du FLN.
Mais cela n’empêcha pas ces dirigeants de considérer que s’ils se donnaient le droit de parler au nom du «peuple algérien», ils n’avaient pas de comptes à lui rendre et surtout que ce peuple ne devait prendre aucune part aux décisions concernant son avenir et au contrôle des luttes et actions engagées en son nom.
L’organisation qui a déclenché ce qui allait devenir «la guerre d’Algérie» pour l’indépendance de cette colonie française, le FLN, (Front de Libération nationale) voulait être le seul maître à bord. Ce Front de libération nationale s’est imposé par la légitimité de son combat mais aussi par la terreur et a mené des actions terroristes qui ont fait plus de victimes dans la population algérienne que parmi les Pieds-noirs (Européens) et les militaires français. On estime à plus de 16 378 le nombre d’Algériens tués par le FLN et à plus de 13 000 le nombre de disparus dans cette population contre 2788 tués et 875 disparus européens! Tous ceux qui s’opposaient au FLN ont été considérés comme des traîtres et éliminés physiquement.
Au nom du parti unique, il a pratiquement fait disparaître les autres organisations nationalistes ainsi que le parti communiste algérien. Les militants de ces organisations ont été contraints de rejoindre les rangs du FLN. La population algérienne a dû se plier à l’autorité de cette organisation qui a imposé des règles coraniques. Il a été par exemple interdit de consommer l’alcool et le tabac. C’est le FLN qui a eu le contrôle des tâches administratives comme le mariage. «L’impôt révolutionnaire» a été prélevé sous la contrainte.
C’était une façon de substituer de fait son pouvoir à celui du colonialisme, mais il l’a fait toujours en s’imposant par la force et en écartant les membres de la population de toute décision, de toute initiative.
Huit années de guerre et de répression, d’actions terroristes ont fait de nombreuses victimes. L’armée française disposa jusqu’à plus de 1 500 000 hommes sur le territoire algérien dont 250 000 soldats musulmans. On a compté, selon les chiffres du FLN, un million de morts du côté algérien. Selon les chiffres de l’armée française il y aurait eu 227 000 tués dits «musulmans». Ce chiffre est probablement très inférieur à la réalité. Mais, quels que soient les chiffres réels, ils montrent l’ampleur et la férocité de la répression coloniale!
L’armée française aurait eu 24 014 tués dans des combats et 65 000 blessés. Cette guerre prendra fin en 1962 avec la proclamation de l’indépendance suite aux accords d’Evian.
Parmi les chefs qui ont déclenché l’insurrection en 1954, et qui ont survécu, beaucoup sont devenus les dirigeants de l’Etat algérien indépendant, dont Ben Bella qui a été le premier président. Il a été très vite renversé par le colonel Boumediene qui était le chef de l’Armée de Libération Nationale (ALN). Ces dirigeants, comme ceux qui leur ont succédé jusqu’à aujourd’hui, vont mener la même politique, une politique antidémocratique, s’appuyant sur un seul parti (le FLN) au pouvoir. Ceux qui vont diriger l’Algérie vont imposer un régime de dictature à la population. Les syndicats autres que la centrale officielle seront interdits, les opposants, assassinés ou emprisonnés.
Le peuple algérien a payé cher pour gagner son indépendance ; cette lutte pour l’indépendance lui a permis de se débarrasser d’une oppression faite d’inégalités, de racisme, de mépris et de violence colonialistes. Mais tout au long de cette lutte, les dirigeants du FLN ont tout fait pour écarter toute expression et intervention de la population dans la direction de la lutte et, par la suite, dans l’exercice du pouvoir.
Ceux qui sont arrivés au pouvoir n’ont jamais été des représentants des travailleurs et de la population pauvre. En tant que dignitaires de l’armée ou du FLN, en tant que notables ou chefs religieux, ils se sont placés au-dessus des masses populaires algériennes. Leur seul objectif a été de chasser les Français d’Algérie au nom de la défense des intérêts futurs de la bourgeoisie algérienne. De ce point de vue là, ils ont réussi, mais les masses laborieuses et pauvres ont de nouvelles luttes à mener pour une réelle émancipation.
L’Algérie bourgeoise des chefs de l’armée ou du FLN n’a jamais pu répondre aux aspirations des couches populaires. La corruption dans les milieux dirigeants, les inégalités choquantes ont fait grandir sans cesse un immense mécontentement populaire qui fut exploité par les mouvements islamistes radicaux. Le FLN battu par eux dans les élections de 1992 a refusé de les laisser exercer les mandats gagnés dans ces élections.
Ces organisations islamistes, depuis plusieurs années, ont entrepris une campagne de terreur pour arracher le pouvoir au FLN et dirigent leurs coups sur la population pour la couper du pouvoir en place et l’obliger à reconnaître leur autorité.
Ainsi, des années après avoir arraché l’indépendance, sans avoir jamais permis la moindre expression démocratique du peuple algérien, les dirigeants du FLN en sont arrivés à livrer les travailleurs des villes et des campagne, les couches populaires, aux coups répétés des islamistes réactionnaires et assassins (GIA et autres groupes terroristes).
En l’absence d’une véritable organisation révolutionnaire défendant une politique opposée au FLN, les organisations islamistes ont réussi à capter un moment le soutien populaire et ont même menacé le pouvoir du FLN. Mais ces Islamistes sont tout aussi anti-démocratiques et réactionnaires, et veulent tout autant imposer leur pouvoir dictatorial à la population, par le biais de prétendues lois coraniques remontant au Moyen-Age le plus lointain.
L’avenir dépendra de la capacité des travailleurs et des jeunes Algériens à construire une nouvelle organisation révolutionnaire fondée sur une politique d’émancipation des travailleurs et des couches populaires. Cet avenir passera par la lutte contre les possédants et privilégiés du régime en place aujourd’hui, mais aussi contre l’islamisme et ses variantes terroristes ou non, pour l’établissement d’un pouvoir édifié et contrôlé de bout en bout par les masses travailleuses et populaires.


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