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Intervention d'Arlette Laguiller
au meeting du mardi 5 février 2002 à Colmar

   
Travailleuses, travailleurs, camarades et amis,
     Il n'y a vraiment pas de quoi se passionner pour le faux suspense qu'entretiennent Chirac et Jospin au sujet de leur candidature. C'est simplement ridicule.
     Il n'y a pas de suspense non plus pour ce qui est de leurs programmes électoraux, tels que l'avancent leurs partis respectifs, le RPR et le Parti socialiste. De toute façon, les quelques rares promesses électorales que l'un comme l'autre adressent aux classes populaires, ils ne les tiennent ni l'un ni l'autre.
     En 1995, Chirac avait fait campagne sur le thème de la "fracture sociale", qu'il promettait de combler. Depuis sept ans, la fracture sociale n'a cessé de s'élargir évidemment, sans que Chirac fasse quoi que ce soit pour freiner le mouvement.
     De son côté, deux ans après, lors des élections législatives anticipées, Jospin, alors porte-parole du PS, avait promis de s'opposer à la fermeture de l'usine Renault de Vilvorde. Mais, après les élections, Jospin, Premier ministre, s'empressa d'oublier la promesse et laissa les licenciements s'accomplir, ceux de Renault-Vilvorde comme bien d'autres ensuite.
     Cela dit, les promesses elles-mêmes sont significatives.
     Pour ce qui est du RPR, la couleur est vraiment annoncée. Le programme du RPR s'adresse surtout aux possédants, petits et grands, à qui il promet, pêle-mêle, un abaissement supplémentaire du taux de l'imposition des bénéfices, l'allégement de l'impôt sur les successions, la réduction de la tranche supérieure de l'impôt sur le revenu et bien d'autres cadeaux qui ne concernent que les riches et ceux qui vivent déjà confortablement.
     Oh, pour toucher une part plus large de l'électorat, le projet de programme du futur candidat de la droite envisage aussi une réduction de quatre points de l'impôt sur le revenu, sur toutes les tranches ! Mais une réduction de quatre points sur un salaire de 8.000 F, ce n'est pas un cadeau du même ordre qu'une réduction de quatre points sur les impôts d'un milliardaire ! Sans parler que ces réductions laissent de côté ces millions de contribuables qui gagnent trop peu pour être concernés par l'impôt sur le revenu mais qui payent quand même les impôts indirects, des impôts particulièrement injustes, comme la TVA, car ils frappent proportionnellement plus les pauvres que les riches.
     Et puis, la droite promet de nouvelles baisses sur les charges sociales patronales.
     Oui, ce sont des mesures ouvertement en faveur de la bourgeoisie. Mais rappelons que, pendant ses cinq ans de gouvernement, Jospin n'a annulé aucune des mesures favorables aux riches, prises par ses prédécesseurs, quand il n'y a pas rajouté les siennes propres.
     Le Parti socialiste, qui recrute un peu plus son électorat dans le monde du travail, se sent obligé de faire quelques gestes dans sa direction. Oh, ça ne va pas bien loin ! Aux jeunes chômeurs qui, aujourd'hui, n'ont même pas droit au RMI, le PS promet des "contrats volontaires de solidarité". Il proposera aux jeunes de 18 à 25 ans de participer à un "projet socialement utile" pour la somme royale de 381 _, c'est-à-dire 2.500 F par mois ! Et, encore, ce type de contrat serait limité à une période de 6 à 9 mois !
     Il promet aussi 200.000 contrats sociaux de travail, pour les chômeurs de plus de 50 ans et les exclus.
     Il est infiniment plus facile de faire des promesses de ce genre, aussi insuffisantes que vagues, et financées par l'Etat plutôt que d'obliger le grand patronat à utiliser une partie de ses profits à créer des emplois quitte à répartir le travail entre tous.
     Le PS a aussi trouvé son slogan de campagne : "La vie en mieux, la vie ensemble".
     La vie ensemble ? Mais qu'est-ce que cela signifie ? Le PS veut-il demander aux licenciés d'AOM ou de Valéo d'être solidaires de Sellière, leur ex-patron, responsable de leur licenciement ? Et comment les ouvrières de Moulinex, qui se retrouvent sur la paille au bout de dizaines d'années de travail, pourraient-elles envisager leur avenir "ensemble" avec les actionnaires qui gardent les fortunes amassées sur leur dos ?
     Les dirigeants du Parti Socialiste, oui, vont vivre ensemble, pensent avec les Seillière et ceux qu'il représente car ils sont du même monde. Mais ils ne vivront ni avec, ni pour les travailleurs.
     La réalité, au-delà des slogans électoraux, c'est que la société est divisée profondément entre deux classes : une minorité qui dispose de la fortune, des entreprises, des banques et qui exerce un pouvoir dictatorial sur l'économie ; et une majorité qui ne dispose de rien d'autre pour vivre que de sa capacité de travailler. Tout oppose ces deux classes sociales. Ce qui est un drame pour les travailleurs : les bas salaires, le chômage, est un avantage pour les patrons et les actionnaires. Les bas salaires augmentent leurs bénéfices et le chômage leur permet d'imposer des salaires encore plus bas.
     C'est cette réalité sociale qu'on cherche à dissimuler en parlant des "intérêts de la France" ou des "intérêts des Français". C'est cette inégalité profonde qui se cache derrière l'affirmation que "citoyennes et citoyens", nous sommes tous égaux devant la loi, tous disposant d'un bulletin de vote et, donc, de la possibilité de changer le gouvernement (exceptés les travailleurs immigrés, ce qui est une injustice).
     Pour ma part, si je m'adresse systématiquement aux travailleuses et travailleurs, c'est qu'on ne peut pas être à la fois dans leur camp et dans celui des exploiteurs. Par travailleuses et travailleurs, j'entends tous ceux qui produisent, qui font marcher la société : ouvriers, employés, chauffeurs routiers, techniciens, ingénieurs, cheminots. J'entends aussi tous ceux dont le travail est utile pour le présent et pour l'avenir de la société : personnel soignant, enseignants, chercheurs. Mais j'entends aussi tous ceux que l'économie capitaliste écarte de la production et transforme en chômeurs ; comme j'entends la jeunesse ouvrière, à qui on ne donne même pas sa chance de trouver un travail satisfaisant, ou encore les anciens qui doivent vivre, et souvent mal, de la retraite qu'on leur accorde, après une existence passée à enrichir le patronat. Tous ceux-là constituent une seule, une même classe ouvrière, quelles que soient leur situation juridique, leur origine, leur nationalité ou la couleur de leur peau.
     Eh bien, sans la vaste classe des travailleurs, la société ne pourrait pas fonctionner un instant, alors qu'elle pourrait se passer des patrons, des actionnaires, des financiers, des spéculateurs, des boursicoteurs ! La société pourrait se passer d'une Madame Bettencourt, première fortune de ce pays, qui gagne en une minute, sans rien faire, ce que gagnent les ouvriers de ses usines en travaillant durant un mois entier. L'économie pourrait se passer de ses semblables, presque aussi riches que la précédente, dont la principale activité consiste à se mener la guerre, à se disputer les entreprises juteuses, en laissant sur leurs champs de bataille des entreprises qui ferment et des travailleurs licenciés.
     Et je dirais même : sans cette couche de privilégiés qui vit de l'exploitation du travail des autres et, plus grave encore, oriente les capacités économiques de la société en fonction de ses seuls intérêts, quitte à ce que la société en crève, eh bien, sans cette couche de parasites, la société se porterait infiniment mieux !
     Alors, dans l'élection présidentielle à venir, les travailleurs, les victimes des plans sociaux passés et à venir ne peuvent pas soutenir la politique du gouvernement actuel, ni celle des gouvernements passés ou à venir de la droite. Ni Chirac ni Jospin et leurs alliés respectifs ne sont dans le camp des travailleurs ; ils sont dans le camp de la bourgeoisie, celui des riches et des possédants.
     Les mesures anti-ouvrières commencées par les uns sont poursuivies par les autres. Les attaques contre le système de santé du plan Juppé ont été poursuivies par le gouvernement Jospin. Les privatisations commencées sous Balladur ont continué sous Jospin aussi bien que sous Juppé. Et la gauche a même privatisé davantage que la droite. Balladur s'était attaqué aux retraites en allongeant la durée de cotisation et, par conséquent, l'âge où on peut partir avec une retraite pleine. Jospin n'est pas revenu dessus et continue d'année en année à exécuter les décisions de Balladur. Les lois de Chevènement, lorsqu'il était ministre de l'Intérieur, se situent dans la continuité des lois Pasqua-Debré contre les travailleurs immigrés.
     Le bilan des vingt dernières années est que cela va de mieux en mieux pour les profits des entreprises, c'est-à-dire pour les revenus de la bourgeoisie. Et cela va de plus en plus mal pour les salariés, dont la part dans le revenu national ne cesse de baisser.
     Derrière les statistiques générales, combien de drames individuels pour ceux qui sont tombés dans le chômage et pour leurs familles ? Combien de malheurs pour ceux qui sont contraints de vivre avec l'allocation de chômage, le RMI ou un salaire tellement bas que s'en sortir tient du miracle ? Combien de malheurs pour ceux qui sont contraints d'habiter dans des logements délabrés et dont les enfants, dans l'incapacité de poursuivre une scolarité convenable, sont la proie des dealers et des voyous ?
     Alors oui, les gouvernements qui se sont succédé, de gauche ou de droite, ont tous contribué à la dégradation du sort des travailleurs, au point qu'en se remémorant ces vingt dernières années, il est bien difficile de se rappeler qui a porté les coups les plus durs à la classe ouvrière.
     C'est seulement au premier tour que les travailleurs pourront exprimer leur colère et se prononcer sur la politique qu'il nous faudra imposer. Car, au deuxième tour, on n'aura le choix qu'entre deux responsables différents d'une même politique anti-ouvrière.
     Les représentants de la gauche gouvernementale me reprochent de ne pas faire la différence entre la gauche et la droite. Si, bien sûr, que je fais une différence entre l'électorat de droite et celui de gauche. Car les partis de gauche trouvent l'essentiel de leur électorat dans le monde du travail.
     Et je sais aussi que des mesures comme l'obligation de respecter la parité entre les femmes et les hommes dans les élections, comme le Pacs, comme la possibilité pour une jeune fille d'avoir accès librement à la pilule dite du lendemain et quelques autres similaires peuvent être prises plutôt par la gauche que par la droite. Mais, d'une part, ces mesures sont soigneusement choisies pour ne rien coûter au patronat. Et, surtout, elles ne changent rien aux problèmes fondamentaux du chômage, de la précarité, de l'aggravation des conditions de travail et de l'exploitation.
     La gauche comme la droite ont de plus en plus de mal à faire croire qu'elles sont différentes. Du coup, un nombre croissant d'électeurs se détournent des élections.
     Alors oui, pour l'électorat populaire, il y a de quoi se détourner de leurs simagrées, de leurs petites phrases, de leurs bagarres de clans destinées à cacher qu'il n'y a aucune différence dans la politique qu'ils appliqueront une fois au pouvoir.
     Mais se contenter de s'abstenir au premier tour, c'est s'abstenir aussi de critiquer leur politique, c'est encore leur laisser les mains libres pour mener la politique des possédants.
     Car le nom qui sortira des urnes au lendemain du second tour n'a aucune espèce d'importance du point de vue des intérêts des travailleurs : seul, le premier tour permet d'exprimer un choix social.
     Oh, ce n'est pas en raison de la seule multiplicité des candidatures ! Car bien malin celui qui fait la différence entre un Madelin et un Bayrou par exemple, ou entre eux et Chirac, pour lequel ils feront d'ailleurs voter de toute façon au second tour.
     Ce n'est pas non plus en raison de la différence de discours entre les partis de la gauche plurielle pendant la campagne. On a pu vérifier pendant les cinq ans qui se sont écoulés que, s'il arrive aux écologistes, aux partisans de Chevènement et surtout au Parti communiste de dire des choses différentes les uns des autres et de se distinguer -en paroles- du Parti socialiste, ils se sont tous retrouvés derrière le PS pour cautionner sa politique.
     Le Parti communiste, en particulier, est en train de radicaliser son langage dans la campagne électorale. Dans les mesures que Robert Hue propose, il y en a qui vont dans le sens des intérêts des travailleurs. Lorsqu'il défend "le droit à la retraite à 60 ans, au terme de 37,5 annuités de cotisation" ou lorsqu'il revendique "un relèvement conséquent du salaire minimum", je suis, bien sûr, d'accord avec ces mesures.
     Mais Robert Hue exigera-t-il de Jospin qu'il s'engage à appliquer ces mesures, pour appeler à voter pour lui au deuxième tour ? L'exigera-t-il pour entrer dans un futur gouvernement de gauche, si tant est qu'il y en aura un et que son parti y sera invité ?
     Depuis cinq ans, il n'y aurait pas de majorité socialiste sans le soutien des députés communistes. Le Parti communiste aurait pu imposer au gouvernement les mesures qu'il préconisait en paroles. Robert Hue prétend qu'il faut être dans le gouvernement pour changer les choses. Mais les ministres communistes, qu'ont-ils changé d'important pour les travailleurs ? Rien ! En revanche, ils ont cautionné les mauvais coups de ce gouvernement qui s'est lavé les mains de tous les licenciements !
     En fait, Robert Hue se charge au premier tour de faire aux travailleurs et aux classes populaires les promesses que Jospin se garde de faire, pour ne pas perdre les voix des électeurs du centre, voire de droite, qui se porteront sur son nom. Robert Hue vise à recueillir le maximum de voix venant du camp des travailleurs, pour les inviter à se reporter sans condition sur Jospin au second tour, qui, lui, n'aura rien promis aux travailleurs.
      Six ministres en exercice se sont bousculés devant les photographes au Forum social de Porto Alegre qui vient de s'achever, sans parler de l'ex-ministre Chevènement ni de Mamère qui, lui, s'y verrait bien en ministre. Il est vrai qu'il y a trois autres ministres, et non des moindres, qui sont allés au même moment à New York où se tenait le Forum économique mondial, le rendez-vous annuel des décideurs du monde capitaliste.
     Un petit tour à Porto Alegre pour séduire les électeurs hostiles à la mondialisation. Un voyage à New York pour rendre hommage à la domination du grand capital sur le monde. Mais je doute que ce partage des rôles entre ministres, même assorti de quelques discours creux à Porto Alegre contre "la mondialisation libérale", fasse oublier aux travailleurs que ce gouvernement mène ici la politique souhaitée par le grand capital.
     Pour ma part, je n'ambitionne de participer à aucun gouvernement de la bourgeoisie, ni même à aucune coalition pour en soutenir un. Et si je me présente, c'est pour dénoncer l'ignominie, l'injustice de cette société qui écrase tous ceux qui, par leur travail, la font vivre. Je me présente pour dénoncer la politique menée depuis ces vingt ans où tous les gouvernements successifs ont consciemment creusé l'écart entre la petite couche de riches et la majorité de la population.
     Depuis vingt ans, la politique de chaque gouvernement a été de favoriser le profit des grandes entreprises, c'est-à-dire la fortune de leurs actionnaires. Avec cynisme, ils ont tous présenté cette politique comme allant dans le sens de l'intérêt de toute la société.
     Alors, ils ont sacrifié le pouvoir d'achat des travailleurs.
     Ils ont sacrifié l'emploi.
     Ils ont sacrifié la protection sociale, en diminuant les remboursements de la Sécurité sociale. Et, si on annonce périodiquement le déficit de cette Sécurité sociale, c'est la conséquence des aides au patronat et des baisses de cotisations sociales en faveur des patrons, qui ont accru les dépenses et réduit les recettes de la Sécu.
     Ils ont sacrifié les services publics, les hôpitaux, les écoles, la poste, les transports en commun car c'est sur eux qu'on fait des économies, pour donner plus aux entreprises.
     Dans les hôpitaux, on fait des économies sur tout. Pas assez d'infirmières, d'aides-soignants, d'agents hospitaliers, de brancardiers. On hospitalise des malades loin de chez eux, faute de place dans des établissements plus proches, d'autant qu'on supprime des hôpitaux et des maternités de proximité. On oblige le personnel soignant à des horaires de travail déments, ce qui compromet la qualité des soins. Car, quand on va à l'hôpital, il vaut mieux ne pas être pris en charge par quelqu'un qui a derrière lui 24 heures de garde. On justifie ces économies, faites au détriment des malades aussi bien que du personnel, en invoquant le manque de crédits pour les hôpitaux publics. Mais, dans le même temps, on subventionne les cliniques privées pour les aider à être bénéficiaires !
     Les différents secteurs de la santé se succèdent pour manifester leur mécontentement.
     Celles et ceux des hôpitaux publics, qui ont fait grève et ont manifesté la semaine dernière notamment à Paris n'ont eu pour réponse que les charges violentes des CRS, qui ont indigné même les employés du ministère de la Santé, témoins de la scène. Ce gouvernement choisit de traiter le personnel hospitalier comme des voyous, plutôt que de satisfaire leurs revendications légitimes, à commencer par l'exigence d'embauche de personnels supplémentaires en nombre suffisant pour que l'application de la loi dite des 35 heures se traduise par une réduction des heures de travail, et pas par une augmentation des charges de travail !
     L'Education nationale, elle aussi, n'a pas les moyens en personnel ni en locaux pour prendre en main réellement l'éducation des enfants issus des classes populaires. On fait mine de s'étonner que les enfants issus de l'immigration ne soient pas intégrés ! Mais comment pourraient-ils l'être, quand non seulement ils sont condamnés à grandir dans des ghettos de pauvres, mais que l'Education nationale ne donne pas les moyens suffisants en personnel enseignant, pour pouvoir les prendre par petits groupes et leur apprendre à lire, à écrire correctement, à acquérir ce minimum de connaissances que leurs familles ne sont pas en situation de leur donner, et dont le manque les handicape dès l'enfance et de façon irrémédiable ?
     Le patronat et le gouvernement ont également sacrifié la retraite des vieux travailleurs.
     Ils ont sacrifié la jeunesse ouvrière, dont la vie active, si l'on peut dire, commence par le chômage ou par des stages bidons, des prétendues formations non rémunérées et, dans le meilleur des cas, souvent par des emplois précaires avec beaucoup de travail et une petite paye.
     Alors, pour de nombreuses familles ouvrières, l'année 2002 commence comme s'est terminée l'année 2001 : dans l'angoisse des plans de licenciement qui vous transforment en chômeurs après dix, vingt ou trente ans de travail dans la même entreprise.
     De Danone à Moulinex-Brandt, en passant par Air Liberté, Delphi, Airbus, Valéo, Bosch, Philips, Bata, Alstom, Aventis, Dim, Alcatel et bien d'autres encore, la liste est longue des grandes entreprises qui licencient et qui ferment des usines entières.
     Atofina vient d'annoncer à son tour la suppression de 500 emplois. Atofina, c'est la branche chimique de TotalFinaElf, le trust responsable de la catastrophe de l'usine AZF de Toulouse, comme il l'a été de l'explosion de la raffinerie de La Mède, dans la région de Marseille ; comme il l'a été du désastre écologique du naufrage de l'Erika.
     Les dirigeants de TotalFinaElf évoquent, à chaque fois, l'accident ou la fatalité. Mais, derrière, il y a la course à la rentabilité, la volonté de tirer le maximum de profit de matériels vétustes, de faire des économies sur les dépenses d'entretien ou sur les effectifs.
     Et pourquoi faire, toutes ces économies, qui se sont traduites par la mort de plusieurs dizaines de femmes et d'hommes, par la destruction d'un quartier entier ; qui se sont traduites par la pollution de centaines de kilomètres de côtes ? Eh bien, simplement, pour que le trust puisse se réjouir d'avoir augmenté ses profits de 11 % l'an dernier et distribué des dividendes en hausse de 40 % à ses actionnaires ! Ca, c'est le prix du sang !
     Et TotalFinaElf continue à licencier ici, à délocaliser là, comme si de rien n'était, impuni qu'il est pour les morts et les destructions ; impuni pour les ravages écologiques. Et pendant ce temps-là, dans nombre d'appartements affectés par l'explosion, même les réparations les plus élémentaires n'ont pas été effectuées. La justice la plus élémentaire serait d'obliger TotalFinaElF à payer intégralement les dégâts dont il est responsable ! A payer le salaire intégral non seulement à tous les travailleurs de l'usine AZF, mais à tous ceux qui ont perdu leur emploi à la suite de l'explosion ! Et surtout de l'obliger à prendre toutes les mesures, quel qu'en soit le coût, pour que tout cela ne se reproduise pas !
     Et, dans beaucoup d'entreprises, combien de licenciements dans la discrétion, qui visent les intérimaires ? Car ce ne sont pas seulement les petits margoulins du capital qui abusent de l'intérim, ce sont aussi les grandes entreprises.
     Et, à côté des grandes entreprises, combien de petites et moyennes, souvent filiales ou sous-traitantes des précédentes, qui ferment ou suppriment des emplois ? Ici, à Colmar, c'est une salve de licenciements depuis quelques mois. Fermeture de France Cotillons puis de Tricot France, en octobre 2001. Fermeture de TMG, un sous-traitant de Cora, en décembre. Et les deux dernières en date des entreprises qui licencient, la Cotonnière d'Alsace, fermée ce mois de janvier en supprimant une centaine d'emplois, et General Semi-Conductor avec 160 licenciements sur 470 salariés.
     Alors, comment s'étonner que, si Colmar a la réputation d'être une ville riche et si elle l'est au centre ville, les quartiers populaires en revanche se dégradent. Et c'est encore sur les quartiers populaires que la municipalité fait des économies lorsqu'elle refuse de subventionner le centre social de la ZUP Europe.
     On nous parle beaucoup du sentiment d'insécurité dans les villes et les banlieues. Cette insécurité existe, c'est vrai. Mais qui nous parle avec autant d'insistance du sentiment d'insécurité qu'éprouvent tous les travailleurs quant à l'avenir de leur emploi ? Pourtant, c'est une angoisse bien plus justifiée statistiquement et bien plus profonde que celle de se faire agresser. Il n'y aucune campagne de presse à ce propos et, pourtant, il y a bien plus de victimes de ce fait, et souvent aussi graves.
     Le chômage, c'est une catastrophe pour ceux qui en sont victimes, pour leurs familles et pour leurs enfants. Mais c'est aussi sur le chômage que s'appuie le patronat pour aggraver les conditions d'exploitation de ceux qui restent au travail ; pour rendre partout le rythme de travail inhumain, que ce soit sur les chaînes de production ou aux caisses de supermarché. Cette menace de perdre son emploi permet aux patrons de faire un chantage pour imposer des horaires flexibles et, du coup, pour tirer toujours plus de profit de chaque travailleur.
     L'aggravation du chômage permet aussi aux démagogues d'extrême droite de canaliser le mécontentement contre les travailleurs immigrés, avec des slogans xénophobes et racistes. A l'échelle nationale, c'est le millionnaire réactionnaire Le Pen et son ex-lieutenant et aujourd'hui concurrent Mégret, qui essaient de faire de cette démagogie raciste un capital électoral.
     Comme si c'était les travailleurs immigrés qui licencient, et pas les patrons, y compris les patrons bien français !
     Alors, travailleuses et travailleurs de toutes nationalités, avec ou sans papiers, nous faisons partie de la même classe ouvrière et notre seul ennemi est le grand patronat ! Et j'en profite pour dire que je suis pour que soient accordés toutes les libertés démocratiques, tous les droits syndicaux et politiques, y compris le droit de vote, à toutes celles et tous ceux qui vivent et travaillent en France et qui se font exploiter ici pour le compte de la bourgeoisie qui, elle, est de toutes les nationalités.
     Mais qu'est-ce que cette économie où l'on pousse à l'inactivité forcée des femmes et des hommes dont le travail pourrait être utile à la société, pendant qu'on en fait crever d'autres au travail ?
     Eh bien, il n'est pas normal, il n'est pas acceptable que plus de 2.200.000 travailleurs de ce pays soient condamnés au chômage ;
     que 4 millions d'autres, qui travaillent régulièrement ou occasionnellement, gagnent dans l'année moins que le Smic.
     Il n'est pas normal, il n'est pas acceptable qu'en comptant les familles, plus de 6 millions de personnes soient obligées de vivre en dessous du seuil de pauvreté ;
     que plus d'un million de personnes soient obligées de subsister avec l'aumône du RMI. Et, même si le RMI a été légèrement augmenté et que sa valeur est désormais exprimée en euros, eh bien 405 _ ne permettent que de survivre !
     Il n'est pas normal, il n'est pas acceptable qu'une partie de la population ait besoin des Restaurants du coeur pour se nourrir. Et leur nombre s'accroît d'année en année.
     Eh oui, même dans ce pays parmi les plus développés, ce système économique reproduit et aggrave les inégalités. Mais il aggrave aussi l'inégalité entre un petit nombre de pays industriels développés et la majorité sous-développée des pays de la planète.
     Les images que rapporte la télévision permettent d'entrevoir la grande misère des pays d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine.
     La misère a toujours existé dans ces pays, diront les défenseurs de l'ordre établi. A ceci près que, depuis des décennies, l'Humanité a les moyens de mettre fin à cette misère partout sur la planète. La capacité productive des seuls pays industrialisés est largement suffisante pour assurer à tous la nourriture, un logement convenable, des soins, l'éducation. Mais cette capacité productive est gaspillée. On détruit de la nourriture dans des pays riches pour maintenir les prix pendant que dans d'autres on meurt de faim. On ne fabrique pas et on ne commercialise pas des médicaments indispensables, que l'on sait pourtant fabriquer, parce que ceux qui en ont besoin n'ont pas assez d'argent pour assurer des profits aux trusts pharmaceutiques.
     En contrepartie du pillage des richesses naturelles des pays sous-développés, on offre des armes à leurs dictateurs, pour continuer à maintenir leurs peuples sous le joug et dans la pauvreté.
     Et, quand les achats d'armes et les dépenses de luxe de la couche privilégiée d'un pays pauvre endettent ce pays auprès des banquiers d'Occident, c'est encore au peuple qu'on présente la facture.
     Le pillage éhonté de la planète par quelques centaines de grands groupes industriels, commerciaux ou financiers l'a transformée en une poudrière.
     Et, pour tenter d'étouffer les explosions, les grandes puissances mobilisent une partie croissante de l'intelligence humaine à inventer des moyens de destruction de plus en plus meurtriers et y consacrent des sommes colossales, comme jamais vu dans l'histoire de l'Humanité.
     Eh bien, cela ne peut pas continuer ainsi ! Cela ne peut pas constituer notre avenir, l'avenir de nos enfants, de nos petits-enfants, pour l'avenir de l'Humanité !
     Voilà pourquoi je suis communiste et fière de l'être.
     Voilà pourquoi nous agissons pour une transformation radicale de l'organisation économique et sociale à l'échelle du monde. Le sens de cette transformation radicale est au fond simple : il s'agit de mettre fin à la dictature des grands groupes capitalistes sur la planète, en expropriant la grande bourgeoisie et en transformant les usines, les banques, les transports, les grands circuits de distribution capitalistes, en propriétés collectives, sous le contrôle conscient et sous le contrôle démocratique de toute la population.
     Cet objectif est abandonné depuis longtemps par les grands partis qui se disent socialiste et communiste, dénominations qui à l'origine indiquaient leur volonté de transformation sociale. Mais cet objectif est de plus en plus nécessaire. Il en va de la survie de l'Humanité.
     Et je pense que, malgré les reniements, les trahisons de ces partis, dont l'origine s'enracine dans le mouvement ouvrier, je pense que la classe ouvrière internationale, dont le nombre grandit, a la capacité d'oeuvrer pour son émancipation et pour l'émancipation l'ensemble de la société. Et c'est là-dessus que nous fondons tous nos espoirs pour l'avenir !
     Dans l'immédiat, l'objectif politique prioritaire est d'arrêter la dégradation des conditions d'existence du monde du travail, en contestant à la classe capitaliste son droit d'user et d'abuser de sa situation dominante dans l'économie.
     Dans cette situation marquée par un chômage en hausse, je le dis : Si les patrons ne sont pas capables de faire fonctionner leurs entreprises sans licenciements, c'est-à-dire sans aggraver le chômage, eh bien, qu'ils s'en aillent ! Voilà pourquoi je dis qu'il faut interdire les licenciements et, si les patrons licencient quand même, les sanctionner par la réquisition de leurs usines.
     On nous dit que ces entreprises ne sont plus rentables. Ce n'est vrai que du point de vue des actionnaires qui exigent des profits de l'ordre de 15 %. Mais le problème de rentabilité ne se pose pas dans les mêmes termes, que l'on soit capitaliste ou travailleur ou ménagère. Quand une entreprise produit des biens de consommation utiles, qu'importe qu'elle ne dégage pas de profits ! Si elle vendait sa production à prix coûtant, après amortissement, sans avoir à enrichir des parasites, elle pourrait maintenir un salaire à ses salariés tout en rendant service à la collectivité.
     Et quand bien même les entreprises qui ferment ne sont plus rentables, elles l'ont été dans le passé. Elles ont rapporté des fortunes à leurs propriétaires. Ces fortunes n'ont pas disparu. Elles continuent à exister sous forme de capitaux investis dans d'autres entreprises. Elles continuent à exister sous forme de propriétés immobilières, de châteaux, de biens de luxe, de yachts ou d'avions privés.
     Eh bien, pour assurer un emploi à tous, pourquoi ne prendrait-on pas sur les fortunes personnelles des propriétaires présents et passés des entreprises ?
     Ce serait une atteinte intolérable à la propriété privée ? Mais les licenciements, c'est une atteinte bien plus intolérable à l'existence matérielle des travailleurs et à leur dignité !
     Les capitalistes savent utiliser les circuits financiers, voire les paradis fiscaux, pour dissimuler tout ce qu'ils possèdent. Eh bien, il faut contraindre les grandes entreprises à rendre publique toute leur comptabilité.
     Il faut que la population puisse vérifier quelle est, dans ces profits privés, la part des subventions ou des cadeaux fiscaux, c'est-à-dire la part de l'argent public.
     Il faut que la population puisse vérifier à quoi servent les bénéfices, quelle est la part de ce qui est réinvesti dans la production, et ce qui est gaspillé dans la spéculation.
     Il faut aussi une transparence absolue sur les marchés publics, ceux de l'Etat, des régions, comme des municipalités.
     Avec le retour, aujourd'hui même, de Didier Schuller, de son exile doré de Saint Domingue, on reparle de ces affaires des HLM de la région parisienne où des marchés publics ont été indûment concédés à des groupements immobiliers moyennant des pourboires généreux à des notables, en l'occurrence de droite, et par leur intermédiaire, à leurs appareils de parti. Il est de notoriété publique qu'un grand nombre d'hommes politiques étaient mouillés dans l'affaire, jusqu'aux sommets de l'Etat. Comme sont de notoriété publique les manoeuvres nauséabondes pour écarter le juge Halphen, trop têtu dans son enquête.
     Les partis impliqués ont empoché leur pourboire. Mais combien de milliards ont gagné les bénéficiaires de ces opérations, en grande partie avec l'argent des contribuables ? On ne le saura sans doute jamais, même si Didier Schuller sera jugé.
     Didier Schuller n'est qu'un petit margoulin Mais les lois derrière lesquelles se réfugient les petits escrocs sont là pour protéger les grosses affaires de la grande bourgeoisie.
     Pour mettre fin aux petites escroqueries comme aux grands gaspillages, il faudra que les comptes en banque de tous les grands actionnaires des entreprises, de leurs patrons, de leurs PDG et de leurs hauts cadres, voire de leurs prête-noms, comme les revenus et les fortunes de tous les dirigeants politiques soient publics, afin que tout un chacun puisse connaître la situation réelle.
     Il faut une loi qui mette fin au secret bancaire, au secret commercial et au secret des affaires qui cachent tant de magouilles et de trafics. Oh, je sais bien que la loi seule n'y suffirait pas. Mais qu'une fraction seulement de la population ait la volonté de s'en servir et puisse légalement se mêler des affaires des grandes entreprises ou des grandes banques, et tout le monde pourrait constater que les licenciements ne sont jamais justifiés.
     Alors oui, je me présente à cette élection présidentielle pour défendre tous ces objectifs.
     Et aussi pour affirmer qu'il faut arrêter toute subvention au grand patronat, tout avantage fiscal et tout dégrèvement de cotisations sociales.
     Pour dire qu'il faut rétablir l'impôt sur les bénéfices des sociétés, au moins à son niveau de 50 %, comme il existait il y a vingt ans.
     Pour dire qu'il faut augmenter les tranches supérieures de l'impôt sur le revenu, au lieu de les diminuer. L'Etat aurait ainsi les moyens d'améliorer les services publics, au lieu de les vendre par morceaux au secteur privé. Ce n'est pas la révolution, mais tout simplement des mesures indispensables et possibles, pour limiter le pouvoir économique du grand patronat et ses conséquences néfastes sur toute la société.
     Dans cette société, il n'y a que le rapport de force qui compte. Et le rapport de forces ne sera changé que par l'action collective des travailleurs, par les manifestations, par les grèves, qui convergeront dans une volonté collective d'imposer le contrôle sur les entreprises, leurs comptes, leurs productions.
     Cette élection ne changera pas le sort du monde du travail. C'est vrai ! Mais elle peut permettre de se compter. Et si nous sommes nombreux à nous compter sur mon nom, sur ce programme, cela peut montrer à nos ennemis que la classe ouvrière existe et qu'elle se renforce en tant que force politique.
     Oui, le nombre des suffrages qui se porteront sur mon nom peut redonner confiance à tous ceux qui se croient isolés, chacun dans son quartier, dans son usine, dans son entreprise, impuissants face à des patrons qui croient avoir tous les droits. Cette confiance peut nous rendre plus forts moralement, politiquement, pour engager les luttes collectives que, de toute façon, il nous faudra mener.
     Car il n'y a pas d'autre choix que de mener la lutte de classe, face à un patronat qui, lui, n'a de cesse de faire la guerre au monde du travail.
     Oui, si des millions de femmes et d'hommes choisissent d'affirmer avec leur bulletin de vote qu'ils partagent le constat que je fais, et disent aussi, ensemble, qu'il est vital d'imposer les mesures que je propose, oui, je le pense, cela aidera au développement de ces luttes, à leur élargissement, à leur unification sur un programme correspondant aux intérêts vitaux du monde du travail.



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