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Aimé Césaire, une traversée "non paradoxale" du siècle

Un colloque international consacré à Aimé Césaire se déroule ces jours-ci à l’atrium à Fort de France. Plusieurs manifestations consacrées à Césaire auront lieu cette année. C’est que l’homme a eu 90 ans le 25 juin et c’est l’occasion pour ses amis, ses partisans politiques, comme pour les universitaires, les chercheurs de retracer l’œuvre et la pensée de Césaire.
Césaire est un grand poète. Mais il joua aussi un rôle politique non négligeable en Martinique. Il s’est engagé, il a pris parti. Et à ce titre il a joué un certain rôle auprès des masses populaires de la Martinique. Pour des militants de la classe ouvrière, il n’est donc pas indifférent de déterminer quel fut ce rôle en fonction des intérêts des travailleurs.
Césaire comme bon nombre d’intellectuels adhéra très tôt au Parti Communiste martiniquais. C’est en tant que membre du Parti communiste martiniquais qu’il fut élu maire de Fort de France et député dès 1945. En 1956, il se sépara du PCM et aussi du PCF. Il créa le PPM (parti progressiste martiniquais)en mars 1958. C’est sous l’étiquette PPM qu’il fut alors pendant prés de 35 ans élu député et maire de la ville de Fort de France. Il fut proche des socialistes français. Et même avec quelques variantes c’est toujours la politique du Parti socialiste français qu’il soutint tout au long de sa carrière politique. Césaire était donc du côté d’un des grands pôles politiques de la bourgeoisie française. Et à ce titre il aura contribué à enchaîner une bonne partie de la population aux illusions semées par cette gauche. Faire croire aux travailleurs que leur sort allait changer en votant à gauche, c’est là tout le travail des politiciens du PS pour parvenir au pouvoir et aux postes quitte ensuite à décevoir la population. Césaire fut de ceux là.
Fort de son charisme, fort de son image de défenseur de la dignité noire, lui et son appareil politique du PPM enchaînèrent une bonne fraction de travailleurs et de la population aux illusions de la gauche en un avenir meilleur. Ils servirent de soupape de sûreté, de garants de la paix sociale aux différents gouvernements de gauche de 81 à 2002 (en dehors des périodes de cohabitation)qui pourtant menaient une politique de soutien au grand patronat et d’austérité pour les travailleurs. Pour ne pas mécontenter cette gauche Césaire mit en place le «moratoire» sur la question du statut.

LA NÉGRITUDE AU SERVICE DU STATU QUO SOCIAL

Certes l’un des grands mérites d’Aimé Césaire est d’avoir dénoncé le colonialisme et ses méfaits dans de nombreux écrits, articles, discours. Et il le fit à travers une œuvre poétique et un theâtre d’une immense qualité reconnue mondialement. Mais dénoncer le colonialisme et revendiquer la dignité de la race noire n’étaient que dénonciations de certains aspects du système capitaliste mais pas la remise en cause de ce système. Toute une génération d’intellectuels noirs colonisés a surfé sur ces thèmes anti colonialistes au moment même où les sentiments d’oppression raciale et coloniale s’exprimaient dans les colonies. Des années 30 aux années 60, portée par plusieurs vagues successives de contestation de l’ordre colonial, une élite intellectuelle noire surgit et fut propulsée peu à peu aux postes de direction en Afrique, aux Antilles. Soit elle fut mise en place par l’administration française elle-même, soit elle se fit elle-même une place à la faveur des indépendances et des mouvements de décolonisation. C’est dans ce contexte mondial là que des hommes comme Aimé Césaire furent portés à la députation. Césaire bénéficia en plus de l’influence du Parti Communiste Martiniquais très ancré à l’époque dans la classe ouvrière. Le PPM devait hériter pendant longtemps d’une partie de cette implantation au sein des masses pauvres. Et c’est tout naturellement que le fondateur du mouvement de «la négritude» bénéficia politiquement du désir d’émancipation coloniale et sociale de la masse des travailleurs noirs, ayant souffert depuis des décennies non seulement de l’esclavage mais de la discrimination coloniale et raciale. Mais Césaire ne représente qu’une partie des aspirations des masses noires pauvres. Noir et chantre de la négritude il représente les Noirs, mais il ne représente pas forcément les intérêts de classe des travailleurs noirs et des noirs pauvres. Ces derniers aspiraient au changement social profond. Ils n’eurent que des miettes, des succédanés. Tout comme les socialistes français, ou même beaucoup d’hommes politiques de droite, Césaire s’attaqua certes à gommer certaines inégalités les plus criantes, à sortir les gens du trop criant manque d’hygiène, du manque d’eau, d’électricité, d’habitat insalubre. Mais il ne devait jamais remettre en cause fondamentalement l’ordre des gros possédants békés et autres capitalistes sur l’exploitation des travailleurs et des pauvres. C’est en ce sens que l’action politique de Césaire s’est cantonnée aux limites de la politique bourgeoise. C’est aussi ce raisonnement qui permet de comprendre l’apparente contradiction entre la violence, la révolte de Césaire dans son œuvre littéraire et l’extrême modération de ses propos et actes politiques. Certains comme Raphaël Confiant y ont vu une «traversée paradoxale du siècle». Mais, de paradoxe il n’y en eut pas. Au contraire tout fut lié.



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