Logo archives



L’expédition française à St Domingue

Cette année 2002, plusieurs manifestations sont prévues pour commémorer le bicentenaire de la lutte des esclaves contre l’esclavage aux côtés de Delgrés, Ignace, Massoteau, Noël Corbet notamment. Nous poursuivons la chronique historique que nous avons commencée il y a plusieurs mois sur cette période.


L’expédition française à St Domingue fut décidée par Napoléon Bonaparte dès le 9 octobre 1801, huit jours seulement après que les préliminaires de paix aient été signés entre la France et l’Angleterre. Il semble que, dans sa volonté de rétablir l’esclavage dans les colonies, il n’ait attendu que d’être débarrassé du problème anglais pour partir à l’assaut de la plus grande d’entre elles, celle où le pouvoir local était le plus affirmé.
Il lui faut cependant attendre jusqu'au 14 décembre, du fait de vents contraires, pour que la flotte de 88 vaisseaux, portant 22 000 hommes, quitte les côtes françaises. Elle est commandée par l’amiral Villaret-Joyeuse et dirigée par quelques-uns uns des meilleurs officiers de l’armée, dont Leclerc, le beau-frère de Napoléon.
Malgré les précautions prises par Napoléon, Toussaint Louverture, connaît les préparatifs. Toussaint Louverture est le chef de l’armée des Noirs. Il a dirigé les luttes des esclaves pour la liberté dès 1791. Cependant, en décembre 1801 et jusqu’en février 1802, son attitude semble traduire une hésitation. Dans les mois précédant l’intervention française, il a cherché à rassurer les Blancs présents sur l’île. Il va même jusqu'à faire exécuter son neveu, Moïse, lui aussi chef militaire reconnu par les soldats, qui a fait des choix plus radicaux : s’attaquer aux colons blancs sans pitié. Toussaint Louverture pense-t-il qu’il est encore possible d’éviter l’affrontement? Ou tout simplement attend-il d’exécuter son plan?
La lutte des Noirs de St Domingue est sans précédent dans l’histoire. C’est la première fois que des anciens esclaves, libres depuis peu, doivent affronter une expédition armée du colonisateur. Ils ne bénéficient donc pas de l’expérience historique qui aurait pu leur permettre de reconnaître immédiatement le danger.
Les couches aisées de la population, les Mulâtres, les Noirs libérés avant l’abolition et les colons Blancs soutiennent l’expédition dirigée par Leclerc. Ils pensent qu’elle leur permettra de reprendre possession de la totalité de leurs biens. Par contre, beaucoup de Noirs qui refusent de continuer à travailler pour les Blancs après l’abolition se sont écartés de Toussaint du fait de son attitude protectrice envers les colons.
Les troupes françaises débarquent sans trop de problèmes et se rendent assez vite maîtresses du littoral. Cependant, l’armée des Noirs et la population exécutent le plan de Toussaint. Lorsque le 1er février, la flotte arrive devant le Cap, Leclerc ordonne à Christophe, qui commande la ville, de la lui livrer dans les 24 heures. Mais lorsque les Français attaquent, le signal de l’incendie est donné. Christophe met le feu à sa propre maison, imité par tous ceux qui l’entourent. Maurepas fait de même au Fort-de-Paix, Dessalines à St Marc, et Vernet aux Gonaïves. Cette stratégie a pour but de gagner du temps en attendant la saison des pluies, qui, ils le savent, sera fatale à l’ennemi. Ils empoisonnent les puits en y jetant des cadavres, rendent les routes impraticables. Ainsi, tout en retardant leur avance, ils attirent les assaillants dans des régions montagneuses où ils peuvent leur livrer une guerre de guérilla. De leur côté, les travailleurs, s’ils ne participent pas directement aux combats, attaquent les troupes françaises par le flanc et les harcèlent.
Toussaint réunit ses troupes dans les montagnes des Chaos, dans un fort appelé «la Crête à Pierrot». Le fort est attaqué début mars, puis assiégé. Plusieurs attaques françaises se heurtent à la résistance farouche des assiégés. Ces derniers parviennent à quitter le fort en s’ouvrant un passage à travers les lignes françaises.
Avant même le début de la saison des pluies, les troupes françaises sont déjà démoralisées. Ces soldats, qui ont propagé par la guerre les idéaux révolutionnaires dans les pays monarchistes d’Europe, ne savent pas pourquoi ils se battent. Dans le camp adverse, ils entendent parfois retentir le chant de la Marseillaise, qui est le leur. Par contre, les soldats noirs savent qu’ils se battent pour conserver leur liberté. C’est ce qui leur permet de résister face à une armée nombreuse et aguerrie.
Pourtant, en mai, les troupes noires semblent vaincues. Toussaint décide de se rendre. Cette trêve pourrait lui permettre de gagner du temps. Mais il finit par tomber dans un piège tendu par Leclerc : sous prétexte de lui demander conseil, le général Brunet lui donne rendez-vous sur l’habitation Georges, près des Gonaïves. Malgré sa méfiance, Toussaint se rend au rendez-vous où il est arrêté puis déporté.

Source bibliographique : Les Jacobins Noirs - Toussaint Louverture et la révolution de Saint-Domingue. De P.I.R James. Histoire d’Haïti de J.C. Dorsainvil.
 


Accueil - Archives - e-mail



Copyright © 2001-2002 Combat Ouvrier - Tous droits révervés aux militants.