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Organisation communiste révolutionnaire (trotskiste)
PARAIT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 31 janvier 2009      N° 1001


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Martinique
Validation du vote du Congrès en faveur de l'article 74 par les assemblées

Ces deux dernières semaines, les élus du conseil régional et ceux du conseil général ont été convoqués en réunion plénière pour valider le vote du Congrès du 18 décembre 2008 en faveur de l'application de l'article 74 ouvrant la voie à l'autonomie en Martinique.
Sans surprise, les élus des deux assemblées ont validé ce vote. Les élus de la droite UMP et FMP ont voté contre. Comme lors du congrès, les élus du PPM se sont exprimés par un vote nul, en brandissant une pancarte réclamant un nouvel article 74 spécifique à la Martinique.
La réunion du 22 janvier du conseil général présidé par C.Lise du RDM, rassemblement politique composé en partie des scissionnistes du PPM, a été l'occasion d'échanges houleux entre les élus du PPM et ceux du RDM. La population n'en est pas mieux éclairée sur les enjeux des débats pour autant. Et beaucoup de gens disent que ces élus se préoccupent principalement de leurs intérêts de boutique mais pas de ceux de la population qui souffre.
Si l'objectif de ces élus était de détourner la population des débats à propos du changement de statut, ils ne s'y prendraient pas différemment.



Guadeloupe
Intimidation policière envers les lycéens

Le journal "Rebelle" qui regroupe des jeunes militants proches de Combat Ouvrier, des militants, des sympathisants et des jeunes sans parti, permet aux jeunes de s'exprimer sur la société en contestant les idées officielles.
Il s'avère que le vendredi 16 janvier, des lycéens, dont certains font partie du groupe Rebelle, ont été menacés de sanction par le proviseur et l'administration du lycée de Jardin d'essai aux Abymes. Ils ont été sanctionnés parce qu'ils voulaient organiser une réunion sur le mouvement du 20. Le lundi suivant, l'équipe de Rebelle a riposté en manifestant de façon très dynamique devant le lycée, puis rejoint pa de nombreux lycéens ils ont fait une manifestation jusqu'au lycée de Providence (aux Abymes) au cri de la liberté d'expression dans les lycées. Les lycéens mobilisés ont aussi subi l'arrogance, l'attitude méprisable et répressive de policiers. A Sainte-Rose au lycée Nord Basse Terre, des lycéens ont été arrêtés par la police parce qu'ils voulaient poser une banderole devant leur établissement. Une manifestation s'est aussi déroulée dans les rues de Sainte-Rose, le jeudi 22 janvier, pour aussi protester contre la répression policière. Les lycéens ont eu raison de ne pas se laisser faire en se mobilisant afin que tous les lycéens qui veulent faire grève ne soient plus réprimés et puissent s'exprimer librement dans leur établissement.



Martinique
Conseil Général: Budget des subventions aux communes à la baisse

Le mercredi 9 janvier, lors de la rentrée de l'association des maires, le président du conseil général a annoncé la couleur: les subventions budgétaires du conseil général pour 2009 seront en baisse d'environ 30% pour cause de crise, de diminution des dotations allouées au Conseil général par l'Etat, de difficulté à faire des emprunts auprès des organismes financiers, etc.
Les subventions de cette assemblée participent au financement d'investissement dans des domaines allant de l'électrification rurale, à l'acquisition de foncier destiné au logement social ou aux collèges, en passant par l'amélioration des aménagements pour l'eau potable et les antennes du SDIS (service départemental d'incendie et de secours), la population est donc en droit de s'interroger sur les risques de dégradation de ses conditions de vie.
A noter que Lise a juste précisé qu'il n'entendait pas diminuer les subventions aux antennes du SDIS. Et le reste, qu'en sera t-il ?



Guadeloupe
L'affaire Hector Choisi. Une victoire d'étape due à la mobilisation

Le dimanche 8 février 2004, Hector Choisi, agent de l'éducation nationale fut sauvagement brutalisé par les gendarmes à la sortie de sa pêche de nuit à St Félix-Gosier. Visiblement, les gendarmes s'étaient trompés de cible. Les conséquences physiques et morales subies par notre ami Hector Choisi sont encore aujourd'hui considérables. Pourtant sa plainte a été rejetée en première instance.
Mais suite à une mobilisation le soutenant sur le terrain, suite à la diligence du collectif d'avocats d'Hector Choisi, dont maître Evita Chevry, Roland Ezelin et Sarah Aristide, la plainte a été acceptée. L'affaire a été examinée devant la cour d'appel de Basse-Terre jeudi 27 novembre 2008. Le jugement devait être rendu le 15 janvier au tribunal de Basse Terre. Mais il a été reporté au jeudi 22 janvier.
Ce jour là, le tribunal a non seulement accepté de recevoir la plainte d'Hector Choisi mais a pris une ordonnance demandant à un juge d'instruction de reprendre toute l'affaire.
Hector Choisi pourra donc enfin être entendu ainsi que les gendarmes et forces de l'ordre qui l'ont agressé. Des confrontations auront lieu.
Certes sur le fond, l'affaire est loin d'être gagnée. Mais Hector Choisi et le "Comité Lefort contre le racisme et l'humiliation", ont gagné une première manche.
Il aura fallu cinq années de ténacité, de mobilisation pour en arriver à ce que la justice entende enfin Hector Choisi ! C'est quand même un comble.
A la sortie du tribunal, les membres du comité ont tenu un meeting. Hector Choisi y a pris la parole. Des membres d'organisations de "Lyannaj Kont pwofitasyion" étaient présents.
Les transporteurs étaient rassemblés devant le conseil général pour leurs propres revendications. Une centaine de personnes étaient donc réunies là, pour des raisons différentes, mais qui ont tenu meeting ensemble entre le tribunal et le Conseil Général qui se trouve juste en face.



Haïti

NOUS PUBLIONS CI-DESSOUS UN ARTICLE DU JOURNAL TROTSKISTE HAITIEN "VOIX DES TRAVAILLEURS" (organe de l'OTR)

SE POU NOU KAPOTE TAB LA!

Ça y est, avec la rentrée parlementaire du deuxième lundi de janvier, la machinerie politique se met à ronronner. Sénateurs et députés se succèdent aux radios pour opiner sur tout et n'importe quoi, pour justifier d'obscures manoeuvres déployées en vue du renouvellement du bureau du Sénat ou pour préparer des élections à la haute assemblée au mois d'avril. Le Premier ministre se prépare à présenter le bilan de son gouvernement, le président de la République à faire connaître ses vues sur la situation et à mettre en route la révision de la Constitution. La presse étale complaisamment le lourd Agenda de la session parlementaire. Vous vous rendez compte: il faudra voter 32 projets de loi, 5 avant-projets de loi, 2 propositions de loi et 11 traités, conventions et accords internationaux. Que la vie est dure, pour ces Messieurs et Dames du Parlement!
Mais quel rapport entre cette agitation parlementaire et la vie réelle? Que changeront les lois votées à la vie des femmes et des hommes des classes populaires? Rien. Même la dérisoire proposition d'augmentation du salaire minimum traîne. Ceux qui s'intitulent "représentants du peuple" légifèrent, le gouvernement gouverne, mais pour qui?
Quel est le travailleur qui aurait la naïveté de croire que, parmi les lois votées, il y en aura pour alléger leur exploitation, pour leur assurer un salaire permettant de vivre et pas seulement survivre, pour diminuer leur horaire ou pour rendre leur travail moins pénible? Quel est celui, parmi l'écrasante majorité des travailleurs des villes qui vivent de petites activités occasionnelles ou qui, petites marchandes, espèrent d'une journée passée à attendre le chaland qu'elle rapporte au moins de quoi manger le soir, qui peut penser que parmi les lois, il y en aura pour créer des emplois dans les services publics, utiles pourtant pour tous et qui leur assurerait un salaire stable? (Comment même en rêver lorsque même ceux qui ont un emploi dans la voierie doivent se battre, comme ceux de Carrefour, pour qu'on leur paye ce qu'on leur doit?)
Quel rapport aussi entre l'agitation parlementaire et la vie de ces paysans de la localité "Les Roches" auxquels "Le Nouvelliste" consacre une page de reportage dans son édition du 12 janvier, sous le titre "peur, misère et désespoir". "La misère et le désespoir se lisent à première vue sur le visage des habitants, frappés par l'insécurité alimentaire. Dans cette localité de Fonds parisiens, troisième section communale de Ganthier, environ 3000 personnes vivent dans des conditions exécrables. Sans latrines ni eau potable..ces êtres humains ne voient même pas l'ombre d'un centre de santé dans leur zone. Le "marché public" fonctionne dans le lit de la rivière "Lastic" dont l'eau est utilisée à toutes fins utiles"... et qui, en cas de crue en saison pluvieuse, emporte tout sur son passage. Et combien d'autres villages comme Les Roches dans le pays? Combien de paysans meurent d'une maladie pourtant facile à guérir, d'une crue que l'on na pas eu le temps de fuir en grimpant dans les mornes ou simplement, de faim?
Ils n'ont rien à attendre de l'Etat et de ceux qui gouvernent et légifèrent, rien sinon des coups.
Parlant des paysans, l'économiste et sociologue Gérard Barthelémy donnait pour titre d'un de ses ouvrages "Le pays en dehors". On serait tenté de dire que c'est la grande majorité des classes populaires qui sont aujourd'hui ce "pays en dehors". Un pays qui n'a rien à voir avec le pays officiel, celui où quelques centaines de bourgeois font et refont des fortunes et où s'agitent stérilement quelques milliers de notables, de hauts fonctionnaires de députés, de sénateurs et de ministres.
Et pourtant, il ne serait pas juste de dire que les uns n'ont rien à voir avec les autres. Car ceux, notables et politiques qui occupent bruyamment les devants de la scène, tout comme les riches possédants qui leur commandent ne vivent que grâce au travail des autres, de ceux qui n'ont rien, grâce aux travailleurs, ceux de la zone industrielle comme ceux qui s'activent dans des ateliers, dans les boutiques ou dans la rue, grâce aux paysans et aux petites marchandes.
La société haïtienne prend de l'eau de toutes parts. Tout ce qui dépend de l'Etat, routes, voieries, écoles et hôpitaux, tombe en ruine. Rien n'est fait contre les catastrophes naturelles car rien n'est fait même pour les problèmes de la vie normale. Ceux qui ont une position sociale, de par leurs richesses ou de par leur poste dans les sphères dirigeantes de l'Etat, n'amènent rien à la société. Donner, ils n'y songent même pas, ils ne savent que prendre. Leur seule préoccupation est ce qu'ils peuvent s'approprier, par l'exploitation, par le vol ou par la corruption. Quant aux élites intellectuels, même les meilleurs d'entre eux, c'est-à-dire ceux qui ont assez de dignité pour ne pas se vendre aux riches et assez de courage pour ne pas abandonner le pays pour refaire leur vie aux Etats-Unis ou ailleurs, ils constatent le naufrage mais, impuissants, ils se contentent de geindre.
Si la société survit quand même, si elle est un minimum structurée, c'est grâce aux classes populaires, exploitées, opprimées, méprisées. La régénération de la société haïtienne ne peut venir que d'elles, pas de ceux qui la démolissent jour après jour. Et elle viendra lorsque les classes exploitées prendront conscience qu'elles peuvent prendre collectivement la direction de la société, qu'elles peuvent chasser les parasites qui dévorent le pays, exproprier les patrons de l'industrie, du commerce de gros et des banques pour réorganiser la production en fonction des besoins de la majorité pauvre et exercer un pouvoir démocratique qui ne soit pas coupé du peuple et soumis à la corruption.
Aristide, à l'époque où il avait incarné l'espoir des classes populaires, avant que, arrivé au pouvoir, il devienne comme les autres, un représentant des gros mangeurs et gros mangeur lui-même, avait dit une fois: Se pou nou kapote tab la.
Chez Aristide, l'affirmation n'a été qu'un slogan. Les travailleurs, à la tête des masses pauvres, peuvent en faire une réalité.