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Organisation communiste révolutionnaire (trotskiste)
PARAIT TOUTES LES DEUX SEMAINES     -     Samedi 5 septembre 2009           N° 1012


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A la Une

Editorial

Il y a des comptes à régler avec patronat et administrations de l'Etat!

Pour les travailleurs de Guadeloupe et Martinique, la période dite de vacances a montré des signes encourageants. Retenons deux événements: l'un en Martinique, où les salariés des stations services ont mené une grève très combative et victorieuse; l'autre en Guadeloupe qui fut le temps fort de la campagne menée en juillet-août par les organisations regroupées dans LKP. En effet, le 28 août, un meeting s'est tenu devant le siège de LKP, la Mutualité de Pointe-à-Pitre, et a rassemblé plus de 2000 personnes. C'est dans l'enthousiasme du public présent que les travailleurs de différents secteurs en lutte ont fait le point sur leur situation.
Près de six mois après la suspension de la grève générale, bien des luttes ont continué dans les entreprises ou contre des faits de répression (affaires Aristide et Delphine Prudhomme). Aujourd'hui encore, nous avons des «situations» non réglées comme à la Maison de l'Enfance, à l'Asfo, en ce qui concerne les «contrats aidés». Dans tous ces secteurs la mobilisation et le soutien à ces luttes sont réels. Mais toute la population laborieuse se plaint des manoeuvres des distributeurs et négociants qui continuent à appliquer des hausses de prix scandaleuses. Les organisations du LKP ont donc tenu une conférence de presse pour annoncer qu'elles allaient appeler la population à intervenir massivement pour contrôler les prix et obtenir de vraies baisses. En Martinique, les organisations populaires de contrôle des prix sont prêtes à relancer leur action elles aussi.
Le «dossier brulant» de la rentrée c'est sans conteste la volonté affichée par la secrétaire d'état des DOM Penchard, d'imposer des hausses du prix des carburants. On entend beaucoup de réflexions et de réactions hostiles à cette hausse dans la population. Il n'est pas certain du tout que cela se passe sans réactions.
Enfin, autre sujet de mécontentement, ni le gouvernement ni les administrations concernées ne se pressent pour payer leur part des 200 euros négociés et arrachés de haute lutte par la grève générale. Seule une minorité de salariés ont touché quelque chose. Là aussi, il est certain que les travailleurs ne vont pas tolérer éternellement la négligence et le mépris des autorités, ni tous les freins mis par les patrons pour appliquer l'augmentation de 200 euros.
Comme on le voit, les motifs de mobilisation et de luttes sont sérieux et nombreux. Mais l'esprit de lutte qui a pris naissance lors de la grève générale parmi les travailleurs, la prise de conscience de la force qu'ils représentent sont toujours vivants en Guadeloupe comme en Martinique! Les conditions sont très favorables pour engager la riposte nécessaire aux manoeuvres des administrations et du patronat. Il y a des comptes à régler!
Les travailleurs ont les moyens de faire appliquer dans la réalité ce qu'ils ont obtenu lors de la grève générale: sur les salaires, sur les prix des marchandises courantes et des produits pétroliers, sur le gel des loyers, sur l'embauche... L'expérience de la grève générale est encore dans tous les esprits. Et de plus, bien des travailleurs conscients ont analysé les forces et les faiblesses de ce mouvement. Quand la lutte reprendra les travailleurs seront plus forts, mieux organisés et plus lucides, c'est-à-dire plus aptes à prendre en main eux-mêmes la direction de leurs luttes.
Plus lucides aussi pour mettre en avant des revendications qui sont aujourd'hui indispensables face à un patronat qui chaque jour veut faire porter la responsabilité des difficultés économiques, des fermetures d'entreprises ou du chômage sur les travailleurs et sur leur grève!
Sans se soucier des pleurnicheries, des plaintes des patrons, ni des mensonges de la presse aux ordres, il faudra imposer la titularisation de tous les interimaires, contrats précaires et autres CDD, l'embauche des chômeurs, grâce au partage du travail entre tous. Il sera aussi indispensable que les travailleurs exercent leur contrôle sur la comptabilité des entreprises, ainsi que sur tous les mouvements de fonds et autres magouilles des patrons et de leurs proches.
Dans une telle situation il faut non seulement se battre pied et à pied pour arracher des améliorations de salaires et de conditions de travail. Mais il est nécessaire de créer et d'utiliser jusqu'au bout un rapport de force permettant aux travailleurs d'imposer l'application de telles mesures exceptionnelles, indispensables pour les protéger contre les effets de la crise.



Guadeloupe
Premières victoires des salariés en contrats aidés et précaires

Depuis le 2 mars, les contrats aidés et précaires de Guadeloupe sont en lutte pour leur titularisation. Cette lutte difficile passe, pour ceux qui se battent, par le renouvellement de tous les contrats en cours et le gel de futurs contrats. Plus de deux cent personnes sont mobilisées en permanence et actives dans le mouvement. Les réunions de contrats aidés ont rassemblé jusqu'à 500 personnes.
Ils se sont unis au sein du Liyannaj Kont Pwofitasyon Contrats aidés et précaires. Les contrats aidés regroupent les salariés embauchés en CAE Contrats d'accompagnement à l'emploi, CAV Contrats d'avenir et les précaires de l'éducation nationale, notamment les assistants d'éducation. En Guadeloupe, en 2008 plus de 5000 CAE et CAV ont été signés, essentiellement dans des associations. Ils sont aussi des milliers embauchés dans les écoles lycées et collèges par l'Education nationale, le Conseil Général ou le Conseil Régional ou par les mairies. Plusieurs appels ont été lancés aux salariés des entreprises d'intérim ou en contrats aidés du secteur marchand ainsi qu'aux chômeurs, pour l'instant, sans grand succès.
Dès le début du mouvement, les contrats aidés ont exigé, à l'image de la négociation avec le LKP, que toutes les institutions chargées des dispositifs contrats aidés participent, en même temps aux négociations. En mars, le préfet DESFORGES a répondu par la négative à cette revendication. Mais les salariés mobilisés ont continué la lutte. Chaque fois qu'ils étaient informés d'une injustice dans une association, les salariés en contrats aidés mobilisés s'y rendaient en groupe. Plusieurs entreprises «voyous» ont été visitées. Et les salariés ont exigé que le droit du travail soit respecté: les salaires payés régulièrement et conformément au contrat de travail, les documents légaux de fin de contrat délivrés en temps et en heure, les heures supplémentaires et les congés payés respectés...
Les camarades mobilisés se sont rendus successivement au Rectorat, au CNASEA devenu depuis l'ASP, dans les mairies de Sainte Rose et du Lamentin pour demander des comptes et la titularisation des contrats aidés.
A plusieurs reprises, les salariés en contrats aidés ont alerté la presse et participé aux meetings et manifestations du Liyannaj kont pwofitasyon: près de 500 personnes ont manifesté dans les rues de Pointe-à-Pitre en mars contre la précarité et pour l'embauche des contrats aidés. Le 07 mai avec le LKP les contrats aidés sont descendus dans les rues de Basse-Terre et ont investi le Conseil Général avec les autres salariés en grève.
Le mouvement a aussi rendu visite à Pôle Emploi. La pression et la colère ont payé: les salariés en contrats aidés ont obtenu le gel des contrats de l'Education nationale et le renouvellement d'un an des contrats CAE. Après une réunion avec le directeur du travail, l'ASP, l'ADI et le Conseil Général, ils ont aussi obtenu l'engagement du gel des nouveaux contrats signés par l'ADI. Le Conseil Général a affirmé qu'il met en place un plan de titularisation de 80 contrats aidés sur les 113 que compte cette institution dans les collèges. Pour l'instant, le plan de titularisation n'a pas encore été présenté par le Département. Les salariés mobilisés ont aussi arraché un minimum de 26 heures hebdomadaires subventionnés par l'Etat pour tous les contrats en renouvellement et tous les nouveaux contrats.
Le combat n'est pas terminé. Malgré l'attribution d'une année supplémentaire en CAE par les autorités préfectorales, le Recteur et quelques fonctionnaires zélés, son adjoint Sébastien BERNARD et des principaux de collèges et lycées refusent obstinément d'appliquer la consigne, sous prétexte que la décision du Préfet ne respecte pas la loi et le décret instituant ces mesures. Mais les abus continuels contre les contrats aidés des chefs d'établissement ne gênent absolument pas le Rectorat: non paiement régulier des salaires, rattrapages illégaux d'heures de travail pour compenser les absences dues aux petites vacances! etc. Les chefs d'établissements se font tirer l'oreille pour embaucher les salariés mobilisés et prétendent qu'ils veulent recevoir des candidats envoyés par Pôle Emploi. En réalité, ces fonctionnaires n'admettent pas que des salariés qu'ils avaient l'habitude d'exploiter et de maintenir sous leur domination, s'émancipent et lèvent la tête. Mais les salariés sont déterminés à faire appliquer leurs revendications. Dans ce pays où le chômage endémique frappe plus de 60 000 personnes, ce n'est que par la lutte que les chômeurs obtiendront des emplois stables, avec l'aide des titulaires conscients.
Les salariés en contrats aidés ont eux bien l'intention de continuer à se faire respecter. Aujourd'hui, ils réclament la prise en charge par l'Etat de 30 heures hebdomadaires pour tous, tous les avantages dont bénéficient les titulaires et l'intégration progressive de tous sur leurs postes. Après avoir rencontré le directeur du travail le 21 juillet, les salariés ont obtenu la venue d'une délégation du ministère du travail en Guadeloupe en septembre, pour répondre à leurs revendications.
La lutte continue! Nombreux sont ceux qui pensent qu'il faut préparer un comité d'accueil à cette mission pour l'obliger à titulariser tous les contrats aidés et précaires.



Quelques enseignements de la grève des employés de stations service de Martinique

Quelques mois après le grand mouvement social de février mars 2009, les employés de stations-service de la Martinique ont mené un mouvement du 17 au 20 août 2009. Ils ont obtenu gain de cause sur toutes leurs revendications.
Cette mobilisation a été l'occasion de mettre en lumière quelques éléments qui montrent que les travailleurs - six mois après la fin de la grève générale - sont toujours prêts à se battre pour défendre leurs intérêts:
- d'abord, c'est la première lutte de cette ampleur dans ce secteur. Ce constat vient de travailleurs ayant plus de vingt, voire trente ans de métier et qui ont été satisfaits de constater que les employés de stations service avaient la capacité de se mobiliser pour réclamer leur dû;
- ensuite, on aura noté la participation active de nombreux travailleurs dont c'était la première grève. Et parmi ces travailleurs, de très nombreux jeunes qui ont été de toutes les actions: piquets de grève, interventions auprès de travailleurs hésitants, prise de parole en AG.
Autre enseignement et non des moindres: dans une période où le patronat veut mettre la crise du système capitaliste sur le dos des travailleurs, ceux des stations service de Martinique ont affirmé haut et fort qu'ils n'accepteraient pas de subir, d'être menés en bateau et d'être payés avec des promesses. Dans la foulée de février-mars 2009, ils ont montré que leur détermination est intacte.
Février/Mars 2009, août 2009: le monde du travail en Martinique a renoué avec le chemin de la lutte et a pu constater que cette dernière paie quand la détermination est là. De précieux enseignements pour d'autres travailleurs, ceux de Martinique comme d'ailleurs.