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Organisation communiste révolutionnaire (trotskiste)
PARAIT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 5 septembre 2009      N° 1012


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Injures racistes
Girot de Langlade récidive

Le 31 juillet dernier, une femme agent de sécurité à l'aéroport d'Orly a déposé une plainte contre le préfet hors cadre Paul Girot de Langlade. Ce dernier, alors qu'elle le contrôlait comme l'exige son travail, aurait lancé sur elle le contenu de ses poches en déclarant «On est là où? On se croirait en Afrique ici. De toutes façons, il n'y a que des Noirs ici.»
Le parquet de Créteil a ouvert une enquête contre cet individu pour «injures publiques à caractère racial». Girot de Langlade cherche à se disculper en parlant de «manipulation» et «d'acharnement». Pourtant, ce n'est pas la première fois que ce personnage se fait remarquer par des propos de telle nature. A deux reprises, il avait calomnié les gens de voyage, avec des propos tels que «je n'ai pas de tendresse particulière pour ces gens-là. Ils vivent à nos crochets, de la rapine aussi, tout le monde sait», cela en 2002; puis à nouveau en 2006: «il y en a trop dans le département. Chacun sait que quand ils arrivent quelque part, il y a de la délinquance». Ces propos révélés par la presse avaient déjà choqué vivement tous ceux qui condamnent le racisme, et d'autant plus ceux qui le subissent. Le préfet n'avait pas été condamné pour ces propos, mais il avait été placé hors cadre en 2007.
Cela n'a pas empêché le gouvernement de le nommer dernièrement coordonnateur des Etats Généraux de l'Outre Mer dans l'île de la Réunion. Cette fois, l'embarrassant récidiviste est allé un peu trop loin. Le ministre de l'intérieur Brice Hortefeux l'a suspendu en déclarant qu'il ne tolèrerait pas «que des propos racistes ou discriminatoires soient tenus dans notre pays, d'autant plus par un représentant de l'Etat». De bien belles paroles, alors qu'Hortefeux lui-même, en tant que ministre de l'immigration, a été le promoteur de la loi de la maîtrise de l'immigration en 2007, qui limitait en particulier le regroupement familial. Le même Hortefeux a fixé les objectifs chiffrés d'expulsions et de reconduites à la frontière, qui ont donné lieu à des chasses aux immigrés, à des drames humains et familiaux, en France et ici même. Si les représentants de l'Etat français essaient en général de tenir leur langue en matière de racisme, leur politique va en sens contraire.



Il y a 70 ans
Les soldats antillais précipités dans la deuxième boucherie mondiale

C'est dans la première quinzaine du mois de septembre 1939, il y a 70 ans, que les premiers soldats antillais furent mobilisés pour rejoindre les champs de bataille en France qui était entrée en guerre contre l'Allemagne nazie.
Contrairement à ce qui se disait, ce n'était nullement pour défendre la démocratie contre le nazisme, mais il s'agissait d'une deuxième guerre impérialiste mondiale. La bourgeoisie mondiale avait en effet fait le choix de cette nouvelle boucherie mondiale pour se disputer d'immenses zones d'influence, les colonies, les richesses et les capitaux. Et comme le disait Anatole France: «on croit mourir pour la patrie, on meurt pour les industriels».
Mais c'est pourtant dans une sorte d'allégresse et une grande ambiance patriotique suscitées et entretenues par le colonialisme français que des centaines de soldats antillais furent mobilisés. C'est même en chantant une chanson restée célèbre qu'ils partirent pour le front: «nou kay entré blo blo blo nou kay entré blo en bonda a hitlè». Beaucoup d'autres par la suite sous le régime de Vichy personnalisé par l'amiral Robert en Martinique et Sorin en Guadeloupe partirent en «dissidence». Il s'agissait de rallier les forces françaises libres et de Gaulle, en rejoignant clandestinement l'île de la Dominique puis en s'embarquant sur des navires qui après escale aux USA atteignaient l'Angleterre ou l'Afrique du nord.
Beaucoup d'entre eux furent tués, faits prisonniers, blessés et connurent les rigueurs de l'hiver, le racisme et la cruauté de la guerre. Certains furent froidement assassinés par les troupes ennemies. Ce fut le cas d'un grand nombre de soldats noirs, victimes de massacres gratuits tout simplement parce qu'ils étaient noirs. Ce fut le cas, par exemple du capitaine guadeloupéen Bébel.
L'impérialisme français a non seulement entraîné dans la boucherie des dizaines de milliers de jeunes français, comme lors de la première guerre mondiale mais aussi des dizaines de milliers de jeunes de son empire colonial. Africains noirs, Nord Africains, Kanaks, Polynésiens, Antillais et Guyanais ont été enrôlés par dizaine de milliers pour aller combattre en Europe et servir ainsi de chair à canon. L'impérialisme français comme les autres impérialismes, fit bien peu de cas des vies humaines pourvu que les capitalistes puissent de nouveau remplir leurs coffres forts!
Au mépris de la vie de leur propre peuple, les pays impérialistes ajoutèrent le mépris colonial, le racisme, ou au mieux la condescendance envers les milliers de colonisés qu'ils précipitèrent dans le carnage.



Haïti
Les travailleurs de la zone industrielle ont fait entendre leurs voix

Les 4, 5, 11, 12 et 13 août dernier, les ouvriers de la zone industrielle ont gagné les rues de la capitale pour crier leur ras-le- bol des sempiternelles négociations autour de l'ajustement du salaire minimum. Et le dernier jour, ils étaient entre 12000 et 15000 à demander 200 Gourdes (soit 3,57 euros) au lieu des 70 Gourdes (1,25 euros) en vigueur depuis 2003.
Avec des branches d'arbre en main, des milliers de travailleurs ont traversé la zone industrielle, avec leur slogan «200 Gourdes tout de suite», tout en faisant débrayer les ouvriers des autres usines disséminées sur leur parcours pour arriver devant le Parlement où les députés devaient tenir leur séance. Arrivés sur les lieux, les unités de la police et les corps spéciaux les ont attaqués à coup de matraque, et gaz lacrymogènes, etc. pour les disperser.
Mais les travailleurs n'ont pas baissé les bras; ils sont revenus 5 jours de suite, ils ont encerclé le commissariat lorsque des manifestants ont été arrêtés le 10 août et sur leur lancée, le lendemain, des milliers de manifestants ont à nouveau gagné les rues. Ces ouvriers, ces étudiants, ces habitants de quartier faisaient pression sur les députés qui avaient émis un premier vote favorable au 200 Gourdes et qui revenaient sur leur décision face à la pression de la bourgeoisie haïtienne.
Depuis la revendication de 200 Gourdes avancée par les ouvriers, les patrons des entreprises et leurs représentants expliquaient sur tous les médias «comment ce salaire allait entrainer le pays à la ruine et obliger les patrons à transférer leurs entreprises ailleurs où le salaire serait plus compétitif qu'en Haïti.». Et la bourgeoisie haïtienne a repris le même refrain à propos des banques et du commerce: un tel salaire allait faire grimper les prix et mettre les banques en faillite. Il a fallu que quelques ouvriers prennent d'assaut les médias pour expliquer qu'avec 200 Gourdes ils pourraient survivre, mais ne pas vivre décemment.
Le président Préval, en bon défenseur de la bourgeoisie a opposé son veto lorsque les parlementaires ont donné leur accord pour le passage au salaire à 200 Gourdes. Il a proposé que le salaire de base des ouvriers de la sous-traitance soit de 125 Gourdes par jour, et a ajouté que si ces ouvriers travaillent plus ils pourront toucher plus puisqu'ils sont payés à la pièce. Ils pourraient même toucher 200 Gourdes par jour, voire plus ajoutait-t-il cyniquement.
Le mardi 18 août les députés sont revenus sur leur vote et ont choisi les amendements de Préval et le salaire journalier à 125 Gourdes. Ils ont montré comment ils sont corruptibles et sont en réalité les larbins de la bourgeoisie haïtienne. Ils ont eut peur des ouvriers, mais pas jusqu'à reculer et outrepasser les directives des patrons. Ce n'est que parti remise! Cette mobilisation, ces manifestations ont permis aux travailleurs qui y ont participé et à ceux qui les ont soutenus de faire l'expérience de l'énorme potentialité qu'il y a dans leurs actions communes. Pendant quelques jours ils se sont libérés les uns les autres de la peur qui les enchainait à leur table de travail, aux ordres du chef, ont pris confiance en eux en allant faire débrayer d'autres usines et surtout en voyant comment les vigiles comme les patrons déguerpissaient à leur arrivée. Ils ont pu dresser la tête et faire valoir leurs revendications.
De telles manifestations des ouvriers de la zone industrielle ne s'étaient pas vues depuis juillet 1991 au début du mandat d'Aristide. Elles sont pleines d'enseignements pour les travailleurs compte tenu de l'ampleur des luttes à venir pour l'amélioration de leurs conditions de vie et de travail. Elles ne dépendront pas des palabres des parlementaires, des politiciens, et des soi-disant économistes tous acquis aux intérêts de la bourgeoisie, mais de leur capacité à s'organiser pour pouvoir s'imposer aux patrons et à leurs valets, et exiger la satisfaction de leurs revendications.



Haïti
Un mort lors de la session du baccalaureat

Un lycéen de 24 ans a été tué le 24 août alors qu'il tentait de se présenter à la cession extraordinaire du bac. Une rumeur a couru, alimentée par le site de l'Education nationale, que les recalés avec 40% des points auraient une chance de participer à une épreuve de rattrapage. Plusieurs centaines d'élèves sont venus se faire inscrire dans les centres d'examen et ont eu la déception d'être refoulés. Dans les échauffourées un policier a abattu de 2 balles le jeune Dallus Etnon .
Une fois encore, l'incurie de l'administration et les manoeuvres au sein de l'Education nationale sont responsables de la mort d'un jeune garçon.



Afghanistan
Des élections sur fond de guerre

Les élections présidentielles qui ont eu lieu en Afghanistan le 20 août, se sont déroulées dans un climat de violence avec pour conséquence une forte abstention. Les Talibans qui étaient opposés à ces élections, ont tout fait pour empêcher l'accès aux bureaux de vote par la violence et l'intimidation. Ils ont organisé plusieurs attentats contre des établissements publics et des lieux de vote. Dans la capitale Kaboul, deux jours avant le scrutin, 7 personnes ont trouvé la mort au cours d'un attentat suicide devant le quartier général de l'OTAN. 17 personnes ont été tuées lors d'un attentat contre une banque.
En fait, malgré la présence massive de l'armée des occupants américains et de leurs alliés de l'OTAN, les électeurs ont été peu nombreux à aller voter. Est-ce par peur des représailles de la part des Talibans, ou par désintérêt, il est difficile de répondre. En tout cas, il n'y a rien dans la situation que vit le peuple Afghan qui puisse l'inciter à participer à ces élections soi-disant démocratiques.
Rappelons que pour justifier leur intervention, les grandes puissances ont prétendu avoir pour but le rétablissement de la démocratie, et la lutte contre les exactions des Talibans. On a aussi parlé de libérer les femmes afghanes de l'oppression. Mais le président en place, élu d'abord en juin 2002 par l'Assemblée des chefs de clan (Loya Jirga) puis en octobre 2004 suite à des élections présidentielles avec le soutien des Etats-Unis, n'a rien d'un démocrate. Il s'appuie en effet avant tout sur les chefs de clans, corrompus et sanguinaires, tout aussi réactionnaires que les Talibans qu'ils prétendent combattre. D'ailleurs au cours de la campagne électorale, c'est surtout de la corruption que parlaient les rares personnes interrogées: les milliards donnés au gouvernement afghan ont surtout servi à «engraisser» les chefs de clan et l'entourage du président.
Comment instaurer la démocratie dans un pays dévasté par plus de sept ans de guerre, une guerre qui a surtout entraîné la misère et la désolation pour les populations, un pays où ceux qui dirigent sont avant tout des chefs de clan corrompus et réactionnaires? Quel que soit celui qui sera élu, il n'y aura pas de liberté en Afghanistan.