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Organisation communiste révolutionnaire (trotskiste)
PARAIT TOUTES LES DEUX SEMAINES     -     Samedi 26 février 2011           N° 1043


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Editorial

Les travailleurs devront prendre sur les profits du grand patronat pour une augmentation générale des salaires!

«Augmenter les salaires serait la dernière bêtise à faire». C'est la dernière déclaration du président de la Banque Centrale Européenne, Jean Claude Trichet. Il ajoute: «nous ne pouvons rien contre l'augmentation immédiate des prix du pétrole ou des matières premières. Mais en revanche, nous devons éviter à tout prix... que les autres prix se mettent à bouger... tous les autres prix, y compris les salaires».
Incroyable mais vraie cette déclaration! Vraie de cynisme d'un haut représentant du capitalisme. Quand total annonce 10 milliards de profits pour 2010 on ne peut rien pour les salaires ? Quand Peugeot et Renault annoncent respectivement 1,13 milliards et 3,5 milliards de profits, on ne peut rien? Quand les profits de Loréal ont augmenté de 25% pour atteindre 2,2 milliards d'euros, on ne peut rien? Quand les patrons du CAC 40 ont touché prés d'un million d'euros chacun, on ne peut rien? Quand Carlos Ghosn PDG de Nissan et de Renault a encaissé, lui, 9 millions, on ne peut rien? Quand les entreprises du CAC 40 ont versé 39 milliards d'euros à leurs actionnaires, on ne peut rien? Quand les grandes banques françaises ont réalisé en 2009, 11 milliards de profits on ne peut rien? Quand les Carrefour et autres grands groupes békés comme le groupe Bernard Hayot réalise des millions de profits on ne peut rien pour les salaires?
Oh oui, bien sûr qu'on le peut! A condition de prendre sur les immenses profits réalisés par les capitalistes. Mais c'est cela «la bêtise» pour Trichet et pour cette classe d'exploiteurs sans vergogne. Une classe qui écrase les travailleurs sous des charges de travail énormes avec des salaires toujours plus bas. Car, oui en réalité, les salaires baissent. Ils baissent en raison de l'augmentation du coût de la vie, de l'essence, du gaz, de l'électricité, des produits de première nécessité, et tout à l'avenant! Ils baissent en raison du fait qu'avec l'augmentation du chômage la charge des dépenses pèse d'autant plus sur ceux qui travaillent. Ils baissent parce que de moins en moins de médicaments sont remboursés par la sécurité sociale et que toutes les dépenses de santé augmentent. Et de surcroît, ce sont les salariés qui paient toujours plus pour cette Sécu et les patrons toujours moins !
Mais bien évidemment, le monde capitaliste se partage le travail. Trichet, le banquier dit ça. Mais Baroin, le commis politique de la bourgeoisie, ministre du budget, répond immédiatement qu'il n'est pas d'accord et «que notre objectif à terme est d'augmenter les salaires». Il ment! Mais il chuchote à l'oreille de Trichet: «Oui, tu as raison, mais il ne faut pas le dire trop fort». Baroin fait cette déclaration pour tenter de rassurer les travailleurs. Car la peur bleue de ce gouvernement c'est l'explosion sociale. A force d'en faire, à force d'en dire contre le monde du travail, oui ça finira par exploser! Et le rôle assignée au personnel politique de la bourgeoisie est de préserver les intérêts de cette bourgeoisie dans la «paix sociale».
La meilleure façon pour les travailleurs de ne pas continuer à subir la baisse continuelle de leur revenu, c'est précisément de préparer cette explosion sociale. Il n'y aura pas d'autres moyens d'inverser l'ordre des choses que de prendre ces grands patrons à la gorge afin qu'ils rendent aux travailleurs, même en partie, ce qu'ils leur volent sous forme de profits.
Il n'y aura pas d'autres moyens pour les contraindre à céder que de leur faire éclater une puissante bombe sociale en pleine gueule!



Guadeloupe - Association Guad@Nime
Un exemple de trafic mafieux contre des salariés en contrats aidés

Un nouveau scandale de l'utilisation abusive des contrats aidés vient d'éclater en Guadeloupe. Un trafic en bande organisée de subventions de l'Etat versées pour l'embauche de contrats aidés a été mis à jour il y a quelques semaines.
Ce trafic d'une ampleur quasiment jamais vue impliquerait plusieurs personnes: une employée de Pôle emploi, un employé de l'A.S.P (Agence de Service et de Paiement, anciennement dénommé CNASEA) qui paie le salaire des contrats aidés en versant une partie de celui-ci tous les mois directement aux employeurs, un cabinet d'expertise comptable et l'association Guad@nime dont le président était un enseignant au lycée agricole. En toute impunité, cette association employait des salariés en contrats d'accompagnement dans l'emploi (CAE), sans signer de convention avec l'Etat. Les salariés étaient toujours payés en retard. Certains ne percevaient pas la totalité de leur salaire dont une partie pouvait être reversée à une autre association. Certains salariés qui se sont syndiqués à la CGTG ont été embauchés par l'association puis mis à disposition soit d'une autre association, soit d'une entreprise marchande. C'est ainsi qu'ils travaillaient, qui pour un salon de coiffure, qui dans une entreprise du bâtiment s'occupant de nettoyage industriel et de peinture en bâtiment, qui dans une association d'aide aux personnes âgées.
On a même retrouvé des contrats de travail établis au nom d'employés qui n'ont jamais effectué une journée de travail dans l'association! Cependant, l'ASP devait verser les subventions pour ces emplois fictifs! Le montant des détournements serait de plus d'un million d'euros!
Plusieurs salariés dont les contrats étaient illégaux ou qui refusaient d'être payés au lance pierre ont attaqué l'association aux Prud'hommes. Certains ont interpellé les services de l'inspection du travail. Une descente a été effectuée dans les locaux de Guad@nime et l'association a été placée en redressement puis en liquidation judiciaire. Aujourd'hui, des dizaines de salariés se voient refuser le paiement par Pôle emploi d'un revenu de remplacement, l'allocation de retour à l'emploi, pour des raisons tout à fait farfelues: sous prétexte qu'ils ne peuvent pas présenter une convention de contrat d'accompagnement dans l'emploi.
Le fonds de garantie des salaires refuse aussi de verser des indemnités pour rupture anticipée du contrat à durée déterminée, indemnités qui sont dues aux salariés lorsqu'intervient une liquidation judiciaire avant le terme du contrat. Mais dans le cas de Guad@nime, le fonds de garantie prétend qu'une enquête du GIR groupement d'intervention régional étant en cours, il doit suspendre tout versement en attendant le résultat de cette enquête. Depuis le 01er décembre 2010 ils sont nombreux à n'avoir aucun revenu!
Ce n'est pas la première fois que des salariés en contrat aidés sont victimes de la rapacité des associations et des entreprises privées. L'Etat favorise ce genre de dérives en multipliant ces emplois précaires soi-disant pour aider les demandeurs d'emploi. A tel point que certains employeurs n'utilisent plus que des mesures d'aide à l'emploi pour faire fonctionner leur entreprise.
En revanche rien n'est fait pour contrôler la mise en oeuvre de ces emplois précaires et le versement des subventions aux entreprises. Pour cela, il faudrait notamment augmenter le nombre de contrôleurs du travail et en affecter certains à la surveillance exclusive de ces contrats aidés précaires. Ou tout simplement supprimer tout type de contrats aidés! Depuis la fin de la grève générale des 44 jours, le LKP contrats aidés et précaires n'a cessé de dénoncer les abus et les injustices que subissent les employés en contrat d'accompagnement dans l'emploi qui sont très souvent des femmes travaillant à temps partiel. Malgré les pressions exercées sur les directeurs de Pôle Emploi pour qu'ils mettent en place une cellule de contrôle des associations et administrations qui emploient les contrats aidés, ils s'y sont toujours refusés.
A chaque fois qu'une grosse affaire de fraude aux contrats aidés éclate c'est presqu'exclusivement lorsque les salariés eux-mêmes en appellent aux services de l'inspection du travail. L'affaire Guad@nime est particulièrement révoltante par le nombre de contrats qu'elle implique, plus de 300 et parce qu'elle implique aussi des salariés des structures qui sont censées exercer un contrôle des associations à savoir l'ASP et le Pôle Emploi!
Il semblerait que le départ précipité de Patrick DUMIRIER, directeur régional de Pôle Emploi au Conseil général, soit lié à cette affaire. Les pontes de sa direction générale lui reprocheraient d'avoir laissé perdurer ces fraudes alors qu'il aurait été alerté par un cadre depuis plusieurs mois, et que ce type d'affaires s'est multiplié en Guadeloupe.
Les salariés de plusieurs associations ont décidé de porter leurs affaires en justice et demander l'intervention de la direction du travail: ceux des associations Papillon, Ménag'Arts, EREF-NGT, et aujourd'hui Guad@nime.
Les salariés des contrats aidés mobilisés et refusant de se laisser exploiter sans rien dire seraient ils à l'origine de ce limogeage? En tout cas pour ceux de Guad@nime la lutte pour obtenir dédommagement des préjudices qu'ils ont subis continue!



Libye, pays arabes
Les masses en révolte font vaciller d'autres dictatures

Les manifestations se sont poursuivies ces derniers jours dans un nombre croissant de pays du monde arabe et au-delà. En Libye, surtout dans l'est du pays, une région déshéritée, les manifestations ont été durement réprimées, faisant plusieurs dizaines de morts. Des bâtiments officiels ont été incendiés. Les manifestants, même des tribus traditionnalistes influentes réclament entre autre le départ de Kadhafi. La répression est sauvage et sanglante. Des avions de chasse ont mitraillé la foule. Mais il semble bien que le régime de Kadhafi soit agonisant malgré tout.
Au Yémen, à Bahreïn, à Djibouti, ont eu lieu des manifestations, ainsi qu'en Mauritanie, contre le manque d'eau et la hausse des prix.
Certains de ces régimes, comme le Maroc et l'Algérie, ont annoncé des mesures sociales afin de tenter de calmer la contestation, mais pour la population, on ne sait que trop ce que valent les promesses.
La contagion des révoltes alimente l'espoir et le courage des populations pauvres de ces pays, en même temps qu'elle inquiète les régimes au pouvoir.
Il est urgent que les travailleurs, la classe ouvrière de ces pays entrent aussi en lutte avec leurs propres revendications. Ils ont intérêt à faire valoir leur propre politique et à se doter de leurs propres organisations indépendantes. Sinon, une fois les dictatures actuelles écartées, les travailleurs se retrouveront face à des régimes qui, même plus démocratiques pendant un temps (et encore) seront toujours ceux de la bourgeoisie exploiteuse. Cette dernière a toujours des solutions de rechange pour donner aux masses l'illusion du changement. Les formidables révoltes actuelles du monde arabe recèlent certainement des possibilités immenses si les travailleurs émergeaient en tant que classe sur la scène politique à la tête des masses révoltées. Et bien sûr cela inquiète aussi les régimes des pays riches d'occident et d'ailleurs.
Car pour sûr, il germe certainement dans la tête de bon nombre de travailleurs et de pauvres, partout dans le monde que ce qui est possible dans les pays arabes est possible chez eux aussi: c'est-à-dire obtenir par la révolte de masse la satisfaction de revendications fortes. La crise économique, la crise alimentaire, les bas salaires, le chômage, la baisse du niveau de vie des masses laborieuses pourraient conduire à d'autres révoltes ailleurs dans le monde. Oui tout cela est contagieux. Mais seule la classe ouvrière peut donner des perspectives réelles à tous car c'est elle qui est au coeur de la production de toutes les richesses. C'est elle seule qui pourrait paralyser le système capitaliste et l'impérialisme mondial. Et sur ce plan là aussi, la contagion est possible et nécessaire partout. Partant de là, en perspective, tout est possible, voire même de passer de la révolte à la révolution sociale et politique de la classe des travailleurs.