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Organisation communiste révolutionnaire (trotskiste)
PARAIT TOUTES LES DEUX SEMAINES     -     Samedi 12 mars 2011           N° 1044


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Editorial

Face à l'aggravation de la crise capitaliste, les travailleurs ont les moyens de reprendre l'offensive

C'est la hausse brutale des prix des produits alimentaires, la faim, le chômage, la misère généralisée qui fut le point de départ des grandes révoltes dans les pays arabes. La révolte semble couver aussi en Chine, où les travailleurs y sont surexploités. Le monde est actuellement aux mains d'un groupe de spéculateurs financiers internationaux. Leurs spéculations viennent d'entraîner une hausse brutale des produits alimentaires, des matières premières et une hausse générale des prix partout dans le monde.
En Martinique, en Guadeloupe comme en France, les augmentations de prix pleuvent: carburants, électricité, assurances, loyer, eau, dépenses hospitalières, médicaments non remboursés en augmentation. La franchise hospitalière vient d'augmenter de 32 %. Une étude récente a montré que le coût de la vie aux Antilles est supérieur à celui de la France de 80%. Et tout à l'avenant! Toutes ces augmentations signifient bien que les salaires baissent en réalité.
D'un autre côté, les grands groupes capitalistes affichent des profits considérables. En tout, 83 milliards d'euros de profits pour l'année 2010, dont: Total: 10,3 milliards, Peugeot plus de un milliard, Renault plus de 3 milliards, par exemple.
A la bourse de Paris, depuis deux mois, on assiste à une nouvelle flambée des actions. Cela signifie encore qu'à force de monter, un jour cette bulle spéculative finira par exploser comme un ballon trop gonflé! On l'a vu en octobre 1987, on l'a vu en 2008.
Mais les capitalistes et spéculateurs, les banquiers recommencent à chaque fois à spéculer après avoir été renfloués par l'argent de l'Etat. Parallèlement on demande toujours plus de sacrifices au monde du travail pour renflouer les caisses de l'Etat. Et on assiste à un appauvrissement des travailleurs, et même de certaines couches de la classe moyenne déjà.
A plus forte raison, chez les chômeurs, les jeunes, la pauvreté, le manque de perspectives entrainent toujours plus de violence. La désespérance en plonge toujours plus dans la drogue, les vols, les braquages et autres crimes. Les gangs de jeunes augmentent dans les quartiers avec leur série de règlements de compte sanglants. Surtout en Guadeloupe. D'un autre côté, une minorité se vautre dans la richesse et le bien être avec leurs bateaux de plaisance, leurs villas somptueuses et leurs voitures dernier cri à plusieurs dizaines de milliers d'euros! Dans une telle situation, l'avenir repose sur la combativité de la classe des travailleurs. Elle seule peut faire changer les choses. Car c'est elle qui produit l'essentiel des richesses. Sans son travail, rien ne marche. C'est elle seule qui a la capacité réelle de bloquer, si elle le veut, l'économie des îles. On l'a bien vu en 2009 en Martinique et en Guadeloupe.
Plus que jamais, les travailleurs ont intérêt à mettre en avant des revendications urgentes. Notamment, face à la hausse des prix, imposer l'échelle mobile des salaires, face au chômage, imposer la répartition du travail entre tous, sans diminution de salaires, abolir le secret bancaire, exiger la publication de tous les comptes, richesses et biens des capitalistes!
C'est armés de la volonté politique claire de faire de leur force une force combative, dirigeante et indépendante que les travailleurs des Antilles arrêteront de subir la crise que veulent leur faire payer les capitalistes. C'est tout aussi vrai et urgent pour les travailleurs du monde arabe et ceux du monde entier.



Martinique
On ne condamne en politique que ceux que l'on craint! Ghislaine JOACHIM-ARNAUD et les travailleurs!

Notre camarade, Ghislaine Joachim Arnaud, dirigeante de Combat Ouvrier et secrétaire générale de la CGTM a été jugée coupable de « provocation à la discrimination, à la haine, à la violence à l'égard d'un groupe de personnes, en l'occurrence les Békés à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation ou une race déterminée». Elle a été condamnée à 3 000 euros d'amende et à payer 2 000 euros à l'Association «Collectif Dom» après la plainte de Jean François Hayot, résidant en France.
Et pourquoi? Pour avoir écrit sur le livre d'or de la chaîne ATV «Matinik sé ta nou, matinik sé pa ta yo, an band béké volé, pwofité nou ké fouté yo déwo».
La justice coloniale et celle des békés exploiteurs, celle de tous les capitalistes a donc condamné par la même les dizaines de milliers de travailleurs qui criaient la même chose pendant la grève générale de février 2009! Ce jugement est la manière dont se sont servis le pouvoir colonial, les békés et les possédants pour se venger contre les travailleurs de la grève générale de 2009. Pour se venger de la peur panique qu'ils ont eue!
C'est un jugement de classe contre les travailleurs et les pauvres de Martinique et en faveur des békés et des riches! Ce jugement qui se veut être une condamnation d'un soi-disant racisme venant de Ghislaine Joachim Arnaud et des travailleurs est bien au contraire un encouragement au racisme officiel représenté par la caste béké possédante et entretenu par le pouvoir colonial! Oui, c'est un jugement colonial et d'un autre âge!
Il est l'exemple caricatural du racisme officiel, institutionnel, qui existe en Martinique, cette vieille colonie française où tous les postes ou presque sont dirigés par des Blancs alors que la majorité de la population est noire et de couleur.
On condamne une dirigeante syndicale fille d'un peuple issu de trois siècles d'esclavage et de colonialisme.
Le racisme de l'Etat colonial et des békés possédants s'est exprimé aussi ici de manière sanguinaire pendant des siècles. Sans remonter plus haut dans le temps, en 1900 au François, plusieurs travailleurs grévistes étaient assassinés, puis de nombreuses fois par la suite. Qui a fait assassiner en 1934 André Aliker journaliste communiste dénonçant sans cesse l'exploitation des békés possédants?
En 1959, les forces de répression coloniales tuaient trois jeunes dans les rues de Fort de France à cause d'une simple altercation avec un Blanc. En mars 1961, elles faisaient trois morts lors de la grève des travailleurs de l'usine du Lamentin, et en 1974 à Chalvet deux travailleurs ont été froidement assassinés lors d'une grande grève de masse par les forces coloniales défendant la propriété des gros possédants.
C'est ce colonialisme dans tous ses états que n'a cessé de dénoncer Aimé Césaire! Il parlait même de «génocide par substitution». Nous affirmons que les possédants, exploiteurs de toutes couleurs sont et resteront nos ennemis irréductibles!
Nous affirmons que nos seuls frères sont et resteront les Noirs, Blancs, Indiens et Békés de la classe des travailleurs et des pauvres ainsi que les travailleurs français de l'hexagone et ceux du monde entier!
Notre camarade et ses avocats ont fait appel de ce jugement inique. Nous utiliserons les armes juridiques tout autant qu'on le pourra. Mais la véritable justice des travailleurs s'exercera par la lutte de masse, en renouant avec l'esprit de février 2009.
Dans la prochaine période, la crise poussera toujours plus de travailleurs et de pauvres à se battre contre les exploiteurs békés et autres! C'est sur ce terrain là que nous obtiendrons totalement justice!
A force de provoquer ainsi les travailleurs et le peuple pauvre, à force d'exploitation, à force de faire baisser notre niveau de vie pour satisfaire les gros possédants, à force de racisme contre un peuple de couleur, l'explosion sociale éclatera à la face des possédants et des oppresseurs.
Tout comme en Tunisie, en Egypte, en Lybie, tout cela aura une fin par l'action propre des masses. Mais ici, nous agirons pour aller plus loin encore, jusqu'au «déchoukaj» du système capitaliste lui même. Les travailleurs organisés en force politique iront jusqu'à la récupération du capital des békés issu de l'esclavage, donc de la traite, du viol, du pillage de la terreur sur des millions d'êtres humains importés d'Afrique et d'Inde par la suite.
«Matinik sé ta nou! Matinik sé pa ta yo an ban béké pwofité volé nou ké fouté yo déwo»!
Combat Ouvrier répète cette phrase par solidarité avec Ghislaine Joachim Arnaud et les dizaines de milliers de travailleurs qui l'ont scandée! Quoi qu'on en pense, cette phrase est désormais inscrite dans l'histoire du mouvement ouvrier de Martinique. La justice coloniale dans sa stupidité nous a elle-même aidés à l'inscrire dans une page indélébile!
Qu'ils jugent et condamnent! Qu'ils répriment! Leurs tribunaux et leurs prisons seront trop petits pour nous y mettre tous!
D'ores et déjà la mobilisation autour de ce procès en Martinique, en Guadeloupe, en France à l'échelle internationale est notre victoire.
A bas la justice de classe, à bas la justice coloniale!

Tract de combat ouvrier publié le jeudi 3 mars