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Organisation communiste révolutionnaire (trotskiste)
PARAIT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 12 mars 2011      N° 1044


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Fort de France
Squash Hôtel, comme à La Batelière, le patron devra perdre sa surdité

Au Squash hôtel de Fort-de-France, la directrice ne peut pas non plus entrer sur son lieu de travail. D'ailleurs, bizarrement, porte et chaises auraient disparu de son bureau. Elle est indésirable du fait de sa surdité aux revendications du personnel: durée du travail journalier trop longue, allant jusqu'à 12 heures pour les femmes de ménage, recours exagéré à la sous-traitance pour la maintenance. Et surtout la demande d'une prime de surcroit d'activité en décembre et janvier, pour cause d'hébergement de 160 gendarmes pour la venue de Sarkozy. L'hôtel a réalisé une plus-value sur cette période, pendant que les employés travaillaient avec des horaires prolongés et à l'occasion pendant leurs jours de congé. Il y avait même des petits déjeuners à servir avant 4h du matin !
Pendant que le directeur général des hôtels Karibéa fait la sourde oreille à ces demandes, le congé forcé de la directrice du Squash se prolonge et les salariés prouvent que son absence ne nuit pas à la bonne marche de l'hôtel.



Martinique
Dans les hôtels, les employés se font entendre

Les responsables du groupe Monplaisir ont repris l'hôtel Batelière de Schoelcher après sa mise en redressement judiciaire de 2009-2010. Ils viennent de mettre à pied le directeur qui opposait ses propres arguments à leurs déclarations sur la mauvaise santé financière de l'hôtel. Ils ont nommé un nouveau «directeur intérimaire», Eric Copett. Celui-ci reprend le refrain de la «mauvaise santé» pour justifier le non-paiement en temps et heure de la prime d'intéressement de février, existant depuis 1984. Il paraît que le paiement doit intervenir 50% en juin et 50% en décembre. Les salariés n'ont pas accepté sans réagir et le 3 mars, ils ont pris au mot le directeur néophyte. Comme celui-ci n'hésite pas à le déclarer avec un certain cynisme: «Je ne suis pas compétent dans l'hôtellerie, je ne suis pas un hôtelier...», le 3 mars, les employés ont interdit l'entrée de l'hôtel à ce «non-hôtelier».
Dans l'attente d'un Comité d'Entreprise extraordinaire le 7 mars, cette interdiction a été levée le lendemain, mais l'exigence restait toujours: le versement sans délai de la prime. Finalement le patron a bien dû se résoudre à signer un protocole de fin de conflit lundi 7 mars avec les représentants des travailleurs. La prime leur sera bien versée, mais cette fois: 50% le 15 mars, 50% fin mars. Le «non hôtelier» a compris qu'il ne pouvait pas faire n'importe quoi dans l'hôtellerie!ctuel ou au prochain, nous sommes prêts à nous défendre.



Martinique
Education, Mobilisations contre les suppressions de postes

Les jeudi 10 et mardi 22 février 2011, les personnels de l'Education nationale ont été appelés à cesser le travail pendant 24 heures. Objectif: signifier au recteur que la décision de supprimer 239 postes budgétaires en 2011 en Martinique n'est pas acceptable.
Le jeudi 10 février, le SMPE-CGTM, le SNETAA-Fo et la FSU avaient appelé les personnels à se retrouver au rectorat à Terreville pour signifier aux responsables de l'académie leur désaccord avec les mesures envisagées. Plusieurs dizaines d'enseignants ont donc scandé des slogans pour dire tout le mal qu'ils pensaient de cette mesure. Une délégation a été reçue par trois représentants du recteur qui était absent.
Le mardi 22 a eu lieu une nouvelle journée de grève. Cette fois, six syndicats, le SMPE-CGTM, la CSTM Education, l'UGTM Education, le SNETAA-FO, la FSU et L'UNSA Education, regroupés dans une intersyndicale ont appelé à manifester dans un tract commun. Environ 300 personnes ont défilé dans les rue de Fort de France avant d'être reçues par le secrétaire général du rectorat et un représentant de Châtel, le ministre en visite en Martinique le même jour. Au cours de cette rencontre, le conseiller du ministre a confirmé les suppressions, présentant au passage le recrutement de 210 contrats aidés supplémentaires comme un geste de bienveillance du ministre. Ce que la délégation a perçu comme une véritable provocation à juste titre.
Les mesures définitives seront officiellement notifiées en CTPA (comité technique paritaire académique) le lundi 21 mars 2011 par le recteur. Cette annonce est donc prévue après le 1er tour des élections cantonales et pour cause! Les syndicats ayant appelé à la grève les 10 et 22 février ont fait savoir qu'ils n'entendaient pas en rester là. Ils se sont donné rendez-vous dans la semaine du lundi 14 mars, après les congés de carnaval.
Le gouvernement au service des capitalistes, lui, entend continuer d'organiser la casse de l'enseignement comme celle d'autres services publics. Jusqu'à ce qu'il y ait un véritable mouvement de colère des enseignants, mais aussi des jeunes et de la population, victimes eux aussi de ces mesures iniques.



Grève d'avertissement dans le secteur de l'énergie

Les salariés de la CTM (Centrale Thermique du Moule), CDE (Centrale Diesel Export) de Jarry, et EDF Guadeloupe ont observé deux jours de grève les 24 et 25 février derniers à l'appel de la fédération CGTG de l'Energie. Le mouvement était également suivi à la Réunion pour EDF et CTM et à la Martinique pour l'EDF.
En Guadeloupe des baisses de charges de 40 % ont eu lieu à la CDE, baisses allant jusqu'à 70 % aux heures de pointes, ce qui a provoqué des délestages sur St François et une partie du Moule. A cause du mouvement de grève, EDF a dû démarrer tous ses groupes de secours. En Martinique des délestages ont eu lieu toutes les deux heures à EDF. A la Réunion la mobilisation a surtout eu lieu dans les agences qui étaient bloquées mais il n'y a pas eu de délestage. A EDF Guadeloupe, le piquet de grève s'est tenu devant la centrale de Jarry Nord, et dans les agences, les clients n'ont pas pu faire de paiement ce jour là. Le but de ces deux jours de mobilisation, bien suivis à CDE et à la CTM et aussi à EDF, était d'avertir la population sur le problème et de sensibiliser les autorités.
Nous rappelons que les salariés réclament l'application de l'article 14 du statut des IEG (Industries Electriques et gazières) qui prévoit d'accorder la prime de vie chère de 40 % aux Antilles et 53 % à la Réunion comme pour les fonctionnaires. Pour l'instant les directions respectives n'ont pas réagi mais une délégation CGTG doit se rendre à Paris une nouvelle fois pour les rencontrer et leur remettre le protocole signé le 22/02/1972. La rencontre avec la direction de CDE est prévue le 14/03/11 et avec la Séchilienne (direction de la CTM) le 15/03/11.
Dans ce protocole qui est un relevé de décisions, il s'agit des dispositifs prévus par les textes en vigueur où le gouvernement accepte d'accorder les différentes primes de vie chère. L'accord a été signé le 22 février 1972 entre le Gouvernement et les Fédérations Syndicales Nationales.
Dans une lettre adressée aux différentes directions, les représentants syndicaux leur avaient fixé le 10 mars comme délai pour donner une suite favorable à leur demande. Et des rendez-vous ont été fixés depuis pour la deuxième moitié du mois de mars. La balle est maintenant dans le camp des directions et les salariés n'ont nullement l'intention d'abandonner leur droit.



Martinique
24 mars 1961, les forces du pouvoir colonial tiraient à vue sur les grévistes du Lamentin

En décembre 1959, la jeunesse de Fort-de-France se dressait contre le racisme du pouvoir, y laissant 3 morts et de nombreux blessés. Lâchant un peu de lest, le gouvernement retirait peu de temps après les CRS de l'île. Cela ne signifiait pas pour autant la fin de la répression contre les aspirations des travailleurs.
En mars 1961, les ouvriers agricoles de la canne déclenchèrent une grève pour réclamer des augmentations de salaire, et des améliorations des conditions de travail.
Le 24 mars, il y eut un rassemblement de grévistes au bourg du Lamentin, à l'époque un centre important de l'activité sucrière. Les grévistes allèrent d'habitation en habitation selon la tradition de la grève marchante pour convaincre leurs camarades de rallier le mouvement. Dans la matinée les gendarmes appréhendèrent deux syndicalistes qui furent emmenés à Fort-de-France, et les travailleurs réclamèrent toute la journée leur libération.
Roger Aubéry, membre de la famille béké détentrice de la majeure partie des plantations de canne du Lamentin, vint en jeep provoquer les travailleurs rassemblés. Face à la colère des grévistes, Aubéry trouva refuge dans une maison voisine occupée par un Blanc de France. Les ouvriers se groupèrent devant la maison, dénonçant l'arrogance békée.
En début de soirée les syndicalistes qui avaient été conduits à Fort de France furent libérés et attendus au Lamentin. Mais leur retour tarda et la tension commença à monter. Les gendarmes intervinrent alors pour dégager Aubéry. Le Commissaire de Police Basse fit tirer en pleine rue, près de l'église, sans sommation, sur la foule comprenant des personnes sortant de la prière. On compta plus de vingt blessés et trois morts: Suzanne Marie-Calixte (24 ans) couturière qui sortait de l'église, Alexandre Laurencine (21 ans) et Edouard Valide (26 ans), ouvriers agricoles.
Le discours-poème «Le discours des Trois Tombes» est resté célèbre. Prononcé lors des obsèques des victimes par Georges Gratiant, maire du Lamentin membre du Parti Communiste Martiniquais, il rendait hommage à ces ouvriers victimes de la hargne des possédants:
«Au nom de l'ordre et de la force publique, au nom de l'autorité qui nous régente, au nom de la loi et au nom de la France, une poignée d'assassins en armes vient de creuser trois tombes, d'un coup, dans notre sol lamentinois.
Crime plein de lâcheté et plein d'horreur !
Crime policier, crime raciste, crime politique...
...Qui veut du pain aura du plomb...»