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Combat Ouvrier N° 853 du samedi 8 février 2002 - PAGE 2


Martinique: sondage sur l'évolution institutionnelle. Quand une réponse peut en cacher une autre.

Pointe-à-Pitre: 6000 personnes manifestent contre le racisme et la xénophobie

Les relents de pourriture de la xénophobie élégante

Pointe-à-Pitre: la manifestation de soutien à Ibo Simon

On peut insulter, incendier, violenter la communauté haïtienne... Michaux-Chevry est "au-dessus de la mêlée"!!??

Martinique

Sondage sur l'évolution institutionnelle: Quand une réponse peut en cacher une autre.

Les résultats de l'enquête Louis Harris sur l'évolution institutionnelle de la Martinique et de la Guadeloupe publiés dans le journal France-Antilles du 17 janvier 2002 ont été largement utilisés. A la question suivante: «En tout état de cause, souhaitez-vous que la Martinique reste département français?», 92% des sondés répondent «oui», 4% répondent « non » et 4% ne savent pas.
Plusieurs hommes politiques de droite notamment s'en sont servis pour se démarquer catégoriquement de la démarche du Congrès autour du changement de statut.
Les commentaires faits autour de ce sondage sont quelque peu hypocrites. Les 92% de oui pour que la Martinique reste département français ont été exploités, comme toujours dans ce genre de sondage, par les commentateurs politiques ou patronaux qui voudraient que la situation reste en l'état et surtout qu'elle continue à leur être favorable. D'ailleurs au vu de ces résultats certains organes politiques de gauche tel que le journal «Justice» du PCM ont crié à la «manipulation des sondages par le patronat».
Mais l'enquête comprend une deuxième question. «Quel est, selon vous, le statut qui garantit le mieux les droits acquis des Martiniquais, notamment en matière d'égalité sociale, de droit à la santé, de droit à l'éducation ?» : 47% des sondés répondent : le statut départemental, 15% répondent un statut lié à une collectivité territoriale spécifique, 13% le statut d'autonomie, 4% répondent l'indépendance, et 18% ne savent pas.
Il n'y a plus que 47% des sondés qui pensent que c'est le statut départemental, et 31% pensent qu'un autre statut serait plus favorable au maintien des avantages acquis et 18% ne se prononcent pas. Sur la question du maintien des droits acquis en matière de santé, d'éducation, d'égalité sociale qui touche les gens dans leur vie quotidienne, la population sondée exprime donc un doute important vis à vis du statut départemental actuel.
Elle n'a pas confiance non plus dans les autres statuts qui lui sont présentés. Et ce n'est pas étonnant car les politiciens qui défendent ces nouveaux statuts ne s'engagent pas sur les choix et les priorités qui seraient faits en faveur des classes laborieuses, alors qu'ils annoncent d'ores et déjà des mesures de soutien aux entreprises. Mais ne n'est pas cela évidemment qui a retenu l'attention car les vrais problèmes des travailleurs n'intéressent pas les commentateurs officiels. Ils ne se servent des sondages que pour leurs manœuvres politiciennes.


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Pointe-à-Pitre

6000 personnes manifestent contre le racisme et la xénophobie

A l'appel de 32 organisations, 6000 personnes ont manifesté le samedi 26 janvier dans les rues de Pointe-à-Pitre, pour protester contre le racisme et la xénophobie. Une telle réaction massive traduit l'indignation suscitée par les exactions dont ont été victimes des Haïtiens. C'est au cours du procès d'Ibo Simon qui s'est déroulé du 18 au 20 janvier que des magasins appartenant à des Haïtiens ont été incendiés à Pointe-à-Pitre. Des petits commerçants haïtiens ont été agressés sur les marchés, leurs marchandises renversées sur le sol. Une voiture ambulante appartenant à un Haïtien a été incendiée à Vieux -Bourg Abymes.
Ces incidents n'ont pas été le fruit du hasard. Durant les trois jours de son procès, Ibo Simon n'a cessé d'haranguer ses partisans amassés devant le tribunal, en déversant toute sa bile haineuse et xénophobe contre la communauté haïtienne. Il n'a pas hésité à inciter ses supporters à brûler les maisons des Haïtiens. Canal 10 a largement diffusé ses propos incitant à l'émeute raciale. Avant son procès Ibo Simon a organisé des actions de commandos soi- disant pour «mettre de l'ordre en Guadeloupe» en faisant la chasse aux pâcotilleuses haïtiennes dans les rues de Pointe-à-Pitre sous prétexte qu'elles encombraient les trottoirs. Il a mené les mêmes actions sur le marché de Bergevin. Le climat de xénophobie devenait inquiétant et l'on pouvait s'attendre au pire, à l'organisation de véritables milices opérant la chasse aux Haïtiens. Face à un tel danger, de nombreuses organisations politiques, syndicales ainsi que plusieurs associations ont réagi en appelant à une manifestation de protestation. Cette manifestation a mobilisé, des travailleurs, des intellectuels, des élus politiques sans compter tous ceux de la population qui sont venus spontanément. De nombreux Haïtiens ont également participé à cette manifestation.
Un rassemblement a d'abord eu lieu à la gare routière de Bergevin. Les manifestants ont ensuite défilé dans les rues de la ville. Les mots d'ordre : «non au racisme et à la xénophobie» «Caribéens main dans la main», «Fré haïtien nou avê ou» , ont été repris durant toute la manifestation. Une motion a été remise au Sous-Préfet. La manifestation s'est terminé devant la mairie.
Une telle riposte contre la xénophobie et les méthodes fascisantes encouragées par Ibo Simon prouve que la communauté haïtienne n'est pas isolée et qu'elle peut compter sur la solidarité d'une grande fraction de la population.


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Les relents de pourriture de la xénophobie élégante

Quelle brochette de stupidités! On en rirait si elle ne distillait pas en même temps et perfidement le venin xénophobe. C'est ce qui vient à l'esprit quand on a entendu les déclarations des "supporteurs" de la cause S. Ibo, le vendredi soir 1 février dernier sur Canal 10. C'était la veille de la manifestation des partisans d'Ibo. Il fallait mobiliser. On a peine en effet à croire que de telles inepties ont pu sortir de la bouche de la brochette "d'intellectuels", en majorité des avocats qui veulent faire croire qu'on leur reproche de défendre S. Ibo devant les tribunaux. Et que ces gens là, T. Jabbour, F. Rodes, C. Lacavé, Danchet etc. ne viennent pas nous raconter qu'ils ne font qu'exercer leur profession. Non. Ils ont épousé purement et simplement les idées et la cause de leur soi-disant client. C'est à dire la cause de la xénophobie. Car qu'est-ce sinon épouser la cause de S. Ibo que de raconter pendant des heures, sur canal 10, les inepties suivantes. Nous n'en citons qu'une petite partie.
Tout d'abord, ont -ils déclaré, les manifestants du samedi 26 janvier (qui n'étaient que 2 000 selon eux) étaient en grande majorité des intellectuels ou encore des gens qui touchent les 40%, notamment des hommes qui ne sont pas allés chercher leurs femmes dans les campagnes de la Guadeloupe comme à Anse Bertrand mais en France, et qui plus est des femmes blanches. Ensuite on a entendu que les manifestants étaient surtout des gens à "peau chappée" (peau claire), des touristes et des blancs pays qui utilisent des travailleurs haïtiens clandestins. Tout cela de la bouche de l'avocat T. Jabbour, (lui-même métis à la peau claire). Autre bêtise: les organisateurs avaient commis une erreur: s'ils avaient invité les "clandestins" à manifester, il y aurait eu non pas 2 000 manifestants mais 100 000 (sous-entendu donc qu'il y a en Guadeloupe au moins 80 000 clandestins) Selon eux, il y a au moins 500 Haïtiens qui pénètrent chaque jour ou chaque semaine en Guadeloupe. Et tout le reste de la même eau. Le tout certes présenté dans un langage élégant. Mais pour exprimer quant au fond les mêmes ordures qu'Ibo Simon.
On avait l'habitude d'entendre de telles inexactitudes et de telles bêtises de la seule bouche d'Ibo Simon. Mais voilà que des avocats s'y mettent. T. Jabbour épouse et répète toutes les idées et images les plus bêtes, les plus saugrenues colportées par Ibo Simon et son milieu. Il s'est une fois de plus affiché comme un politicien de la pire espèce, capable de colporter les idées les plus stupides dans le seul but de s'attirer la sympathie et les voix des gens dupés par l'attitude et les déclarations de S. Ibo. Ce dernier étant lui-même certainement utilisé par certaines personnes qui ont beaucoup à gagner en détournant la colère d'une partie de la population contre les immigrés en général. Depuis quand les L. Dessout, F. Rodes, C. Lacavé, T. Jabbour etc. se sont-ils découverts une âme de défenseurs des intérêts du petit peuple de la Guadeloupe? N'est-ce pas seulement depuis qu'ils ont flairé qu'ils ont des chances de trouver une place d'élus en s'amarrant "au char" de S. Ibo et de canal 10? A moins que pour certains avocats il n'y ait là un peu de sous à gagner ou même l'occasion de se mettre en vue pour augmenter une clientèle.
Cela dit, en dépassant largement leur rôle de simple défenseur ils s'affirment comme défendant les pires idées xénophobes d'extrême droite aux côtés de celui qui déclarait qu'à côté de lui Lepen était un petit garçon, Ibo Simon. En renforçant le camp d Ibo Simon ils portent une responsabilité morale dans les incendies et les violences qui ont été commises à l'encontre de la communauté haïtienne et dans celles qui pourraient se produire dans l'avenir. Ces avocats et autres «penseurs» du mouvement d'Ibo se sont placés eux même dans un camp qu'il faudra combattre coûte que coûte. A moins que la boue nauséabonde dans laquelle ils se vautrent ne finisse par les étouffer.


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Pointe-à-Pitre

La manifestation de soutien à Ibo Simon

Le samedi 2 février, une semaine après la manifestation contre le racisme et la xénophobie, a eu lieu une contre-manifestation organisée par le camp Ibo Simon. Près de deux mille personnes ont défilé dans les rues de Pointe-à-Pitre. Malgré la propagande de Canal 10, les manifestants étaient trois fois moins nombreux que ceux qui avaient manifesté une semaine avant contre la xénophobie et le racisme. Mais les organisateurs ont annoncé avec leur aplomb habituel dans le mensonge : 8000 personnes. Ce qui a fait rire.
Les organisateurs étaient représentés en tête du défilé par les avocats d'Ibo Simon, les militants de l'organisation «Guadeloupe Doubout» dirigée par Louis Dessout et d'autres élus de la Municipalité de Pointe-à-Pitre qui constituent l'opposition de droite. Raymond Viviés, béké au passé politique de droite et d'extrême droite exhumé, élu actuel de droite, connu pour avoir organisé dans le passé la chasse aux Dominiquais dirigeait la manifestation. Rappelons que déjà oublié et enterré politiquement il a été exhumé et a retrouvé une place d'élu sur la liste d'Ibo Simon aux élections régionales. Sur les banderoles et les pancartes on pouvait lire : «non à l'émigration clandestine» «non à la traite négrière» «non à la mafia négrière», «vaudou dehors». La manifestation est partie de la Tour Sécid puis s'est dirigée vers le cimetière. Elle est passée ensuite au centre de la ville et s'est rapidement dispersée à la Darse.
C'est à l'initiative de l'avocat Rhodes que la manifestation a été organisée sous le prétexte de la défense des Haïtiens exploités et victimes de la traite négrière. Son organisation : le «Collectif Contre la Traite Négrière Haïtienne» avait également appelé à la manifestation. Après la forte mobilisation contre le racisme et la xénophobie, cet avocat d'Ibo Simon a subitement changé de langage en déclarant qu'il ne s'agissait pas de s'en prendre aux Haïtiens mais de dénoncer l'émigration clandestine et «la traite négrière haïtienne».Une manière qui se veut habile de masquer sa xénophobie


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On peut insulter, incendier, violenter la communauté haïtienne... Michaux-Chevry est "au-dessus de la mêlée"!!??

Ainsi Michaux-Chevry, sénateur, présidente du Conseil régional, celle qui se targue d'être «le chef de la Guadeloupe» n'a pas pipé mot après les exactions violentes et xénophobes à l'encontre de la communauté haïtienne. Pas un mot quand Ibo Simon traite les immigrés haïtiens de «  canaille, chiens » etc... Pas un mot d'elle quand ce même individu appelle à brûler les maisons et commerces d'Haïtiens. Elle a déclaré qu'elle est « au-dessus de la mêlée.» Elle explique son silence en disant que certains (elle voulait parler des indépendantistes des années 8O) ont semé la violence, ont écrit «blan déwo» ont commis un attentat contre l'un de ses parents etc... Et alors personne n'a manifesté contre la xénophobie etc...
Quelle hypocrisie!
En réalité Michaux Chevry n'a rien dit contre Ibo Simon parce que l'électorat d'Ibo est aussi le sien. Le thème de la xénophobie, le thème sécuritaire est un thème qui prend hélas dans la population pauvre, inculte, naïve. Michaux flatte cette population, surtout en période électorale. A moins... qu'elle-même partage aussi la xénophobie et les sentiments anti immigré qui anime une partie de la droite, de l'extrême droite.
En tout cas le mutisme de Michaux-Chevry la rend coupable. Coupable passive des agressions racistes et xénophobes.


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