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Combat Ouvrier N° 853 du samedi 8 février 2002 - PAGE 4


Proche-Orient: les crimes d'Israël ne régleront rien

Haïti: la démocratie selon Aristide

Histoire: l'expédition française à Saint Domingue

Proche-Orient

Proche-Orient: les crimes d'Israël ne régleront rien

Le 4 février, cinq Palestiniens sont morts, atteints par l'explosion d'un missile tiré par un hélicoptère israélien au-dessus de la bande de Gaza, dans les territoires occupés par Israël. Quatre d'entre eux étaient des membres du FDLP, branche de l'OLP, Organisation de Libération de la Palestine de Yasser Arafat. Le Premier ministre israélien Sharon a décide d'éliminer les militants de la cause palestinienne. Les éliminations «ciblées» se poursuivent. Il a bloqué Arafat dans ses bureaux de Ramallah entourés de chars. Le chef palestinien ne peut plus circuler depuis le 3 décembre dernier. Sharon n'a d'ailleurs pas hésité à déclarer qu'il regrettait de n'avoir pas tué Arafat en 1982 au Liban. Il veut l'empêcher de diriger. La raison invoquée est que Arafat se refuse à éliminer les membres actifs du Hezbollah et du Hamas qui mènent la lutte armée contre l'envahissement de la Palestine par l'armée et les colons israéliens. Chaque jour Sharon est responsable de la mort de Palestiniens. Dans cette politique criminelle d'Israël, il a le soutien des dirigeants des Etats Unis où il s'est déjà rendu quatre fois depuis qu'il a été nommé au gouvernement en mars 2001.
A coté d'Arafat, on n'entend plus les déclarations des dirigeants arabes qui n'hésitaient pas à soutenir, du moins en paroles, le peuple palestinien. Ils se disent neutres et assistent passivement à l'étouffement d'Arafat et aux crimes contre la population palestinienne révoltée, qui se bat. Mais c'est cette révolte que ces dirigeants craignent. Ils ont peur de la contagion. Ils savent que la souffrance des pauvres de leurs propres pays est telle qu'ils peuvent eux aussi choisir de se battre. Toutefois la politique criminelle menée par Sharon et les Etats Unis ne changera rien. Elle pourrait éliminer Arafat politiquement ou physiquement. Mais cela ne fera qu'accroître la colère du peuple palestinien. Il vit depuis des décennies, depuis trop longtemps, le chômage, les vexations et les crimes de l'Etat d'Israël. Ses maisons sont démolies, ils sont chassés de leurs terres par des colons israéliens. Dans ces conditions les groupes palestiniens radicaux ne peuvent trouver que toujours plus de candidats aux attentats suicides, même si eux aussi ne sont pas une solution pour la jeunesse palestinienne.
Cette situation devient également intolérable pour ceux d'Israël où des fissures apparaissent : certains fonctionnaires israéliens ont récemment refusé de servir dans les territoires occupés. Les habitants de Jérusalem accepteront-ils de vivre derrière «un mur de la honte» gardé par des hommes en armes?
Les Sharon et autre Bush continuent d'utiliser l'impact des attentats du 11 septembre sur l'opinion mondiale pour couvrir leurs forfaitures et mener la pire des politiques. Plus Les dirigeants américains affirment n'être qu'au début de leur croisade anti terroriste mondiale, plus ils annoncent qu'ils pourraient intervenir dans d'autres pays.. Plus ils croient pouvoir soutenir Sharon dans toutes ses entreprises criminelles, isoler Arafat et le mépriser ouvertement. Mais plus aussi ils nourrissent la haine dans le cœur de bien des palestiniens et de groupes terroristes islamistes qui voudront se venger et qui se trompent lourdement en choisissant la voie du terrorisme aveugle comme riposte.


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Haïti

La démocratie selon Aristide

Le lundi 4 février Aristide a donné sa première conférence de presse depuis qu'il a été investi le 7 février 2001. En répondant aux questions des journalistes il a insisté sur les problèmes de sécurité et sur ses rapports avec l'opposition.
Vis-à-vis de l'opposition, le ton est dit-il la concertation: "je suis venu dire à l'opposition que j'ai choisi la route de la concertation et non celle de la confrontation, et ce pour le bien de la nation". Il ajoute qu'il est prêt à rencontrer les leaders de l'opposition pour trouver une issue à la crise. En ce sens il envoie un signe aux dirigeants de l'OEA et de l'ONU dont une des conditions pour le soutien à Aristide est un accord entre Lavalasse et la Convergence (l’opposition).
Ainsi, il serait prêt à faire des concessions en invitant des membres de l'opposition à venir profiter des avantages du pouvoir. L'occasion est toute trouvée avec le remplacement du Premier ministre Chérestal démissionnaire, des postes seraient ainsi attribués à l'opposition.
Son ouverture se prolonge toujours dans l'évocation de futures élections parlementaires en novembre 2002 pour remplacer les députés et sénateurs qui ont écourté leur mandat. Il profite pour faire l'éloge du "sacrifice" de ces derniers, des magouilleurs qui se hâtent de tirer tout ce qu'ils peuvent de leurs postes car il leur faudra bientôt laisser la place à d'autres de l'opposition ou pas.
Aristide fait ces appels d'offre au nom de l'intérêt de la nation, c'est à dire de l'intérêt des bourgeois qui commencent à ruer dans les brancards quand ils voient que ce même Aristide n’est pas capable de faire prospérer les espoirs d’enrichissement qu'ils avaient mis en lui. Et ce pour qu’il leur permette de faire encore plus de bénéfices.
Il fait certainement allusion à certains d'entre eux quand il parle "des sommes énormes qui ont été dépensées pour perpétrer l'agression du 17 décembre" qui le visait directement dit-il."Les armes du 17 décembre voulaient clairement m'assassiner et assassiner la démocratie". Il explique ainsi les investissements réalisés pour assurer sa protection : deux hélicoptères qui suivent ses déplacements, l'utilisation de la dernière promotion sortie de l'Académie de police qui est affectée à la garde du palais, le recrutement de 60 gardes du corps dans une agence américaine.
A propos de la sécurité, il parle de sa sécurité en tant que président qui a essuyé une tentative de coup d'Etat. Il assure sa sécurité, celle de sa famille et laisse la population des quartiers pauvres se débattre face aux bandes armées et les millions d'Haïtiens des classes laborieuses se débattre face à l'insécurité du chômage, et de la vie en dessous du seuil de pauvreté. C'est ce qui pour lui est le signe de la démocratie. Même les paroles démagogiques comme "la paix dans la tête, la paix dans le ventre" sont mises au rancart.
Aristide se sent menacé et sa démocratie se résume à le protéger comme président et à partager le pouvoir avec les politiciens de l'opposition. C'est bien la démocratie des bourgeois dont il s'agit où une poignée de riches margoulins a le droit de vivre et où la population laborieuse est le moteur de la société mais n'a pas le droit de vivre décemment.


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Histoire

L'expédition française à Saint Domingue

Cette année 2002, plusieurs manifestations sont prévues pour commémorer le bicentenaire de la lutte des esclaves contre l’esclavage aux côtés de Delgrés, Ignace, Massoteau, Noël Corbet notamment. Nous poursuivons la chronique historique que nous avons commencée il y a plusieurs mois sur cette période.

L’expédition française à St Domingue fut décidée par Napoléon Bonaparte dès le 9 octobre 1801, huit jours seulement après que les préliminaires de paix aient été signés entre la France et l’Angleterre. Il semble que, dans sa volonté de rétablir l’esclavage dans les colonies, il n’ait attendu que d’être débarrassé du problème anglais pour partir à l’assaut de la plus grande d’entre elles, celle où le pouvoir local était le plus affirmé.
Il lui faut cependant attendre jusqu'au 14 décembre, du fait de vents contraires, pour que la flotte de 88 vaisseaux, portant 22 000 hommes, quitte les côtes françaises. Elle est commandée par l’amiral Villaret-Joyeuse et dirigée par quelques-uns uns des meilleurs officiers de l’armée, dont Leclerc, le beau-frère de Napoléon.
Malgré les précautions prises par Napoléon, Toussaint Louverture, connaît les préparatifs. Toussaint Louverture est le chef de l’armée des Noirs. Il a dirigé les luttes des esclaves pour la liberté dès 1791. Cependant, en décembre 1801 et jusqu’en février 1802, son attitude semble traduire une hésitation. Dans les mois précédant l’intervention française, il a cherché à rassurer les Blancs présents sur l’île. Il va même jusqu'à faire exécuter son neveu, Moïse, lui aussi chef militaire reconnu par les soldats, qui a fait des choix plus radicaux : s’attaquer aux colons blancs sans pitié. Toussaint Louverture pense-t-il qu’il est encore possible d’éviter l’affrontement? Ou tout simplement attend-il d’exécuter son plan?
La lutte des Noirs de St Domingue est sans précédent dans l’histoire. C’est la première fois que des anciens esclaves, libres depuis peu, doivent affronter une expédition armée du colonisateur. Ils ne bénéficient donc pas de l’expérience historique qui aurait pu leur permettre de reconnaître immédiatement le danger.
Les couches aisées de la population, les Mulâtres, les Noirs libérés avant l’abolition et les colons Blancs soutiennent l’expédition dirigée par Leclerc. Ils pensent qu’elle leur permettra de reprendre possession de la totalité de leurs biens. Par contre, beaucoup de Noirs qui refusent de continuer à travailler pour les Blancs après l’abolition se sont écartés de Toussaint du fait de son attitude protectrice envers les colons.
Les troupes françaises débarquent sans trop de problèmes et se rendent assez vite maîtresses du littoral. Cependant, l’armée des Noirs et la population exécutent le plan de Toussaint. Lorsque le 1er février, la flotte arrive devant le Cap, Leclerc ordonne à Christophe, qui commande la ville, de la lui livrer dans les 24 heures. Mais lorsque les Français attaquent, le signal de l’incendie est donné. Christophe met le feu à sa propre maison, imité par tous ceux qui l’entourent. Maurepas fait de même au Fort-de-Paix, Dessalines à St Marc, et Vernet aux Gonaïves. Cette stratégie a pour but de gagner du temps en attendant la saison des pluies, qui, ils le savent, sera fatale à l’ennemi. Ils empoisonnent les puits en y jetant des cadavres, rendent les routes impraticables. Ainsi, tout en retardant leur avance, ils attirent les assaillants dans des régions montagneuses où ils peuvent leur livrer une guerre de guérilla. De leur côté, les travailleurs, s’ils ne participent pas directement aux combats, attaquent les troupes françaises par le flanc et les harcèlent.
Toussaint réunit ses troupes dans les montagnes des Chaos, dans un fort appelé «la Crête à Pierrot». Le fort est attaqué début mars, puis assiégé. Plusieurs attaques françaises se heurtent à la résistance farouche des assiégés. Ces derniers parviennent à quitter le fort en s’ouvrant un passage à travers les lignes françaises.
Avant même le début de la saison des pluies, les troupes françaises sont déjà démoralisées. Ces soldats, qui ont propagé par la guerre les idéaux révolutionnaires dans les pays monarchistes d’Europe, ne savent pas pourquoi ils se battent. Dans le camp adverse, ils entendent parfois retentir le chant de la Marseillaise, qui est le leur. Par contre, les soldats noirs savent qu’ils se battent pour conserver leur liberté. C’est ce qui leur permet de résister face à une armée nombreuse et aguerrie.
Pourtant, en mai, les troupes noires semblent vaincues. Toussaint décide de se rendre. Cette trêve pourrait lui permettre de gagner du temps. Mais il finit par tomber dans un piège tendu par Leclerc : sous prétexte de lui demander conseil, le général Brunet lui donne rendez-vous sur l’habitation Georges, près des Gonaïves. Malgré sa méfiance, Toussaint se rend au rendez-vous où il est arrêté puis déporté.

Source bibliographique : Les Jacobins Noirs - Toussaint Louverture et la révolution de Saint-Domingue. De P.I.R James. Histoire d’Haïti de J.C. Dorsainvil.


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