Faucille & marteau COMBAT OUVRIER Pour
PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES - Samedi 6 avril 2002 N° 857




À la une

ÉDITORIAL
Ils ont déjà un carton jaune, donnons-leur un carton rouge!


Position d'Arlette Laguiller sur les départements d'Outre-Mer

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Position d'Arlette Laguiller sur les départements d'Outre-Mer (Suite)

Lionel Jospin à la pêche aux voix d'Outre-Mer

Le parti communiste martiniquais "sans complexe" derrière une gauche pleutre!

Chirac: supermenteur et prometteur sous les tropiques!

Taubira, noire comme nous, mais est-ce suffisant?

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Martinique Le "dialogue social" ou comment imposer sa loi aux travailleurs

Petit-Canal: Mitel compte sur la pourriture et le découragement

Martinique: Les aides-éducateurs manifestent leur mécontentement

Martinique: les femmes se font entendre

Guadeloupe: les travailleurs de l'UCP durcissent leur mouvement en soutien à Pascal Sébastien

Guadeloupe: quand Marlène Captant donne des leçons à Mitel; il faut le faire!

Bouillante: le personnel de l'hôtel du "Domaine de Petite-Anse" a dû faire grève pour obtenir satisfaction

Des centaines d'emplois menacés par les décisions des capitalistes des hôtels Méridien en Martinique et Guadeloupe

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Palestine: A bas la politique sanglante et inutile de Sharon contre le peuple palestinien


Guadeloupe: les employés de la Sécurité Sociale en lutte

Esclavage: la révolte de Pedre et Leblanc en 1656

Guadeloupe: KFC-les travailleurs restent mobilisés

Qui veut tuer le "melon guadeloupéen"?

Réunion publiques de Combat Ouvrier en soutien à Arlette Laguiller

Guadeloupe: Risque de licenciements au Rex!

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ÉDITORIAL

ILS ONT DÉJÀ UN CARTON JAUNE, DONNONS-LEUR UN ROUGE!

Chirac a le culot de dire que, dans les hôpitaux, les 35 heures sont une catastrophe. Il oublie de dire que la cause n'est pas la réduction du temps de travail d'un personnel à bout de forces, mais le fait qu'on n'a pas embauché en conséquence. Parce que, pour compenser 10 % de réduction du temps de travail, il aurait fallu une augmentation de 10 % des effectifs. Le gouvernement ne l'a pas fait. Mais les gouvernements de droite qui l'ont précédé n'ont pas non plus compensé les départs à la retraite et fait face aux besoins.

Jospin a prétendu, mardi matin sur R.T.L., que son gouvernement avait "tenu ses engagements" et que "c'est avec un gouvernement de gauche que les problèmes de chômage, de retraite et de santé trouveront une réponse"! Pourquoi, depuis 5 ans, ne l'a-t-il pas fait?

Le chômage a un peu régressé mais les emplois précaires ont plus augmenté encore. Pour la santé, les hôpitaux, la Sécurité sociale, n'en parlons pas. Quant aux retraites, Jospin n'a même pas supprimé les mesures de Balladur et n'a pas rétabli à 37 ans et demi les cotisations pour une retraite complète au lieu des 40 actuels. Et les actuels retraités voient leur niveau de vie diminuer encore bien plus que les salariés en activité.

Il ne se passe pas de semaine sans qu'on annonce un licenciement collectif, ici ou là. Les actionnaires de ces sociétés cotées en Bourse exigent 15 ou 20 % de bénéfice et, pour les satisfaire, on diminue le nombre de travailleurs et on exploite un peu plus ceux qui restent.

Voilà la situation du monde du travail. Voilà la société que Jospin dit avoir "gérée sérieusement". C'est vrai qu'il "gère sérieusement" les affaires de la bourgeoisie, mais pas celles des travailleurs.

Ce qui est réconfortant, c'est que de plus en plus de travailleurs manifestent que cette gauche ne les représente pas. De plus en plus d'ouvriers, d'employés, de fonctionnaires, d'enseignants, de travailleurs des services publics, de petits commerçants et de petits paysans, ont trouvé que seule Arlette Laguiller exprimait leurs intérêts. D'où sa montée dans les sondages.

Arlette Laguiller est issue du monde du travail, elle est aujourd'hui retraitée car elle a travaillé toute sa vie comme employée. C'est une femme. Elle a toujours partagé la vie du monde du travail. Elle a été militante syndicale et a connu l'exploitation dans les entreprises et tous les efforts qu'il fallait faire pour défendre les travailleurs contre la rapacité patronale ou les injustices. Elle, elle peut exprimer les aspirations de la population laborieuse.

Aujourd'hui les sondages lui prêtent la moitié des voix qui se porteraient sur Chirac ou sur Jospin. De plus en plus de travailleurs ont connu la droite et la gauche au pouvoir et ont pu juger qu'il n'y avait pas vraiment de différence.

Le Parti communiste s'est déconsidéré aux côtés de Jospin et dégringole dans les mêmes sondages. Qui pourrait donc citer le nom des quatre ministres communistes et dire ce qu'ils ont fait? Pour Marie-George Buffet, on peut peut-être dire ce qu'elle est mais pas ce qu'elle a fait d'important. Gayssot certainement, mais que pensent de lui les cheminots, les chauffeurs routiers? Et les deux autres, quel est leur nom et à quoi ont-ils servi? Jospin, avec Gayssot, en 5 ans, a plus privatisé que les deux gouvernements de droite qui ont précédé. Même les autoroutes dont l'État a entièrement financé la construction vont être privatisées maintenant qu'elles sont bien rentables. D'ici qu'on nous fasse payer un péage en sortant de chez nous pour emprunter la rue, il n'y a pas loin. En effet, si la droite et la gauche, P.C.F. compris, sont déconsidérés au point qu'il se confirmait que le jour du scrutin Arlette Laguiller atteigne, voire dépasse, le score de 10 %, les béquilles politiques sur lesquelles s'appuie la bourgeoisie apparaîtront fragilisées.

Tous ces gens-là craignent le vote pour Arlette Laguiller car ce qu'ils craignent c'est le monde du travail. C'est son réveil et sa colère!


POSITION D'ARLETTE LAGUILLER SUR LES DÉPARTEMENTS D'OUTRE MER

Quelle est votre position vis-à-vis des départements d'outre-mer?

Pas plus que la France dite métropolitaine, les départements d'outre-mer ne constituent des entités indifférenciées et n'échappent pas à l'opposition entre une minorité de possédants bourgeois qui monopolisent les richesses et la classe laborieuse qui n'a que son travail pour vivre. Le fait qu'une partie de la bourgeoisie locale en Martinique et en Guadeloupe, les grandes familles de békés, les familles créoles à La Réunion, soit constituée de descendants des anciens propriétaires d'esclaves rend encore plus tangible l'opposition.

La Martinique, la Guadeloupe, La Réunion et la Guyane ont en commun d'être peu industrialisées, certes. Mais pour que les plantations de canne, dont l'origine remonte au XVIème siècle, au tout début du capitalisme et à l'esclavage, continuent à rapporter du profit sous le capitalisme, il faut des ouvriers agricoles pour cultiver les terres. Comme il faut des ouvriers dans le bâtiment et d'autres pour charger et décharger sur les docks, pour faire fonctionner les transports collectifs. Les hyper et supermarchés qui font la richesse de grands groupes du commerce capitaliste, associés à des familles de békés, ne pourraient fonctionner sans les caissières, les magasiniers et les manoeuvres. Que seraient les nombreuses banques et les compagnies d'assurance, les agences de voyage sans les employés qui les font fonctionner ? Et comment les grands groupes d'hôtellerie, les voyagistes, pourraient-ils vendre aux touristes leurs "paradis sous les tropiques" sans les cuisiniers, les serveurs, les femmes de chambre et les femmes de ménage ?

Pour être peu nombreuse, la bourgeoisie des Départements d'outre-mer, qu'elle soit d'ascendance béké, originaire de l'Hexagone ou "nouveau riche" autochtone, est d'autant plus avide et féroce dans l'exploitation. Elle mène une guerre permanente contre les travailleurs, contre leurs conditions de travail et d'existence. Elle bafoue ouvertement ce qui, dans la législation sociale, protège les travailleurs ; elle foule aux pieds leur dignité et mène la chasse aux militants ouvriers. Eh bien, dans cette guerre, dans cette lutte de classe, je suis sans réserve du côté des travailleurs lorsqu'ils revendiquent le droit à des salaires corrects, lorsqu'ils refusent les licenciements collectifs et lorsqu'ils cherchent à faire prévaloir leurs droits et leur dignité face à l'arrogance patronale !

Ma campagne électorale

Ma campagne électorale est dans la continuité de ma politique : faire prévaloir les intérêts politiques et matériels du monde du travail. Le chômage, les licenciements, la précarité, la dégradation des conditions d'existence et de travail que je dénonce concernent évidemment les départements d'outre-mer autant et plus même que ceux de la Métropole. Car le chômage y est plus élevé, la précarité plus générale, les salaires de la plupart des catégories plus bas alors que les prix sont plus élevés.

Juridiquement, les départements d'outre-mer sont des départements français mais des départements qui, du point de vue social, sont "moins égaux que d'autres". Il a fallu cinquante ans à partir de la départementalisation pour que le Smic, par exemple, soit aligné sur celui de la France métropolitaine. Pour ce qui est du RMI, il n'est aligné que depuis le 1er janvier de cette année et quant aux bénéficiaires de l'allocation parent isolé, elles devront attendre jusqu'en 2007 pour toucher une allocation de même montant qu'en France continentale.

La lutte contre le chômage

Pour commencer par le principal fléau qui frappe la classe laborieuse de tous les départements d'outre-mer, il n'est pas normal, il n'est pas humainement acceptable qu'une fraction aussi élevée du monde du travail soit réduite au chômage et obligée de vivre du RMI. Ce ne sont pas les emplois potentiels qui manquent car les besoins non satisfaits sont nombreux. Rien que dans le domaine des équipements, de la santé, de l'éducation, des transports collectifs et, de façon plus générale, dans les services publics, les insuffisances sont criantes. Comme sont insuffisants les logements sociaux. Embaucher dans tous ces secteurs serait utile à toute la collectivité.

Comment financer ces emplois ? Eh bien, malgré la pauvreté d'une partie de la population, il en est qui font fortune dans les départements d'outre-mer. A en juger par le nombre de banques, ce n'est pas l'argent qui manque. C'est sur l'argent accumulé par les riches, grâce à l'exploitation ou grâce aux cadeaux reçus des fonds publics, qu'il faut prendre.

Dans les départements d'outre-mer comme dans l'Hexagone, je défends l'objectif de l'interdiction des licenciements collectifs sous peine de réquisition des entreprises qui ne respecteraient pas cette interdiction. Mais la défense des emplois existants et la création de nouveaux emplois utiles à la population posent tout naturellement la question de qui contrôle les secteurs décisifs de l'économie, c'est-à-dire les grandes entreprises agricoles, industrielles, commerciales et bancaires.

Contrôle sur l'économie

Le contrôle de la population laborieuse sur les entreprises, sur les banques, sur la grande distribution, sur l'import-export, est une nécessité.

Ce contrôle est d'autant plus important dans les départements d'outre-mer que l'économie de ces pays a été, pendant de longs siècles, complètement déformée en fonction des exigences de la bourgeoisie de la Métropole. Ce n'est pas d'aujourd'hui par exemple qu'on détruit ou qu'on empêche de se développer la production vivrière utile à la population au profit de cultures pour le marché français, voire international, sans même parler de l'accaparement des terres au profit d'une minorité.

On ose souvent affirmer que les départements d'outre-mer sont des départements assistés en évoquant le nombre de ceux qui vivent grâce au RMI. Eh bien, si les mouvements de capitaux entre les départements d'outre-mer et la Métropole étaient transparents, si la population pouvait vérifier qui sont les principaux bénéficiaires des transferts d'argent en direction des départements d'outre-mer, on se rendrait compte que les assistés, ce n'est pas la population laborieuse, mais la bourgeoisie et plus encore les groupes capitalistes de la grande distribution, de l'hôtellerie, ou les banques de la France métropolitaine.

Le droit pour les populations de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Guyane, de la Réunion à décider de leur propre destin

Sur le plan politique, je ne trouve pas normal que les décisions concernant la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane ou La Réunion soient prises à Paris, à des milliers de kilomètres de là. Je suis pour qu'elles soient prises sur place par la population elle-même. Je suis partisan d'un pouvoir démocratique s'exerçant de bas en haut et, par là-même, pour la décentralisation, ce qui ne s'oppose pas à la coopération, bien au contraire. Et, par coopération, je n'entends pas seulement avec la France métropolitaine, mais aussi avec toute la région environnante. La Martinique, la Guadeloupe, la Guyane, par exemple, font partie, sur le plan de l'histoire, sur le plan humain, du bassin des Caraïbes, dont le morcellement politique, issu des rivalités coloniales, devrait être surmonté. Pour ce qui est du statut de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Guyane ou de La Réunion, c'est à leurs peuples d'en décider. C'est à leurs peuples de définir en particulier les liens qu'ils entendent maintenir avec la France, jusques et y compris la séparation si tel est leur choix, mais qui ne serait pas forcément le meilleur choix. En unissant leurs forces à celles des travailleurs de la France métropolitaine, ils auraient un poids bien plus grand face à une classe possédante qui n'a d'autre patrie que son coffre-fort.

La réforme actuelle des statuts

Quant à la réforme en cours du statut, elle fait suite à une initiative du gouvernement, conforme à ses besoins et à ses calculs. Concoctée entre le gouvernement et les notables locaux, elle n'a pas été faite pour prendre en compte les intérêts de la population laborieuse. J'ignore jusqu'où le gouvernement français poussera les changements institutionnels. Les changements déjà en marche, en tous les cas aux Antilles, comme par exemple la réunion du Conseil général et du Conseil régional en un Congrès ou même une évolution vers une Assemblée unique avec des compétences élargies, je ne suis ni pour ni contre. Les réformes administratives du passé, et il y en a eu plusieurs réalisées ou tentées, n'ont jamais rien changé à la toute puissance de la classe possédante sur l'économie et sur la société.

Les travailleurs des départements d'outre-mer n'ont pas à mettre leurs espoirs ni dans un pouvoir central - que le gouvernement soit de droite ou se prétende de gauche - ni dans un pouvoir local monopolisé par les notables.

Si le processus actuellement en cours va jusqu'à accorder des prérogatives importantes au pouvoir local, cela aura pour avantage au moins que les centres de décision seront plus proches, géographiquement parlant, des classes laborieuses des départements d'outre-mer. La proximité géographique ne supprimera pas la distance sociale. Mais elle mettra les centres de décision plus à la portée de la pression des travailleurs. Il faudra se saisir de cet avantage, car seule la pression des travailleurs peut amener la classe privilégiée à céder devant leurs revendications.

Les travailleurs des départements d'outre-mer n'ont pas plus à accepter de sacrifices lorsque c'est le gouvernement de Paris qui les leur impose qu'ils n'ont à en accepter de la part de notables locaux.

Aussi, si changement de statut il y a dans le sens d'une plus grande autonomie, il dépendra de la capacité des travailleurs à se défendre pour que les notables n'en profitent pour diminuer les sommes consacrées aux services publics, aux hôpitaux, aux écoles ; qu'ils n'abaissent le niveau des salaires pour quelque catégorie de salariés que ce soit ou qu'ils ne diminuent ou ne suppriment des prestations sociales déjà insuffisantes.

L'avenir des classes laborieuses de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Guyane, de La Réunion ne dépendra pas des changements administratifs mais, comme en France métropolitaine, de leur capacité à changer le rapport de force avec les possédants.

Arlette Laguiller



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