Faucille & marteau COMBAT OUVRIER Pour
PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES - Samedi 11 mai 2002 N° 859
À la une

ÉDITORIAL
Après ce plébiscite pour Chirac, seule la lutte de tous les travailleurs pourra barrer le route aux mesures anti-ouvrières, anti-salariés!.


C'est la combativité des travailleurs en activité qui entraînera tous les pauvres dans l'action

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Martinique: Résultats des élections présidentielles. Après le premier tour

Martinique: Le choix d'une gauche pleutre: faire barrage à Le Pen, soutien à Chirac

Échos du deuxième tour de la présidentielle

Martinique: dans le camp autonomiste et indépendantiste, Chirac ne fait pas recette

Les résultats d'Arlette Laguiller aux Antilles

Dis-moi qui sont tes amis...

Chirac et son Raffarin prêts à combattre les travailleurs

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Le chômage et la pauvreté importants facteurs de l'abstention en Martinique et en Guadeloupe

Le vote Taubira aux Antilles

Échos publiés après le premier tour par nos camarades de Lutte Ouvrière en France

Le Pen puise évidemment dans le milieu colonial

Et l'abstention aux Antilles?

Après le deuxième tour: Aux Antilles Le Pen augmente ses voix

France: un jeune guadeloupéen victime du racisme des partis d'extrême-droite tout comme l'ont été certains haïtiens en Guadeloupe

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Il y a un siècle la Montagne Pelée... "Retenir les habitants à Saint-Pierre pour les élections du 8 mai 1902". Le choix criminel des autorités de l'époque

Mai 1802: les luttes contre le rétablissement de l'esclavage

Pointe-à-Pitre: Géniès contre Bangou - Les petites manoeuvres pour les prochaines életions municipales

Saint-François: Un patron exploiteur dans le bâtiment

Abymes: mouvement de colère des jeunes de Chauvel

Grèves et manifestation de soutien aux municipaux de Petit-Canal en grève

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Editorial

    Après ce plébiscite pour Chirac, seule la lutte de tous les travailleurs pourra barrer la route aux mesures anti-ouvrières, anti-salariés!
    Comme il était prévisible, en France, Le Pen n'a pas obtenu plus de voix que son score et celui de Mégret au premier tour. Au plan local, même s'il a augmenté un capital très faible au départ cela ne lui a même pas permis d'atteindre les 10 %.
    C'est donc dire que les voix de droite suffisaient largement pour que Chirac batte Le Pen. Tout le monde politique le savait et les dirigeants nationaux ou locaux de la gauche le savaient. La droite aussi évidemment. Mais pourquoi aurait-elle refusé le cadeau bien emballé que lui faisait la gauche, en lui offrant un plébiscite pour Jacques Chirac.
    La gauche, en dramatisant la situation a cherché à échapper aux explications sur son échec et sur la désaffection d'une bonne partie de l'électorat populaire, après cinq ans de gouvernement Jospin! Alors tout ce beau monde politicien, de droite comme de gauche s'est engouffré ou plutôt a engouffré le “peuple de gauche” dans cette supercherie qui consistait à faire croire qu'il y avait un «danger Le Pen», une «montée de Le Pen». Ils savaient bien - les menteurs - que le résultat du premier tour ne venait pas d'une montée de Le Pen qui ne fait pas plus que ce que les extrêmes-droites avaient réalisé en 1995. Ils savaient bien que c'était le plus haut niveau actuel de votes que pouvait faire l'extrême droite.
    Si la gauche a été devancée par Le Pen en France, c'est surtout parce que ses représentants se sont présentés en ordre dispersé. Le total des voix de ceux qui avaient gouverné ensemble (Verts de Mamère, P.R.G. de Taubira, P.C.F. de Robert Hue et P.S. de Jospin) était largement supérieur à celui de Le Pen-Mégret. Et pourquoi les alliés du P.S., ceux qui avaient gouverné ensemble pendant cinq ans, ne se sont-ils pas présentés ensemble au premier tour ? Tout simplement pour tenter de peser le plus possible pour ensuite avoir le plus de places de ministres par la suite. Sauf que là, ils se sont fait avoir, Jospin n'ayant pas pu aller au deuxième tour!
    Ici aux Antilles, il était encore plus flagrant que le vote Le Pen n'avait aucune chance de triompher face aux voix de toute la droite. Il n'était donc pas nécessaire, ni justifié d'appeler les électeurs de gauche, c'est à dire essentiellement les travailleurs, les gens de la population laborieuse et pauvre, à aller mêler leurs votes avec ceux de la droite, au profit d'un politicien qui est bel et bien un ennemi de la classe laborieuse, un ennemi des travailleurs et le représentant du grand patronat.
    Aujourd'hui, après les trémolos pour la «défense de la république», Chirac présente son programme. Juppé affirme qu'il faut aller jusqu'au bout de la démarche du deuxième tour, il faut donner au président une majorité forte pour lui permettre de gouverner! Et là c'est l'électorat de gauche qui est visé. De toute façon, Chirac, même s'il a une majorité un peu étriquée au sortir des élections législatives, va s'autoriser du score plébiscitaire que lui a offert la gauche pour prendre des mesures dirigées contre les intérêts des travailleurs. Lui et les siens vont appeler cela des «réformes» , mais il s'agit en fait de contre-réformes réactionnaires destinées à supprimer les quelques avantages, lois sociales, et dispositions économiques qui sont encore favorables aux salariés et aux pauvres en général. Pour tout ce camp là, il y a trop de services publics, il y a des retraites trop avantageuses, il y a trop de remboursement de médicaments et de soins, il y a trop de «fonctionnaires» comme ils disent. Et de dire déjà qu'il faudra créer des fonds de pensions qui seront gérés par des officines privées incontrôlables. Ils vont aussi faire des coupes sombres dans les services publics. Ils mettront par terre ce que le gouvernement Jospin avait déjà ébranlé par sa politique . Tout pour le patronat, c'est ce que faisait en douce le gouvernement de Jospin; c‘est ce que Chirac fera sans s'en cacher.



C' EST LA COMBATIVITÉ DES TRAVAILLEURS EN ACTIVITÉ QUI ENTRAÎNERA TOUS LES PAUVRES DANS L'ACTION

    L'abstention massive, persistante, on l'a vu, traduit surtout le dégoût envers les politiciens mais aussi le désarroi, le manque de confiance des pauvres en eux mêmes.
    Si les travailleurs des entreprises, leurs syndicats, en menant leurs propres luttes, se lient avec les pauvres, les exclus, les chômeurs, ils réussiront à entraîner ces couches hors de l'indifférence qui sur le plan électoral se traduit par l'abstentionnisme. Le but visé ne doit pas être électoral, ce qui en soi n'est pas un but mais un moyen de savoir ce que pensent les travailleurs et les pauvres ; mais il faut viser à redonner le goût de se battre pour changer ses conditions de vie à des couches larges de pauvres qui végètent et parfois regardent vers quelqu'un comme Ibo Simon.
    Si, par exemple, des syndicats des travailleurs de La Poste, de l'EDF, des Hôpitaux, des enseignants, etc... se montraient plus offensifs, plus combatifs sur les nombreux problèmes existant dans leur propre service public, cela aurait une répercussion positive pour toute la population pauvre.
    Prenons des exemples : on se plaint régulièrement des casses et vols de matériels dans les écoles! Et on pleure, et on fait du soutien psychologique et autres balivernes, et on vote des motions, on défile gentiment dans la rue, etc. Il serait plus efficace d'exiger (et d'obtenir) qu'on mette des gardiens dans chaque groupe scolaire, aidés de matériel de surveillance adéquat et eux mêmes reliés à des centres de gardiennage ou au bureau de police le plus proche. Dans les écoles maternelles, il manque de personnel de service qui entretienne les lieux, qui aide les maîtresses dans les classes. Les classes sont souvent trop chargées, il manque de maîtresses. Dans d'autres types d'enseignement, il manque de locaux, d'enseignants, etc. Si les syndicats prenaient ces problèmes à bras le corps, énergiquement et non pas en faisant une symbolique grève lors de la rentrée scolaire, comme chaque année, mais en menant en permanence une lutte dans toutes écoles, en exerçant une pression permanente sur l'administration, cela aurait des effets, il y aurait des embauches en plus, plus de classes.... Et on pourrait reprendre ce raisonnement pour chaque service public où des gens font la queue pendant des heures pour avoir un renseignement, pour régler un litige, une facture, à EDF, aux services des Impôts, à la Poste, etc. Le manque de combativité, l'acceptation passive, à peine accompagnée de molles protestations sur ces sujets, favorisent la politique de dégradation des services publics. Cette passivité réelle laisse les mains libres à l'Etat et à ses chefs d'administration pour ne pas régler ces problèmes. Ce qui veut dire non-création d'emplois, persistance d'une situation irritante, voire plus, pour tous ceux qui utilisent directement ces services publics.
    L'accumulation à tous les niveaux de la démission, de la passivité joue contre les intérêts des travailleurs en activité, mais aussi nuit à tous ceux qui n'ont pas d'emplois.
    Ce n'est pas un hasard si les choses se passent ainsi. Les directions des syndicats de la Fonction publique, quel que soit leur sigle, sont en général favorables aux socialistes qui étaient au gouvernement. Comme dit Blondel, dirigeant de FO en France, “quand on rencontre un ministre socialiste, on rencontre un camarade”! Et il ne faut pas lui faire trop mal! Et ces directions syndicales de services publics ont abandonné depuis des années toute lutte offensive contre les maux dont souffrent tous ces secteurs, se pliant aux objectifs fixés par Martine Aubry ou Guigou ou tout autre ministre socialiste ou communiste.
    Aujourd'hui, la droite reprend du poil de la bête et elle risque, après le plébiscite offert par la gauche à Chirac, de passer de nouveau aux législatives. Mais quoi qu'il en soit, quelle que puisse être la nouvelle majorité de droite ou de gauche, il faudra revenir à une action revendicative plus offensive mettant en avant les réels problèmes et visant à créer des emplois pour résoudre ces problèmes. Les travailleurs auront intérêt à le faire, avec ou sans les syndicats, en comptant avant tout sur leurs propres forces. Quitte à mener des luttes dures, des grèves comme celle qu'ont menée les agents de l‘ANPE ou de la DDE. C'est en luttant de cette façon farouchement mais pas seulement à l'échelle d'un service, d'une administration mais de toutes qu'on obtiendra de vrais changements. Et leurs effets vont se répercuter sur l'ensemble de la population laborieuse. C'est une telle combativité qui entraînera alors des dizaines de milliers de pauvres à lutter eux aussi pour changer leur sort, en reprenant confiance en eux-mêmes et dans la lutte.




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