Faucille & marteau COMBAT OUVRIER Pour
PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 5 octobre 2002      N° 867
À la une

ÉDITORIAL
Sur le chemin de l'exaspération


Martinique: Saint-Joseph. Après les incidents violents entre jeunes et gendarmes

Guadeloupe Grève de la CTP/CTM. les ouvriers toujours aussi déterminés

Page 2

Budget des DOM: un budget d'illusioniste et de funambule sans courage

Le budget Raffarin: bon surtout pour les riches

Guadeloupe: plusieurs dizaines d'emploi jeunes renvoyés par décision de Raffarin

Guadeloupe: Blanchard; les habitants refusent le projet de délogement de la municipalité

Le gouvernement Raffarin montre toujours plus son véritable visage

Page 3

Grève à Air-France contre la privatisation

Vieux-Habitants: la grève continue

Guadeloupe: Zone de Jarry. A propos de la grève de Centrale Diesel Export

Martinique: Septembre 1870. L'insurrection du Sud.
(Extrait de l'introduction à la brochure écrite en 1971 par Armand Nicolas, dirigeant du Parti Communiste Martiniquais)


Martinique: Grève des chirurgiens au CHU de la Meynard

Martinique: Inauguration de l'ARACT. Derrière les organisations paritaires, la lutte de classe sans pitié

Baie-Mahault: des parents d'élèves en colère

Lamentin (Gpe): vers de nouvelles élections municipales

Page 4

LA CÔTE D'IVOIRE AU BORD DE LA GUERRE CIVILE

Une nouvelle rébellion militaire

En favorisant les divisions éthniques la classe politique ivoirienne est prise à son propre piège

Du cacao au goût de sang

SÉNÉGAL
Une catastrophe due au sous-développement


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ÉDITORIAL

SUR LE CHEMIN DE L'EXASPÉRATION!

Le nouveau gouvernement multiplie les gestes en faveur des patrons et au contraire annonce des mesures défavorables pour les travailleurs. Ici, cela va s'ajouter à une situation qui dans bien des domaines est déjà insupportable.
Si l'on prend le cas du CHU de Pointe-à-Pitre, on voit d'après des calculs quasiment officiels, acceptés par la direction du CHU qu'il faudrait créer tout de suite 506 emplois pour que cet hôpital puisse faire face à ses obligations élémentaires et pour que le personnel travaille dans des conditions moins scandaleuses et pénibles. En Martinique, ce sont les conditions inacceptables de travail au CHU –manque de personnel, manque de moyens- Dans d'autres domaines, c'est aussi pareil. Malgré la grève des enseignants le gouvernement n'a cédé que sur un quart, à peu près, des demandes.
Et le ministre des DOM annonce des exonérations dans sa loi de programmation. Qui plus est, dans le nouveau statut qui accompagnera cette loi, les Exécutifs locaux pourront décider d'autres allégements de charges sociales pour les patrons.
On annonce aussi, pour le budget 2003, des diminutions d'impôts qui ne favoriseront que les tranches d'imposables les plus riches. Mais c'est sur les services publics que l'on fera des économies!
Les fonctionnaires sont trop nombreux disent ces gouvernants, et on supprimera des postes de surveillants, d'administratifs. Il est prévu de privatiser Air France et qu'EDF prendra la même voie, France Télécom étant, déjà sous le gouvernement de gauche, bien engagé dans cette voie là. On en voit d'ailleurs les effets, avec ces investissements tous azimuts qui ont grevé le budget de France Télécom. Et c'est au travailleur de Télécom qu'on demande de donner “du rendement”, de travailler plus, de ne pas tomber malade etc., afin de boucher le trou!
Lorsqu'en Guadeloupe, M. De Fontenay, patron de CTM/CTP, refuse d'appliquer le statut de travailleurs de l'industrie électrique et gazière comme la loi l'y oblige, il joue sur le fait que la privatisation d'EDF est à venir. Il devance le mouvement et refuse d'appliquer ce qui est encore une loi en vigueur. Malgré l'avis de deux ministres, de deux gouvernements différents, il fait ce qu'il veut : c'est cela la loi des patrons!
Et c'est très symbolique de la période que nous vivons. Les patrons, le MEDEF, les Seillère et autres baronnets locaux, Vial-Collet, Jean -Joseph et cie, s'imaginent qu'avec un gouvernement si solidement ancré à droite, appuyé par une écrasante majorité, ils vont imposer leur loi. Mais les gestes de colère des jeunes de St Joseph, qui ne sont pas forcément des délinquants, la multiplication des incidents avec des jeunes désoeuvrés en Martinique sont aussi des signes ! Les jeunes, qu'ils soient, comme ceux de CTP/CTM, des travailleurs actifs ou des jeunes chômeurs “galérant” de petits boulots en stages et des stages au travail précaire, en ont assez de se faire maltraiter par une société au service des riches.
On ne peut pas encore dire que la «colère gronde», mais entre les hospitaliers, les salariés d'EDF, les jeunes, chômeurs, les enseignants, les surveillants, etc... de nos deux îles, qui sont mécontents, l'exaspération trouvera son chemin.
Le gouvernement et ceux qui localement le soutiennent risquent bien d'avoir des surprises dans les mois à venir.
C'est aux organisations ouvrières, syndicales et politiques de préparer ces futures luttes, pour leur donner un sens offensif. Pour que la mobilisation soit non seulement large, mais aussi consciente et vraiment décidée à changer la situation des salariés et des pauvres.



Martinique. St-JOSEPH.
APRES LES INCIDENTS VIOLENTS ENTRE JEUNES ET GENDARMES.

Pour la énième fois, le problème de la violence des jeunes a fait la Une de l'actualité. C'est ainsi que le samedi 28 septembre à St Joseph, une bagarre a éclaté entre des jeunes et trois gendarmes de la commune. Les faits se sont déroulés vers 11 heures sur la place du marché où une dizaine de jeunes s'en sont pris aux gendarmes. Il semblerait, d'après des témoins, qu'un jeune à motocyclette ait refusé de se faire contrôler par les gendarmes. Etant en situation irrégulière il s'est donc opposé catégoriquement à ce contrôle.
Une dizaine de jeunes se trouvant à proximité sont venus au secours du motocycliste qui était maintenu par les gendarmes. Des coups ont donc été échangés à tel point que les jeunes ont d'abord désarmé les gendarmes, puis se sont emparés de leurs matraques et les ont roués de coups, assommant l'un d'entre eux qui dût être transporté au CHU de la Meynard.
Après une course poursuite, les quatre jeunes qui avaient porté des coups aux gendarmes ont été arrêtés. Au moment où nous écrivons, ils sont ce lundi 30 septembre entendus au Tribunal correctionnel de Fort de France dans une procédure de comparution immédiate. Ils risquent de lourdes peines d'emprisonnement.
Devant le tribunal et à l'intérieur, un nombre important de policiers a été déployé, car des curieux se sont massés à l'intérieur, mais aussi des jeunes sont venus témoigner en faveur du jeune motocycliste contre l'attitude des gendarmes.
Suite à cet événement, la réponse du maire de St- Joseph, Athanase Jeanne- Rose, rallié à la gauche lors des dernières élections législatives a été de qualifier ces jeunes «d'anarchistes sociaux» et de préciser que «nous avons été jusqu'à présent trop gentils…il faut passer à un autre stade, celui de la répression».
Quant à Yan Montplaisir, conseiller général de droite (Osons Oser) de St Joseph, lui aussi parle de répression ou encore fait appel à l'Etat pour renforcer les effectifs de gendarmerie ou de la police.
D'autres comme certaines associations disent qu'il faut que les parents s'engagent un peu plus dans l'éducation de leurs enfants.
Mais pour l'instant, aucun d'entre eux ne dit d'où vient ce mal, ni ne dénonce les conditions économiques défavorables qui sont les seule vraies responsables de cette situation dégradante. Aucun ne dit que ces jeunes livrés à eux-mêmes, ces laissés pour compte qui n'ont plus de repère, ces délinquants sont le propre produit de la société capitaliste. Et même quand les hommes politiques ou l'Etat qui sont au service du patronat font semblant de faire quelque chose pour ces jeunes là, c'est pour leur offrir du travail précaire, mal payé et sans perspective.
A force d'aveuglement ces responsables politiques et l'Etat finiront bien un jour par se retrouver en face de milliers de jeunes désœuvrés en colère.


Guadeloupe GRÈVE DE LA CTP/CTM . LES OUVRIERS TOUJOURS AUSSI DETERMINÉS.

En grève pour obtenir le statut du personnel des industries électriques et gazières, les grévistes de la centrale bagasse - charbon du Moule se heurtent à l'obstination du directeur De Fontenay qui refuse de l'appliquer. Or il le peut. Cette usine qui bénéficie de toutes sortes d'aides et de détaxes rapporte par an aux actionnaires 6 milliards de centimes de francs alors que l'application de ce statut ne lui coûterait que 5OO millions de centimes de francs. Une peccadille pour lui.
Au lieu de céder, le directeur a envoyé un huissier de justice aux ouvriers en grève lundi 23 septembre ainsi que les deux jours suivants. L'huissier leur signifia l'arrêté du tribunal des référés leur ordonnant de quitter les lieux sous astreinte de 1000 euros par jour d'occupation à compter de cette date.
De leur côté les ouvriers font largement connaître à la population les motifs de leur lutte. Les samedis 21 et 28 ils ont pris la parole dans les rues du Moule et au centre commercial de Milénis aux Abymes. Ils ont distribué des milliers de tracts. Ils se sont exprimés sur les ondes radio et télé. Les parents des grévistes font signer des pétitions de soutien. La population comprend très bien les raisons de leur lutte et leur a réservé un accueil très chaleureux. Seules Michaux Chevry et Madame le maire du Moule tout en reconnaissant que les ouvriers en lutte ont raison, ont déploré la grève et leur ont conseillé de porter plainte aux prud'hommes. Elles prennent les ouvriers pour des imbéciles. Elles savent bien que les prud'hommes prennent 2 voire 3 années pour trancher et de plus n'ont pas les moyens de faire appliquer ses décisions. La lutte est le seul moyen de faire céder ce patron.
La DRIRE (Direction Régionale de l'Industrie et de la Recherche) a convoqué les ouvriers à des négociations. Les grévistes n'ont pas répondu à la convocation. Ils estiment que le statut est déjà défini. Il n'y a plus à négocier, le directeur de l'usine n'a qu'à l'appliquer.
Les travailleurs sont donc déterminés. Pour mettre fin à ce conflit il ne reste au patron qu'une seule solution, convaincre les actionnaires d'accepter que leurs dividendes soient un tout petit peu rognés.

Dernière heure
Mercredi matin 2 octobre, les travailleurs de la CTM ont érigé des barrages aux abords de la CTM et de l'usine Gardel. Les travailleurs de l'usine Gardel ont débrayé pour les soutenir . Des militants de la CGTG d'autres communes et d'autres entreprises sont venus les soutenir. Les CRS ont été dépêchés sur les lieux et font face aux travailleurs.




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