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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 26 février 2005      N° 919
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Martinique
Au garage Pérasie, les travailleurs se mobilisent pour défendre leurs droits.

Depuis plusieurs mois, les ouvriers du garage Pérasie, situé à Fort de France, ZAC de Rivière Roche, sont en conflit avec leur patron. Ce dernier a mis son entreprise en liquidation judiciaire. Les ouvriers se sont pratiquement retrouvés devant le fait accompli, apprenant du jour au lendemain que bon nombre d’entre eux seraient licenciés.
Ainsi les ouvriers ayant travaillé durant tout le mois de janvier, n’avaient reçu qu’un acompte de 500 euros. Ils ne l’ont pas entendu de cette oreille, car d’après le journal France-Antilles du 5 et 6 février «ils s’en étonnaient certifiant que l’entreprise avait les moyens de régler leurs salaires». Soutenus par leur syndicat, la CGTM, ils ont d’ailleurs apporté la preuve à l’administrateur judicaire que «des recettes n’avaient pas été versées à la banque».
Malgré l’existence d’un Comité d’Entreprise qui a normalement pour fonction d’informer le personnel sur telle ou telle décision prise par la direction et surtout permettre que les membres du C.E donnent leur avis sur ces décisions, rien n’avait filtré. Il aura donc fallu la mobilisation de l’ensemble du personnel pour faire la lumière sur cette affaire et pour freiner l’élan de ce monsieur.
La preuve, ces jours-ci, ils ont obtenu toute leur paye du mois de janvier, mais après un «entretien avec l’employeur, et non sans une certaine tension». C’est ainsi qu’ils ont obligé leur patron à leur payer intégralement le salaire du mois de janvier.
Cela n’a pas fait changer d’avis à ce monsieur pour autant. Ce qu’il veut c’est licencier pratiquement tout le monde, notamment les ouvriers organisés. Les ouvriers affirment «que l’entreprise n’a pas de problèmes financiers». Donc il semble que c’est une stratégie préparée minutieusement par ce patron, (comme d’ailleurs bon nombre d’exploiteurs en Martinique ont l’habitude de le faire) pour se débarrasser de l’entreprise sans être inquiétés par les autorités politiques locales et nationales. Par la suite, comme bien d’autres, il pourra créer une autre entreprise, sous un autre nom, toucher pour cela des subventions, et aussi embaucher d’autres personnes, qui seront cette fois-ci à ses bottes.
Voila le capitalisme, une société où la classe dominante fait son beurre en ayant les mains libres pour faire ce qu’il veut contre les travailleurs, avec la bénédiction de l’Etat, et notamment du gouvernement et des pantins politiques qui sont au service de ce patronat.



Guadeloupe
Les dockers refusent les sanctions contre leurs camarades

Après une longue grève commencée le 22 octobre, les dockers ont dans un premier temps suspendu leur mouvement le 20 décembre et le travail avait repris sur le port de Jarry sans véritable signature d’un accord de fin de conflit. Le 26 janvier dernier un accord était signé par les représentants des syndicats CTU, CGTG, et MASU avec la direction d’une entreprise manutentionnaire, le GSP. Cet accord ne réglait pas toutes les revendications des dockers et l’UGTG a refusé de le signer. Par la suite la direction du MASU dénonçait l’accord.
Durant tout le conflit, le patronat a tout fait pour mettre la population contre les grévistes sous prétexte qu’il y aurait pénurie de marchandises alors qu’en même temps des centaines de voitures étaient débarquées sur le port de Basse-Terre. Les négociations ont traîné en longueur du fait des patrons qui proposaient des rendez-vous de 10 jours en 10 jours. Mais les dockers ont tenu bon et se sont battus avec détermination car il s’agissait pour eux d’améliorer leurs conditions de travail et de ne plus être à la disposition des patrons selon leur bon vouloir.
Le problème, aujourd’hui, c’est que les patrons veulent sanctionner certains dockers en appliquant à certains une mise à pied allant de 8 à 45 jours et a déposé, pour deux dockers, une demande de licenciement. Ces derniers seraient sanctionnés pour fait de grève et sont accusés d’avoir fait la «grève du zèle» lors de la reprise au mois de décembre.
Les dockers n’ont pas obtenu tout ce qu’ils demandaient, mais la grève a coûté très cher au patronat. Il saura ainsi le prix à payer lorsqu’il s’attaque aux dockers car ces derniers ne se sont pas laissés faire sans réagir et ils ont bien eu raison.
Aujourd’hui le patronat veut sanctionner. Le mouvement pourrait repartir pour soutenir deux dockers menacés de licenciement. L’UGTG et le MASU ont annoncé un mouvement de grève sur le port à compter du lundi 21 février. Mais au moment où nous écrivons nous ne savons pas si le mouvement va réellement redémarrer et, en particulier, si les deux autres syndicats vont se rallier à cet appel.
Mais les patrons doivent savoir qu’à force de ne pas vouloir régler les problèmes posés par les dockers, faire traîner le conflit en longueur, cela risque, d’une façon ou d’une autre, de se retourner contre eux et de leur coûter encore plus cher.



Guadeloupe
Extraits de “sucrerie en lutte”

NON AU 2,45% DES PATRONS
Lors des NAO, les patrons de la canne et du sucre ne proposent que 2,45%. Ils parlent de pallier à l’augmentation du coût de la vie, comme s’ils s’inquiétaient de notre sort. Si ces messieurs s’inquiètent tant de notre sort, ils n’ont qu’à satisfaire notre revendication : une augmentation de 100 euros pour tous les ouvriers.

NAO DECENTRALISEES
Vendredi 11 février dernier, une énième réunion de la NAO s’est tenue à Marie-Galante. C’était la volonté des patrons de la filière sucre canne. Ces messiers pensaient peut-être arriver à leurs fins en faisant voyager nos délégués pour négocier. Mais le mal de mer ne les a pas perturbés. Les camarades ont encore une fois refusé l’augmentation de misère que les patrons nous proposent depuis des semaines.

QUELLE DATE POUR LA RECOLTE
A grand renfort de publicité sur les radios et dans les journaux, les patrons de la canne ont clamé les dates de début de la récolte. Elle est prévue pour le 21 février à Marie-Galante et pour le 28 février sur la Guadeloupe.
Comme chaque année, c’est pour les patrons un moyen de faire pression sur les ouvriers pour démarrer la récolte.
Comme chaque année, ils font semblant d’oublier qu’il faut fixer les salaires avant de débuter la récolte.



Félix Eboué serviteur du colonialisme français (quatrième partie)

Dans les trois articles précédents nous avons retracé le parcours d’Eboué en Afrique et en Martinique. Il s’agissait de montrer comme dans ce dernier article aussi, une facette jamais évoquée du «gouverneur noir», celle d’administrateur des colonies zélé, occultée par ses admirateurs. Bon nombre de ces derniers, particulièrement aux Antilles-Guyane, passent leur temps à encenser le «premier gouverneur noir de la république», évoquant divers épisodes le concernant comme son ralliement à De Gaulle à qui il «offre» en pleine guerre mondiale l’AEF (Afrique équatoriale française) plus une armée africaine, comme bases de reconquête de la France occupée et de l’appareil d’état, puis son transfert au Panthéon. Ces éternels admirateurs d’Eboué font de ces épisodes un sujet de fierté en général mais aussi un sujet de fierté pour la race noire.
Ces articles ont pour but de montrer que les travailleurs en général et les travailleurs noirs en particulier n’ont aucun sentiment de fierté à ressentir au souvenir de Félix Eboué. Bien au contraire. Eboué ne fut ni plus ni moins qu’un «serviteur de l’Etat» cet Etat colonialiste qui a commis moult crimes dans les colonies d’Afrique et des Antilles et qui a été et est toujours aux ordres des grosses sociétés capitalistes et des classes possédantes comme les békés. L’Etat ayant trouvé en Eboué un Noir brillant et fidèle s’en est largement servi pour mieux faire passer sa politique. Socialiste et franc-maçon, Eboué a montré aussi de quel côté se situent réellement ces «socialistes» et francs maçons, du côté des intérêts de la bourgeoisie capitaliste et coloniale. Depuis bien longtemps la tradition du socialisme révolutionnaire avait été brisée par ces «socialistes» là, véritables pères des Mitterrand, Hollande, Fabius et autre Strauss-Kahn aujourd’hui.
L’article ci-dessous est consacré à la politique d’Eboué en tant que gouverneur de la Guadeloupe où il exerça du 20 octobre 1936 au 26 juillet 1938.

Félix Eboué arriva à la Guadeloupe le 20 octobre 1936, nommé par le gouvernement de Front populaire. Il est alors gouverneur en titre après avoir exercé comme secrétaire général en Martinique avec des fonctions périodiques de gouverneur par intérim. Il a déjà une longue expérience coloniale comme administrateur des colonies en Afrique noire.
Il faut noter qu’octobre 36 se situe pas moins de quatre mois après la grève générale de juin 36 où la classe ouvrière française au bord de la révolution sociale a pu arracher au patronat de larges avantages sociaux comme les 40h par semaine ou encore les congés payés.
En Guadeloupe, les travailleurs se battent aussi d’arrache-pied surtout dans le secteur des usines à sucre et des champs de canne. Ces grèves d’avant récolte sucrière se soldaient régulièrement par des affrontements avec les gendarmes qui n’hésitaient pas à faire feu blessant et tuant des travailleurs.

EBOUÉ ET LA DÉMAGOGIE «NOIRISTE»
EXEMPLE: LA GRÈVE DE 1936 À LA BOUCAN
En décembre 1936, la grève battait son plein dans le secteur de «La Boucan» (commune de Sainte Rose). Les ouvriers cernaient la maison du directeur de l’usine. Eboué s’y rendit et tint aux ouvriers le langage suivant: «je suis venu dans votre pays avec une grande joie et une grande fierté ; j’étais heureux, moi, un Noir, de venir vous administrer, vous des gens de ma race. Et je comptais sur vous. Je sais qu’on a commis des injustices, mais vous savez que je les répare en ce moment. Je sais également que vos salaires sont insuffisants ; vous savez que je suis venu en Guadeloupe dans le but d’obtenir que votre situation soit rendue décente. Je connais tous vos besoins, et vous, vous savez que vous pouvez compter sur moi pour les satisfaire. Il n’y a donc rien entre vous et moi qui puisse nous séparer. Or, depuis que je suis en Guadeloupe, les choses se passent exactement comme si, honteux de voir un Noir à la tête du pays, vous les ouvriers industriels et agricoles, vous aviez juré, d’accord avec l’usine, de me faire partir dans la honte et dans le sang…. On me conseille….. d’appeler la gendarmerie…Pour vous obliger à délivrer ces Blancs, un homme, une femme et deux enfants que vous tenez prisonniers depuis ce matin dans cette maison. Beau courage en vérité, vous êtes des milliers contre eux! Je n’appellerai pas la gendarmerie car ce qu’on veut c’est faire couler le sang. .. Voyez ces mains noires comme les vôtres, elles n’ont jamais été souillées par une goutte de sang. Voulez vous donc jeter l’opprobre sur notre race? Quant à moi, plutôt que de faire le jeu des ennemis de la race noire, je préfère m’en retourner en Afrique où des hommes m’attendent et qui eux, me comprennent».
Les historiens soulignent que les ouvriers se dispersèrent après le discours. Mais il reste à démontrer dans quelles conditions. Néanmoins, ce qui est sûr c’est qu’Eboué évita le bain de sang habituel. Pendant toute la durée de son gouvernorat il ne devait jamais faire intervenir les gendarmes. C’était un changement notable et il était de taille. Mais cela ne réglait pas le problème de l’exploitation féroce, des bas salaires, de la morgue des propriétaires blancs.
Et Eboué usait largement de la démagogie «noiriste» pour protéger les gros propriétaires. Et c’est dans l’épisode de La Boucan qu’Eboué montra bien toutes les bonnes raisons qu’avait un gouvernement d’utiliser un Noir comme lui pour tenter de tromper les masses en grève. Là Eboué joue pleinement son rôle de pompier au service de l’Etat et des gros propriétaires. Il n’était pas surprenant que des travailleurs noirs aient pu réagir en disant ou en pensant: «laissons tomber, ne mettons pas un Noir comme nous (gouverneur pour une fois) en difficulté» ou qu’ils aient pensé qu’en tant que Noir Eboué défendait en partie quand même leurs intérêts. Ce qui était absolument faux bien sûr. La démagogie «noiriste» n’était pas nouvelle comme elle n’est pas terminée non plus, jusqu’à nos jours. Périodiquement, les politiciens de la pire espèce, du genre Candace ou Satineau ou plus près de nous Ibo Simon, ont usé et abusé de cette démagogie noiriste pour tromper les masses noires et défendre le grand patronat. Mais à divers degré d’autres politiciens l’utilisent avec plus ou moins de subtilité.

UNE POLITIQUE DE POMPIER SOCIAL AU SERVICE DES CAPITALISTES
Pendant tout son séjour Eboué courut ainsi en sapeur pompier d’un bout de l’île à l’autre pour tenter d’éteindre les incendies sociaux qui embrasaient l’île et toujours avec la même politique démagogique. C’était bien le but que lui avait assigné le gouvernement.
Il dénommait ces missions ses «tournées épiscopales». Expression révélatrice. Il s’agissait d’aller porter la bonne parole, «évangéliser» les masses, les désactiver par un discours œcuménique social et politique. Le genre «tous les hommes sont frères, tous les hommes sont égaux, faites confiance à votre race, donc faites moi confiance» etc. Il ne put empêcher toutefois qu’en février 1937 toujours à l’ouverture de la récolte, il y eut des affrontements sérieux et des blessés parmi les travailleurs.
Félix Eboué su se forger une forte popularité en Guadeloupe de par sa politique non directement répressive, parce qu’il avait pu éviter le bain de sang, parce qu’il était noir, parce que les salaires dans la canne avaient quelque peu augmenté, parce qu’il était à l’origine de certaines réalisations sportives et sociales. Mais Eboué ne faisait que surfer sur la vague de fond soulevée par les luttes sociales en France et aux Antilles. Elle avait inquiété la bourgeoisie et l’Etat qui avaient lâché du lest. Eboué l’incarna parfaitement en Guadeloupe avec sa portée, réelle, mais aussi ses importantes limites. C’est là qu’il faut comprendre sa popularité. Ce n’était qu’une onde de choc déformée des luttes ouvrières sans pour cela nier sa touche personnelle, son tact et son intelligence. Il gagna le surnom de «papa Eboué» et quand il quitta la Guadeloupe ce fut sous les acclamations et accompagné d’une grande foule. Mais les ouvriers conscients, ceux qui dirigeaient les luttes, et certains qui devaient par la suite fonder la fédération guadeloupéenne du Parti Communiste français et la fédération CGT de la Guadeloupe, ceux-là n’étaient pas dupes. Eboué avait joué son rôle au service des patrons pour tenter d’endormir la classe ouvrière et permettre la pérennité d’une exploitation féroce sous une apparence de stabilité et de calme social. Fort heureusement les grèves, les luttes n’ont jamais cessé. Et elles repartirent de plus belle après la guerre.

La suite qui sera aussi la fin de cette série d’articles intitulée Eboué serviteur du colonialisme français» paraîtra dans le prochain numéro.




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