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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 26 février 2005      N° 919
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Liban
L’occupation syrienne mise en cause

Le 14 février un ancien Premier ministre, Rafic Hariri, était assassiné avec 14 autres personnes par l’explosion de 350 kilos d’explosifs. Sa mort a soulevé une immense émotion au sein de la population. Et elle est utilisée par l’opposition parlementaire pour demander la démission immédiate du gouvernement et le départ des 14 000 soldats syriens qui y stationnent.
Cette opposition regroupe une partie des chrétiens druzes et maronites. Avec la mort d’Hariri, elle attire des musulmans sunnites et utilise au maximum cet attentat politique qui fait suite à une série, pour préparer les élections législatives prévues pour mai 2005. Elle désigne la Syrie comme auteur ou commanditaire de ce meurtre pour obliger les USA et la France à intervenir en imposant aux autorités syriennes le retrait de leurs troupes.
Dans ce bras de fer qui s’annonce entre d’un côté le gouvernement libanais qui s’accommode de la tutelle syrienne, la Syrie et de l’autre l’opposition encore minoritaire, la population pauvre n’a rien à gagner. Ces notables qui se disputent le pouvoir, à l’instar de celui qui vient de mourir, sont avant tout des représentants des bourgeois locaux ou extérieurs.
Hariri s’est enrichi dans l’immobilier en Arabie Saoudite. Revenu au Liban, ce musulman sunnite a occupé le poste de Premier ministre à plusieurs reprises entre 1992 et 1998 et entre 2000 et 2004. Il a profité tout en reconstruisant Beyrouth, pour s’enrichir. En effet en tant que Premier ministre il commandait les travaux et en tant que chef d’entreprise il les exécutait avec sa société le Solidere. Il s’est mis ainsi énormément d’argent dans la poche. Aujourd’hui sa société détient plus de 60% des réserves en devises de la banque centrale du Liban. Les pauvres et les travailleurs sont rejetés dans les banlieues et taudis. Maintenant la communauté internationale, les USA et la France en tête qui n’ont que la démocratie à la bouche demandent au gouvernement d’adopter une politique d’austérité contre la population pour payer les dépenses que la reconstruction a engendrées.
Ces chefs de partis religieux qui se disputent le pouvoir ne défendent pas les intérêts des travailleurs ni ceux des masses pauvres. Ils défendent les intérêts nationaux du Liban donc ceux de ses classes dirigeantes. Ils ont chacun un plan pour que ces derniers disposent des meilleurs moyens pour faire des affaires.



Togo
Les manifestations contre le coup de force militaire

Des manifestations de grande ampleur ont lieu à Lomé, capitale du Togo, pour protester contre l’installation au pouvoir par un coup de force militaire de Faure Gnassingbé, l’un des fils du défunt dictateur.
En effet après le décès du dictateur togolais Gnassingbé Eyadéma le 5 février, Faure Gnassingbé a été désigné par l’armée pour lui succéder et a été investi le 7 février, après que son accession au pouvoir ait été avalisée par des députés grâce à une modification expresse de la constitution.
La communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a annoncé qu’elle imposera des sanctions au Togo, elle est suivie par l’Union européenne, et par le département d’état américain.
Mais si la communauté internationale fait des déclarations contre ce coup de force militaire, ce n’est pas pour porter soutien aux milliers de manifestants qui défilent dans les rues de Lomé, ni pour protester contre les tirs des militaires qui ont déjà tué plusieurs manifestants. C’est que, pour le gouvernement français en particulier, qui a toujours soutenu le dictateur qui vient de mourir, Faure Gnassingbé ne l’a pas consulté et n’a pas encore donné les assurances qu’il attend quant à la défense des intérêts français au Togo.
Que ce nouveau dictateur s’apprête à exercer la même dictature criminelle que son père, que les militaires tirent contre les manifestants, que le pays semble au bord du chaos, ce n’est pas cela qui indigne les gouvernements de France et d’ailleurs, ce sont les intérêts des grands groupes industriels.
D’ailleurs, le gouvernement français a déjà mis en état d’alerte ses troupes présentes au Togo, prêt à invoquer la présence de ses ressortissants pour justifier, comme d’habitude, une éventuelle intervention militaire avec des conséquences dramatiques pour la population.



Barbade
Tentation républicaine pour le premier ministre

Depuis que la Barbade a été occupée par les corsaires anglais en 1625 puis a intégré l’empire colonial en 1627, les habitants ont vécu sous la loi conservatrice de la monarchie de la reine d’Angleterre.
Ils ont été gouvernés par des premiers ministres issus des deux partis les plus influents qui ont émergé après les grandes émeutes de l’année 1937 : le Barbados Labour Party, BLP, (Parti des Travailleurs de Barbade) et le Democratic Labour Party, DLP, (Parti Démocratique des Travailleurs).
En 1961, la Barbade connut son premier gouvernement autonome, puis accéda à l'indépendance en novembre 1966, c’est un état membre du Commonwealth depuis 1966.
Owen Arthur est l’actuel premier ministre, après que son parti le BLP ait gagné les élections de 1994, 1999 et 2003. Il a annoncé qu’un référendum allait être organisé avant la fin de l’année afin de remplacer le système monarchique par une république parlementaire. Ce projet qui est en discussion depuis l’année 1994 avait été relancé pour se concrétiser vers 2008. Il a déclaré que la future République garantira «les libertés constitutionnelles, les droits fondamentaux et l’indépendance de la police et des forces de défense, comme elles sont garanties sous la monarchie constitutionnelle actuelle» et que le pays restera membre du Commonwealth.
Mais Owen Arthur a l’air pressé d’endosser le costume de premier président de la République de Barbade, un simple changement d’étiquette pour ce politicien qui tient les rênes de l’île dont la réputation est d’être une destination de rêve pour touristes et un paradis fiscal pour les capitalistes.



Haïti
Le chaos continue

Alors que le gouvernement de Gérard Latortue met au point un appareil électoral pour d’hypothétiques élections, alors que les politiciens se rangent en ordre et se chamaillent pour être des candidats potentiels, la population laborieuse subit les attaques des hommes armés. On ne sait plus de qui il s’agit, ils portent des uniformes qui peuvent être identifiés comme ceux de l’ancienne armée, de groupes de gardiennage, voire des sections spéciales de la police ou portent tout simplement masque et cagoule.
C’est ainsi que samedi 19 février un groupe armé a attaqué la prison de Port-au-Prince, selon le porte-parole de la police : «un commando lourdement armé a forcé les portes du pénitencier national et a permis l’évasion de plus de 300 détenus ». Des témoins rapportent qu’une fusillade a éclaté devant les portes du pénitencier, suivie d’une débandade de prisonniers. L’évasion de certains était planifiée avec la participation de véhicules qui sont venus les récupérer. Parmi les évadés, Yvon Neptune, l’ex-premier ministre, s’est livré à la police dans le courant de la soirée du 19. Lors de l’attaque, un gardien de la prison a été tué.
Les commanditaires possibles de cette évasion sont nombreux, des aristidiens, des anciens militaires, des trafiquants de drogue ! L’hypothèse d’une action montée par des trafiquants de drogue afin de libérer leurs comparses est la plus souvent citée dans la population.
Durant l’après-midi, de nombreux parents de détenus sont venus devant la prison pour avoir des nouvelles. La prison est surchargée de détenus qui ont été emprisonnés lors de rafles dans les quartiers par la police ou pour des faits divers et qui n’ont jamais été jugés du fait de la carence des tribunaux. Ils côtoient les trafiquants et les politiciens. Personne, évidemment parmi les « officiels » ne leur a donné d’explications.
Pour les habitants de la capitale, ceux des quartiers populaires autour de la prison, le week-end s’est écoulé comme sous un couvre-feu. Les gangs des quartiers populaires étaient en alerte, la police et les soldats de la force internationale (MINUSTAH) fouillaient les véhicules, il était impossible de sortir de chez soi sans crainte.
Cette attaque survient alors que depuis plusieurs jours les casques bleus délimitent un périmètre de sécurité dans la zone de Bourdon, autour d’un Hôtel où sont logés les officiers et qui est à proximité de la villa de l’ambassadeur de France. Le quartier sera bouclé à partir d’une certaine heure et des laisser-passer seront nécessaires pour y pénétrer.
Le gouvernement fait des promesses et la police parle de renforcement de la sécurité, en insistant sur le déploiement de quelque 6.500 Casques bleus, mais c’est la population qui subit les violences des diverses bandes armées, officielles ou non.



Polynésie
La politique coloniale du gouvernement français désavouée

Vendredi 18 février, une motion de censure déposée à l’assemblée territoriale de Polynésie a renversé le gouvernement de Gaston Flosse. La motion était déposée par Oscar Temaru, le chef de file de l’opposition dite «indépendantiste».
Gaston Flosse, membre de l’UMP, est un ami de Chirac et il a toujours bénéficié de la haute protection et de l’appui du gouvernement français, en échange de ses bons et loyaux services de défenseur des intérêts des grandes sociétés capitalistes françaises en Polynésie. Agé de 73 ans, il dirigeait depuis 20 ans la Polynésie, territoire français d’Outre mer qui bénéficie depuis un an du statut d’autonomie, de «Pays d’Outre mer au sein de la République ».
Cependant, le dimanche 13 février, des élections partielles organisées sur une grande partie du territoire ont donné une large majorité à la liste indépendantiste d’Oscar Temaru. En octobre 2004, la population s’était déjà massivement mobilisée pour protester contre les manœuvres de Flosse. Près de 30 000 personnes, soit 10% de la population totale, étaient descendues dans la rue.
Oscar Temaru, qui avait remporté les élections au mois de mai, avait été destitué le 9 octobre suite à une motion de censure déposée par Flosse. Pour avoir la majorité à l’assemblée, Flosse avait – dit le camp de Temaru - «acheté» un élu. Il est de plus largement favorisé par le découpage électoral, qui permet aux membres de la liste UMP d’avoir un nombre d’élus à l’assemblée qui ne correspond en rien au nombre de voix obtenu sur la totalité du territoire. Tout en étant minoritaire dans le pays, Flosse s’était donc maintenu au pouvoir grâce à des manœuvres appuyées par le gouvernement français, au total mépris de la volonté de la majorité des électeurs.
Mais cette fois, ni les manœuvres, ni le soutien de la ministre de l’Outre Mer Brigitte Girardin n’ont été suffisants : à la suite du résultat des élections partielles, la motion de censure déposé par Tumaru a recueilli la majorité des voix : 29 sur 57. Les membres de l’assemblée partisans de Flosse se sont retirés avant le vote.
Ensuite, l’assemblée a décidé de fixer au 28 février la date de l’élection du nouveau président. Il restera à la population laborieuse de ce territoire à peser suffisamment pour que la victoire du camp dit «indépendantiste» se traduise par de vraies mesures économiques et sociales en sa faveur.



Il faut chasser tous les parasistes

Le Canard Enchaîné, dans sa livraison du mercredi 6 février a levé un lièvre : le bien nommé ministre de l’économie, Hervé Gaymard, énarque, celui là même qui demande de réduire sur les dépenses publiques, logeait avec sa famille dans un immeuble situé dans un coin chic de Paris, moyennant un loyer mensuel de 14 000 euros, soit 12 SMIC mensuel, pour 600 m2, payé par l’Etat. Et ce n’est pas tout : les 600 m2 sont en fait deux appartements de 300 m2 transformés pour un coût de 15 000 euros afin de les rendre communicables. Travaux payés avec les deniers publics, bien sûr.
Pour se défendre, Gaymard a répondu sur France 2, lors de l’émission «100 minutes pour convaincre» consacrée à Strauss-Kahn, qu’il n’était pas au courant, car il ne s’en était pas occupé lui même, puisque pris ailleurs et devant travailler 120 heures par semaine. Voilà quelqu’un qui a donc pour mission de dire à la population comment dépenser, mais qui n’a pas le temps de s’occuper de ses propres affaires. Pas très convaincant comme explication!
Mais les ministres de ce gouvernement ne sont pas à leur coup d’essai. Ainsi, avant Gaymard, il y avait Juppé, ancien ministre des finances également, qui s’était attribué un logement à un prix défiant toute concurrence, et qui en avait également fait profiter des membres de sa famille.
Et puis, il y a eu l’augmentation de 70% des salaires des ministres intervenue en août 2002, sur la proposition d’un socialiste, Charasse, ancien ministre chargé du Budget, alors que dans le même temps, le SMIC était relevé de 2.4% ! Le salaire de Gaymard est ainsi passé à 13 400 euros par mois.
Mais avant, il y avait les fameux frais de bouche de Chirac (4000 francs par jour) quand il était maire de Paris et contre lequel la justice n’a rien trouvé à dire. Sans oublier les emplois fictifs payés par des collectivités, Mairie de Paris notamment, à des militants politiques du parti de Chirac, le RPR rebaptisé UMP.
En fait, ces gens qui prêchent la rigueur, l’austérité, le contrôle des dépenses, etc. ne font qu’imposer à la population laborieuse des contraintes pour mieux arroser les grands capitalistes, tandis qu’eux mènent grand train de vie, en se servant directement dans les caisses de l’Etat.
Gaymard avait eu cette formule s’adressant à la population pour lui demander de se satisfaire d’une réduction des interventions de l’Etat : « Il faut se désintoxiquer de la dépense publique ». La population laborieuse, elle, devra désintoxiquer la société des parasites de ce type.




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