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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 4 juin 2005      N° 925
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Martinique
La soldatesque coloniale assassine Des Etages, Zizine et commet la tuerie du Diamant

Il y a 80 ans, le 24 mai 1925, Louis Des Etages, maire de Rivière-Salée et Charles Zizine étaient abattus par un gendarme dans une habitation de Ducos.
Cet assassinat et les événements qui l’ont suivi ont été commémorés dans la commune de Rivière Salée par une exposition organisée du 24 au 31 mai au centre culturel de la commune et une conférence – débat animée par l’historien Georges Mauvois.
Les faits se déroulent dans une période marquée par un pouvoir colonial féroce au service sans faille des possédants des terres Békés et des sociétés possédant les usines à sucre.
En effet, au début du 20è siècle, la concentration des terres s’est accrue par rapport à celle qui existait à la veille de l’abolition de l’esclavage. «Dix familles» de Békés possèdent ou contrôlent plus de 75% des terres et dominent la production de sucre. Il y a désormais également de grandes usines à sucre. La puissance des possédants békés n’a d’égal que leur arrogance. Désormais ils veulent affirmer leur puissance et la garantir par une domination politique sans partage. Pour cela, ils utilisent la fraude au grand jour avec l’aide du pouvoir. Ils sont confrontés à ceux qui depuis l’abolition de l’esclavage, s’opposent à eux pour acquérir des droits et l’égalité pour les anciens esclaves.
Face à la forte concentration des biens, les conditions des ouvriers et des ouvrières des usines et des champs se sont aggravées. En effet les possédants ne veulent pas subir les conséquences des difficultés économiques venant des fluctuations du marché du sucre, ou de celles venant du contingentement du rhum. Les salaires notamment sont bloqués.
La riposte ouvrière s’organise et depuis le début du siècle, incendies sur les habitations, grèves importantes, révoltes ouvrières ont eu lieu. Cela a été le cas lors de la grève générale de 1900, la grève de l’usine de Sainte Marie en 1910, ou encore la grève de Bassignac dans la commune du Robert en février 1923.
A chaque fois, les usiniers et les planteurs en appellent au gouverneur et aux forces de l’ordre. Les grévistes sont durement réprimés. Des fusillades éclatent comme au François, à l’usine Bassignac ou au Morne Pitault, faisant chaque fois plusieurs morts parmi les ouvriers et la population.
Louis Des Etages et Charles Zizine, étaient des hommes politiques de la fédération socialiste de la Martinique, proches du député Joseph Louis Lagrosillère, surnommé Lagros.
Ce dernier contribue à répandre les idées socialistes au sein des travailleurs opprimés et est élu député en 1910 contre les représentants des usiniers. Mais en 1919, pour être sûr de reconquérir son siège de député, Lagrosillère trahit la cause ouvrière et signe un accord avec ses anciens ennemis, choisissant «de faire un bout de chemin» avec des «capitalistes éclairés». «Lagros» reste néanmoins populaire et obtient des succès électoraux face aux Békés mais aussi face aux autres partis des gens de couleur, notamment les radicaux de Victor Sévère, utilisant parfois la force du mécontentement ouvrier. Ainsi Lagrosillère garde une grande influence dans de nombreuses communes agricoles de la Martinique, celles du François, du Lamentin, de Robert, de Trinité, du Lorrain.
C’est dans ce contexte, de luttes ouvrières et sociales souvent radicales et de luttes électorales, dominées par la puissance des possédants békés liés au pouvoir du gouverneur Richard que, lors des élections municipales, Des Etages et Zizine, furent tués par un gendarme le 24 mai 1925.
Cet événement n’a pas été isolé puisque dans la commune du Diamant le même soir du 24 mai 1925, les gendarmes ouvrent le feu contre une foule mécontente du déroulement des élections et font une dizaine de morts.
Mais la férocité avec laquelle le pouvoir colonial a réprimé les manifestations, n’a pas empêché la population et les travailleurs de continuer à revendiquer leurs droits démocratiques.



Martinique
BATIMENT: Un patron voyou

Durant la deuxième semaine du mois de mai une entreprise du bâtiment, «TP Caraïbe», a été liquidée par le tribunal du commerce. Résultat, ce sont 40 ouvriers qui ont été injustement jetés à la rue, venant ainsi s’ajouter à la liste des chômeurs déclarés. Et les motifs avancés par ce patron sont d’ordre de «difficultés économiques», arguments repris régulièrement par des patrons pour mieux se débarrasser de leurs effectifs et être blanchis des dettes fiscales et sociales.
Le patron de TP Caraïbe pressé de pouvoir redémarrer de nouvelles affaires et assoiffé de profits, n’a pas attendu que le tribunal de commerce se prononce sur la liquidation de son entreprise. Il avait déjà bien avant créé en douce une nouvelle entreprise. Et d’après un responsable de la CGTM du bâtiment « nous avons la preuve que cette nouvelle entreprise est immatriculée à son nom».
Malgré les différentes pressions exercées par les ouvriers contre leur patron et ce durant plusieurs mois, ce dernier a toujours fait la sourde oreille, refusant à plusieurs reprises de répondre aux revendications des travailleurs, par exemple sur des salaires impayés et sur le respect de la convention collective du bâtiment.
Même le France Antilles du 12 mai n’a pas pu se passer de souligner dans ses colonnes que ce sont des « procédures bien connues…surtout quand le phénomène est répétitif. Ou quand la seule finalité est d’entretenir tout un réseau d‘entreprises sous-traitantes pour pouvoir pratiquer des prix très bas.»
En effet, nous sommes dans une société capitaliste basée sur le profit, sur l’exploitation où le patronat est libre de procéder à des activités économiques inhumaines sans être inquiété ni par les représentants de l’Etat ni par les élus locaux quelle que soit leur étiquette politique. Ces élus locaux, respectueux de l’ordre établi, c’est à dire l’ordre bourgeois sont de «bons» notables au service des possédants. Ils évitent de les critiquer et de les combattre.
Alors cette politique de redressement judiciaire dans le secteur du bâtiment est une politique qui est montée de toute pièce par les gouvernements successifs.
Ces procédures continueront de s’appliquer tant que les travailleurs resteront isolés et retranchés sur leur seule entreprise. Car seul un mouvement d’ensemble des travailleurs du bâtiment organisé de manière offensive dénonçant publiquement les richesses du patronat et leurs mensonges sur de soi-disant «difficultés économiques» permettra de mettre fin à ces pratiques et d’imposer les revendications des travailleurs.



Commémorer les luttes d’hier pour renforcer les luttes d’aujourd’hui!

La fin du mois de mai a vu se multiplier les commémorations, les unes envers nos ancêtres esclaves et leurs luttes pour leur libération ; d’autres envers les répressions brutales et meurtrières des manifestations de fin mai 1967.
Cette année, dans les deux îles, en Guadeloupe et Martinique et dans l’émigration à Paris, on a largement honoré la mémoire des combattants de 1802 et 1848. Différentes manifestations furent suivies par des milliers de gens, descendants des esclaves africains qui furent les instruments d’enrichissement d’une classe békée locale et furent parfois exploités par des notables mulâtres ou noirs. Mais surtout c’est sur la base du trafic d’esclaves (traite négrière, pendant près de trois siècles), que des bourgeois des ports français s’enrichirent. C’est ainsi que la traite et l’esclavage des Noirs d’Afrique, aux Antilles et en Amérique, servit de base pour l’accumulation des capitaux qui permirent le développement capitaliste dans plusieurs pays d’Europe: France, Angleterre, Pays-Bas…


1802 -1848: de l’échec à la victoire!

Rappelons que l’abolition a été décrétée le 26 avril 1848 en France. Ce décret aurait mis plus de huit semaines à parvenir sur place. Les esclaves des Antilles n’ont pas attendu! La rumeur qu’une révolution avait bien eu lieu à Paris a provoqué une montée d’effervescence dans les ateliers, dans les champs, parmi la population noire esclave. Et c’est à partir de cette ébullition que des événements décisifs vont éclater en Martinique en fin mai 1848, qui à St Pierre qui à Fort de France, aussitôt suivis d’une mobilisation des esclaves dans Pointe-à-Pitre. Le gouverneur aura beau prêcher le calme et la patience, disant que cette libération des esclaves était en marche, qu’une loi allait arriver de France etc., rien n’y fit! Les esclaves avaient deux objectifs, se libérer mais aussi laisser éclater leur colère contre ces gens – les Békés - qui les avaient opprimés, humiliés, exploités depuis tant d’années. La révolte fut inévitable, elle culmina dans les événements du 22 mai 1848 et elle prit fin uniquement lorsque le gouverneur prononça devant des milliers d’émeutiers et d’esclaves révoltés, l’abolition définitive de l’esclavage, sans attendre le décret qui devait, disait-on, venir de France!
Ceux de Guadeloupe mobilisés sur la place, dite aujourd’hui Place de la Victoire, obtinrent satisfaction quelques jours après. Le gouverneur de Martinique – le plus gradé – conseilla à son confrère de faire sans traîner une telle proclamation de l’abolition.
En 1848, les esclaves n’ont pas voulu attendre et ont arraché eux-mêmes leur libération, ils eurent bien raison de ne pas attendre les textes officiels. Car c’est cette mobilisation qui fit bien savoir aux propriétaires, aux politiciens de France et à tous les profiteurs du système esclavagiste que les esclaves n’accepteraient plus de délais, ni de demi mesures et encore moins de retour en arrière. Car tout ceci était déjà envisagé! Ils ont eu raison de lutter et de garantir leur liberté nouvelle par leur mobilisation dans les rues des villes et dans les champs, dont ils brûlèrent un certain nombre pour bien montrer aux esclavagistes leur détermination.
Ils avaient d’autant plus de raisons d’agir ainsi que certains se rappelaient bien qu’il y eut une libération, abolition décrétée et apportée de France en 1794 en Guadeloupe et qu’elle fut supprimée par la force militaire en 1802. Le gouvernement de Napoléon Bonaparte tenta aussi de rétablir l’esclavage en Haïti, mais se heurta à une résistance importante qui aboutit à l’indépendance de cette île en 1804. En Guadeloupe, les Delgrès, Ignace, Massoteau et d’autres, officiers dans l’armée française, alors que des signes d’un rétablissement de l’esclavage se multipliaient, crurent longtemps que leur statut d’officiers allait les protéger. Mais quand ils se sentirent directement menacés, ils décidèrent de passer à la résistance. Les troupes françaises commandées par Richepance furent introduites par l’officier noir Pélage qui servit d’intermédiaire pour trahir ses frères d’armes et de couleur.
Mai 1802 connut donc surtout une héroïque résistance. Les troupes françaises ne firent pas de quartier, les troupes conduites par Delgrès furent vaincues et selon les historiens se firent sauter à trois cents sur le Matouba. Ignace, l’autre officier noir, qui cherchait à se rabattre sur la Grande Terre fut vaincu sur les Abymes. Les historiens racontent que la répression fut ensuite sanglante. Pendant des semaines et des mois on pourchassa les Noirs, soldats ou civils, qui refusaient de se rendre ou qui avaient combattu, des milliers de Noirs furent tués ou déportés ou remis dans les fers, eux et tous les anciens esclaves pour quarante-six longues années de nouveau!

Les luttes du passé doivent inspirer celles d’aujourd’hui: l’exploitation a changé de forme, il faut encore la vaincre

Nous qui sommes militants communistes, qui combattons la nouvelle forme capitaliste d’exploitation et de spoliation des travailleurs actuels, nous ne pouvons que nous sentir solidaires, des luttes menées par nos ancêtres, par tous nos devanciers, pour plus de libertés, moins d’oppression et pour échapper à la servitude. Nous sommes solidaires de toutes ces luttes du passé.
Mais nous ne nous contentons pas de «commémorations officielles» très à la mode, aujourd’hui! Nous voulons que ces hommages rendus aux combattants, aux révoltés du passé inspirent nos combats d’aujourd’hui. Nous voulons justement que les exploités et opprimés d’aujourd’hui apprennent à se méfier des «Pélage» d’aujourd’hui, de ces notables qui cherchent toujours à régler leurs propres problèmes par des arrangements avec l’ennemi et non en combattant cet ennemi. Nous avons ainsi vu de plus en plus apparaître dans ces commémorations des notables, maires, députés, et autres grands et petits chefs de partis politiques qui, hier encore, ne seraient jamais venus dans de telles commémorations ; car elles n’étaient pas admises, ou pas bien vues et parfois pas tolérées par les autorités coloniales. Participer à ces commémorations semblait alors presque un acte d’opposition anti-colonialiste. On a vu pendant des années, la municipalité de Pointe-à-Pitre mener une petite guerre aux nationalistes du Gong ou de l’UPLG qui voulaient commémorer sur la place de la Victoire, l’assassinat de Nestor et de plus de 80 autres manifestants en mai 1967. Ils étaient tombés sous les balles des CRS ou «Képis rouges».
Aujourd’hui, on a même vu le journal France-Antilles parler de mai 67, donner la parole à une victime connue de 67, etc. Mais oublie-t-on que ce journal, de même que certains articles de l’Etincelle, et des déclarations du maire PCG de l’époque condamnaient surtout les gens qui avaient été victimes et ceux qui avaient résisté aux agressions des forces de répression coloniales, et rejetaient la responsabilité des événements sur les militants du Gong. De fait, ce sont des dizaines de jeunes et de militants anti-colonialistes, dont ceux du Gong, qui furent arrêtés et certains déportés en France pendant plusieurs mois, avant d’être jugés par une cour de sûreté de l’Etat.
Alors, il faut bien sûr exalter le souvenir de ceux qui ont lutté, ont souffert et se sont sacrifiés dans le passé ; mais il ne faut pas croire aux larmes ou aux déclarations hypocrites des notables de tous bords qui se faufilent dans ces manifestations pour les transformer en d’innocentes manifestions de «jour férié».
Ces journées sont des journées où des hommes et des femmes courageux ont combattu, au péril de leur vie, pour plus de liberté, pour faire sauter leurs chaînes. Le meilleur hommage à leur rendre c’est de réaffirmer, à ces occasions, que nous continuons la lutte contre une exploitation qui, si elle n’a pas de chaîne visible, en comporte une qui contraint les salariés d’aujourd’hui à revenir sans cesse, chaque jour, se faire exploiter par les continuateurs des grands planteurs esclavagistes. Ce sont leurs familles, aujourd’hui capitalistes, qui continuent, parfois sous les mêmes noms, à recueillir le profit, fruit volé du travail des descendants d’esclaves, aujourd’hui appelés «travailleurs» ou «salariés».
Oui, la lutte continue contre l’exploitation, pour bâtir un jour une meilleure société, débarrassée des exploiteurs, mais ce sera en se méfiant de tous ces cloportes des notabilités locales, toujours prêts à se courber devant la puissance et la richesse des gros exploiteurs.



Les “assistés”, “danseuses” et autres profiteurs des largesses de la France...

La revue Antiane de l’INSEE (études statistiques sur l’économie) vient de publier des chiffres sur les salaires et le niveau de vie des travailleurs aux Antilles Guyane.
On y apprend que 50 % des salariés ont un salaire de moins de 1240 euros, que 20 % touchent moins que le SMIC (soit 1 salarié sur 5!). On apprend aussi que 16.585 ménages (ce qui représente plusieurs dizaines de milliers de personnes) vivent avec moins de 3903 euros par an, soit 325 euros par mois!
Pourtant, quand les salariés font grève pour améliorer leurs salaires, il se trouve toujours des journalistes et des patrons pour les fustiger, dire qu’ils menacent l’économie! Et en plus, ils ont la sécu, les allocations familiales, mais, de quoi se plaignent-ils donc? que veulent-ils encore? Les Dominicains, Haïtiens n’ont même pas ça! Voilà l’antienne méprisante et raciste qu’on balance ici et là quotidiennement aux travailleurs antillais.




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