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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 16 juillet 2005      N° 928
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Il y a 20 ans, en juillet 1985, l’affaire Faisans

Au mois d’octobre 1984, Georges Faisans militant du MPGI (Mouvement Pour une Guadeloupe Indépendante) a voulu faire justice lui même contre un enseignant blanc qui, dit-on, avait donné un coup de pied à un élève noir. Il lui infligea un coup de plat de sabre. L’affaire fit grand bruit d’autant que dans la mémoire collective le coup de pied d’un Blanc contre un Noir réveille des souvenirs douloureux de l’histoire coloniale et de l’esclavage. Ce genre d’incident a toujours suscité remous, colère et parfois réactions brutales dans la population.
La justice condamna Faisans à 4 ans de prison ferme et en appel à 3 ans. Le militant indépendantiste entama une grève de la faim le 3 juin 1985 pour protester contre cette condamnation. Le 25 juin, il fut transféré à la prison de Fresnes à Paris où il poursuivit sa grève. Le 10 juillet le procureur Valère de la Guadeloupe accepta la mise en liberté de Georges Faisans comme le militant et ses avocats l’avaient réclamé. Le 19 juillet cette demande fut rejetée par les juges. Le 20 juillet le MPGI (Mouvement pour une Guadeloupe indépendante) organisa plusieurs manifestations de protestation. Le 21 juillet le prêtre nationaliste Chérubin Céleste, Aline Bolie, Francine Landre, Claude de Vipart et Alex Desfontaines entamèrent une grève de la faim. Le 22 juillet une vingtaine d’organisations politiques et syndicales se mobilisa contre cette condamnation jugée excessive par rapport aux faits et surtout injuste. Ce fut le début d’une vaste mobilisation qui dura une semaine ponctuée d’affrontements entre manifestants et forces de l’ordre dans les rues de Pointe-à-Pitre du 22 au 29 juillet.
Le 24 juillet, des barrages furent dressés dans plusieurs quartiers et aux entrées de la ville. Ces barrages se multiplièrent les jours suivants et mobilisèrent des milliers de personnes. Malgré l’intervention des forces de l’ordre pour détruire les barrages ceux-ci étaient aussitôt remis en place avec un matériel plus important. Les barrages routiers tenus par les manifestants de multiplièrent dans l’île bloquant toute circulation Durant une semaine toute l’activité économique de la Guadeloupe fut paralysée. Militants, habitants des quartiers, jeunes, demeuraient mobilisés sur les barrages y compris la nuit. Les jeunes chômeurs des quartiers comme ceux de Lacroix, Boissard ou Vieux Bourg, s’organisèrent avec leurs propres moyens pour se défendre contre l’intervention des forces de l’ordre. Ils affrontaient régulièrement celles-ci à coups de pierre. Certains ont même tiré à coups de fusil sur un hélicoptère tournoyant au dessus de Boissard. L’affrontement paraissait inévitable si Faisans était maintenu en prison. Finalement il fut libéré en France le 29 juillet, libération qui mit fin aussi au mouvement de mobilisation.
Cette forte mobilisation prouvait bien qu’il y avait un profond mécontentement. Le gouvernement a bien compris que ces jeunes des quartiers représentaient une poudrière et a préféré libérer Faisans. Cependant il n’a pas hésité à poursuivre ces jeunes par la suite. Les forces de l’ordre ont quadrillé les quartiers de Pointe-à-Pitre s’en prenant à ces jeunes sous prétexte qu’ils avaient commis des pillages. Des comités de défense furent créés notamment à l’initiative de militants de Combat Ouvrier.

UNE SITUATION POLITIQUE ET SOCIALE EXPLOSIVE
Ces manifestations survinrent sur un fond de crise sociale et économique et dans un climat d’activisme indépendantiste. Depuis les années 1980, des attentats terroristes secouaient la Guadeloupe. Ces attentats furent revendiqués par le GLA (Groupe de Libération Armée, puis par l’ARC (Alliance révolutionnaire caraïbe). C’était la première fois qu’une organisation s’en prenait à coups de bombe à la présence française dans un département d’Outre Mer.
Amnistiés par Mitterrand parvenu au pouvoir le 1er mai 1981, les indépendantistes emprisonnés quelques mois avant et accusés d’être les poseurs de bombe du GLA fondèrent le MPGI (Mouvement pour la Guadeloupe indépendante) dirigé par Luc Reinette et une radio: «radio inité». «Radio tambou» la radio de l’UPLG (Union Populaire pour la libération de la Guadeloupe), la plus importante organisation indépendantiste, existait depuis peu. A partir de 1983 de nouveaux attentats à la bombe secouèrent l’île. Ils allaient durer jusqu’en 1988. Entre temps, une série de militants du MPGI furent emprisonnés, accusés d’être les auteurs des attentats revendiqués cette fois par l’ARC (Alliance révolutionnaire caraïbe). Plusieurs militants, comme Max Safrano ou Humbert Marboeuf firent la grève de la faim. Plusieurs aussi furent transférés en France. Le 24 juillet 1984, cinq militants de l’UPLG sautaient avec leurs bombes. En avril 1985, se tint «la conférence des dernières colonies françaises» à Bonne Veine en Guadeloupe. Elle rassembla la quasi-totalité des groupes et partis indépendantistes de territoires et départements d’outre mer sous tutelle française. L’UPLG en était le principal organisateur. Cette organisation indépendantiste était la plus implantée en particulier dans le milieu agricole et parmi les jeunes lycéens et les étudiants.
La répression contre les militants indépendantistes dura cinq ans. Barrages de gendarmerie, perquisitions, arrestations étaient quotidiens. Même si la population n’adhérait pas aux actions terroristes elle ne les condamnait pas pour autant et elle s’opposait à la répression. Parmi les militants arrêtés il y avait des travailleurs (des salariés de l’hôpital, de l’EDF, de la sécurité sociale) Ils étaient soutenus dans les entreprises par leurs camarades de travail. C’est dans un tel contexte que l’affaire Faisans a éclaté.

L’AGITATION EN NOUVELLE CALEDONIE, LA RESPONSABILITE DE LA GAUCHE AU POUVOIR
L’arrivée de la gauche au pouvoir avec François Mitterrand comme président de la République en 1981 n’avait rien changé au statut politique des les départements et territoires d’Outre Mer, contrairement à ce que les milieux indépendantistes en attendaient. Mitterrand et la gauche socialiste et communiste restèrent sourds à toute évolution du statut.
Les événements qui eurent lieu en janvier 1985 en Nouvelle Calédonie étaient déjà une première réponse à cette surdité. Dans cette île du pacifique l’agitation indépendantiste battait son plein et menaçait l’équilibre même de la vieille colonie. Depuis plusieurs mois s’exprimait la révolte canaque. Les affrontements violents éclataient entre Kanaks et Caldoches. Des barrages routiers étaient dressés partout dans les communes par les Kanaks armés. Le 12 janvier 1985, Eloi Machoro dirigeant du FLNKS (Front de Libération Kanak Socialiste) et un des ses camarades, Nonnaro, furent exécutés par les forces de répression coloniales et sur commande du gouvernement. Ce dernier était bien plus sensible aux milieux caldoches, blancs et aux lobbies coloniaux et racistes qu’aux revendications des Kanaks victimes d’une discrimination plus que séculaire. C’est donc d’abord la politique du bâton qui fut appliquée dans les territoires et départements d’Outre Mer face à une radicalisation des courants indépendantistes. L’onde de choc de la révolte kanake en Nouvelle Calédonie ne pouvait éviter la Guadeloupe qui vivait un climat d’agitation permanente et d’attentats depuis plusieurs années. Il faut replacer «l’affaire Faisans» dans ce contexte là aussi.

LA POLITIQUE DES ORGANISATIONS NATIONALISTES
La politique des indépendantistes consistait surtout à emmener le gouvernement de gauche de Mitterrand à négocier avec eux un changement de statut. Ils pensaient que les attentats à la bombe revendiqués par les groupes nationalistes clandestins, la situation en Nouvelle Calédonie, pourraient contraindre le gouvernement à s’asseoir à la table des négociations. Le gouvernement fit mine de les entendre. Un an avant en 1984 un début de négociations secrètes s’était engagé entre émissaires du gouvernement et l’ARC et peut être aussi avec l’UPLG. Arrêt des attentats contre négociations sur le statut, tel était le deal. Pour le gouvernement il s’agissait de gagner du temps, lanterner les indépendantistes et à faire revenir le calme. Au moment de l’affaire Faisans, un an après, l’UPLG s’ingénia à adopter une attitude «responsable» à l’égard du gouvernement et accepta de lever les barrages et de faire revenir le calme dès la libération de Faisans, allant même à l’encontre de la volonté des manifestants, des jeunes de la population présents sur ces barrages.
Mais ce qui gênait surtout l’UPLG était que ce mouvement de masse échappait à son contrôle. Il ne l’avait pas impulsé. Il s’était déclenché à la fois spontanément, et avec d’autres éléments éparpillés constitués de militants nationalistes ou provenant d’autres groupes et aussi de militants d’extrême gauche dont ceux de Combat Ouvrier.
C’est pour ces raisons que la direction de l’UPLG chercha à contrôler les barrages et les manifestations pour mieux ensuite contribuer à les freiner puis les disperser. La libération de Faisans lui en fournit l’occasion. Cela dit, le mouvement avait aussi ses limites propres. Il ne s’était pas élargi. Une «grève générale» avait bien été décrétée le 25 juillet, mais les travailleurs en particulier dans les entreprises ne s’étaient pas mobilisés pour autant de façon autonome même s’ils exprimaient leur sympathie envers Faisans et les manifestants. Ce sont les barrages routiers des manifestants qui bloquaient le pays plus que la grève. Certes, le dimanche 28 juillet, l’intersyndicale des banques avait lancé un mot d’ordre de grève générale du secteur renouvelable à partir du lundi 29. La confédération syndicale nationaliste UGTG fit de même, ce jour là. On peut penser que d’autres secteurs auraient suivi si Faisans n’avait pas été libéré. Il n’en reste pas moins vrai que ce vaste mouvement de protestation populaire ne fut pas une «montée ouvrière» et la politique de Combat Ouvrier qui consistait à ériger des comités de base de manière à ce que les travailleurs et les jeunes manifestants contrôlent eux-mêmes le mouvement et lui impulsent une dynamique et un développement autonomes avec leurs propres revendications eut peu de portée réelle. Toutefois, des dizaines de ces comités existaient encore plusieurs mois après dans les quartiers où se tenaient des réunions régulières de jeunes et autres chômeurs ou travailleurs.



MEDEF. Avec un “CV” de patronne de choc...

A l’ANPE (Agence nationale des patrons exploiteurs) le MEDEF a recruté un nouveau patron, ou plutôt une «patronne». Depuis le 5 juillet le syndicat des patrons a en effet décidé de changer de look, après les «capitaines d’industrie», après le baron Seillière héritier des «maîtres de forges», il a mis à sa direction une femme, Laurence Parisot. Les patrons pensent-ils qu’une femme fera mieux passer les pilules des licenciements et du chômage? Son «CV» d’exploiteuse éloquent plaide sans doute pour cette thèse.
Elle est PDG de l'IFOP, un des instituts de sondage français et ce n’est pas une inconnue. Elle est entrée au Medef début 2003 parrainée par Ernest-Antoine Seillière, elle avait reçu l'appui de gros patrons comme François Pinault, ex-patron de groupe de distribution et de luxe, Michel Pébereau, président de BNP Paribas, et Jean Gandois, ancien président du CNPF. Fille et petite-fille de patrons, elle reprend en 2002, à la mort de son père, la présidence d'Optimum, entreprise de portes de placards. Elle siège à plusieurs conseils d'administration de grandes entreprises, telles que Michelin ou Euro Disney, et Havas.
Elle plaide pour une réforme du code du travail donnant encore plus d’avantages aux patrons, un Medef plus ouvert vers les universitaires et les associatifs. Elle va essayer de jouer «la main de velours» auprès de l'opinion publique, mais le gant de fer réapparaît lorsqu’elle lâche: «la liberté de penser s'arrête là où commence le droit du travail». Elle développe son idée dans son discours inaugural en disant: «Notre capacité à développer nos entreprises est limitée par un droit du travail trop inadapté. Nous prendrons des initiatives pour permettre l’émergence d’un droit du travail modernisé.» Les travailleurs sont prévenus!
Alors, sous ses aspects «bonhomme» si l’on peut dire, cette femme est un patron de choc. Gageons que si elle a pu gagner la confiance de tous ces grands patrons «hommes» pétris de misogynie et de préjugés de toutes sortes contre les femmes c’est qu’elle doit sacrément défendre leurs intérêts. En effet, ces patrons sont prêts à tout pour garantir leurs coffres forts y compris à s’asseoir sur tous leurs préjugés contre les femmes. Mais ce n’est pas pour autant que le MEDEF, avec une femme à sa tête, est prêt à donner les mêmes salaires, les mêmes avantages aux salariés femmes qu’aux hommes.
«Chez ces gens là, monsieur» pour paraphraser Brel, l’égalité se fait par le haut et une femme n’est sans doute valable que si elle démontre dix fois plus de capacités que les hommes. Cela signifie défendre dix fois plus, bec et ongles, les intérêts d’une minorité d’exploiteurs, de richissimes qui vivent grassement en suçant le sang des travailleurs.



Que s’est il passé le 13 juin 2005 à la maison Baudoin (Alfala)?

Lundi 13 juin, il est environ 6h du matin à la section Grande Savane de la commune de, Petit-Bourg. Tout est calme jusqu'à ce qu'un convoi de gendarmerie arrive par la route. Rapidement c'est tout un commando - peut-être 60 gendarmes selon les témoins - qui débarque pour donner l'assaut à la maison où M. Claude Baudoin, dit Alfala, dort avec sa famille. Les forces « de l'ordre » défoncent les portes, un ultime coup de pied et les voilà dans la chambre de M. et Mme Baudoin, qu'ils réveillent et immobilisent dans leur lit, en les menaçant de leurs armes: « Ne bougez pas! ». Alerté par le bruit, leur fils Gervais, 21 ans, s'approche d'un gendarme en embuscade près de la porte de derrière. « Que se passe-t-il? ». Le jeune homme est battu, plaqué au sol, un pied sur la nuque. « Je ne suis pas un chien! » crie-t-il. Pour toute réponse, il reçoit un coup de poing qui lui casse une dent et en déchausse trois autres.
Le frère de Gervais, Christophe, 22 ans, est appréhendé à son tour. Lorsque leur père cherche à savoir ce qu'on leur reproche on lui répond: « Taisez-vous! ». Ses deux enfants sont embarqués sans ménagement pour la gendarmenie de Grand Camp où on « découvrira »... qu'il n'y a rien à leur reprocher!
Gervais s'entendra alors dire: « Si vous ne portez pas plainte, on vous relâche tout de suite ». Mais qui va payer pour ses quatre dents perdues à 21 ans? Qui va payer pour les dégâts dans la maison? Qui va payer pour l'humiliation et le cauchemar de ce lundi 13 juin 2005?
Cette affaire rappelle d'autres méfaits commis par les gendarmes, notamment à l'encontre de M Hilaire Lefort et de messieurs Fritz et Mathias Mathiasin.




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