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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 11 mars 2006      N° 941

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À la Une

Éditorial

Retrait immédiat du CNE et du CPE

En France, depuis plusieurs semaines, lycéens et étudiants sont mobilisés contre les contrat première embauche (CPE) et contrat nouvelle embauche (CNE).
Pour l’instant, dans les écoles et universités des Antilles, on n’en est pas à la mobilisation.
Les confédérations syndicales, elles, ont appelé à une «journée de mobilisation» pour le 7 mars. Au moment où nous écrivons, nous ne savons pas quelle aura été l’ampleur de la journée du 7 mars, mais il est certain qu’il faudra plus qu’une journée de mobilisation pour faire reculer le gouvernement. Il faudra engager une véritable bataille, jusqu’à ce que Villepin retire ses projets qui visent à légaliser la précarité.
Ces contrats sont la dernière trouvaille du gouvernement pour faire plaisir au patronat. Le CNE existe depuis 7 mois. Il permet aux patrons d’entreprises de moins de 20 salariés de licencier pendant deux ans un salarié embauché avec ce type de contrat, sans avoir de justification à donner. Le CPE concerne les jeunes de moins de 26 ans, et toutes les entreprises, quel que soit le nombre de salariés. Il a été imposé le 9 février dernier par le premier ministre, grâce à l’article 49-3.
C’est une nouvelle attaque contre les travailleurs et contre le code du travail. Depuis trente ans, on a vu se succéder différents types de contrats précaires, aussi bien dans le privé que dans le public: TUC, SIVP, CES, CEC, contractuels, vacataires, CDD… autant de termes et de sigles qui ont tous un point commun: au bout d’une certaine durée, les salariés sont simplement remerciés pour que l’employeur ne soit pas obligé de les titulariser ou de les embaucher en contrat à durée indéterminée (CDI). Avec le CNE et le CPE, les nouveaux embauchés sont sur un siège éjectable, licenciables à tout moment. Les patrons pourront ainsi leur donner des salaires minima, sans augmentation à l’ancienneté, les employer ou les mettre à la porte au gré de leurs besoins ou de leur fantaisie. Il sera encore plus difficile à ces travailleurs de se syndiquer. Sept mois après la création du contrat nouvelle embauche, des plaintes commencent à être déposées aux prud’hommes pour licenciements abusifs: des femmes ont été licenciées après une déclaration de grossesse, des travailleurs après avoir réclamé le paiement d’heures supplémentaires.
Certains, même parmi les travailleurs et les jeunes, reprennent l’argument selon lequel un CPE permettra d’avoir l’expérience professionnelle exigée par la plupart des entreprises pour être embauché en CDI. C’est faire preuve de naïveté! Quel intérêt aurait un patron à proposer un CDI alors qu’il peut pour une durée de deux ans employer un salarié corvéable à merci sous peine d’être mis dehors? Quant au prétexte de faire baisser le chômage, il ne tient pas non plus: trente ans de contrats précaires ne l’ont pas fait reculer. Les patrons n’embaucheront pas plus, ils le feront en fonction de leurs besoins, et de façon encore plus défavorable pour les travailleurs.
Ces nouveaux contrats sont une atteinte supplémentaire à ce qui restait de sécurité de l’emploi. Une forte mobilisation des travailleurs et des jeunes des universités et des écoles peut imposer leur retrait, et même au-delà, imposer que tous les emplois précaires soient transformés en vrais emplois.
Des manifestations étaient prévues le 7 mars en France, certains syndicats enseignants des Antilles parlent d’appeler à des mouvements contre le CPE. Que fera-t-on après le 7 mars?
Quoi qu’il en soit, c’est la mobilisation de tous qui pourra faire reculer Villepin et son gouvernement. Cette affaire concerne en premier lieu les jeunes, bien sûr, mais aussi l’ensemble des travailleurs. Il serait souhaitable que toutes les organisations ouvrières, syndicales et politiques mobilisent l’ensemble de leurs forces pour exiger le retrait pur et simple du CPE et du CNE.



Martinique
Les agents des collectivités territoriales en grève

En décembre 2005, les maires se sont engagés à procéder à des titularisations. Jusqu’à ce jour, leurs engagements n’ont pas été respectés. Alors, les agents des collectivités territoriales de 28 communes de la Martinique ont décidé avec leur syndicat la CGTM/SOEM de se mettre en grève le jeudi 9 mars pour «exiger le respect des agents des collectivités territoriales». Il s’agit pour eux de lutter contre «la politique de certains maires qui ne veulent pas titulariser leurs agents» mais encore contre les bas salaires car les municipaux se retrouvent souvent avec des salaires en dessous du SMIC mensuel.
La précarité n’est pas l’affaire seulement des capitalistes du privé mais aussi celle des employeurs dans les collectivités publiques. Quant aux maires, ils en profitent pour embaucher des jeunes avec des contrats précaires.
Cela fait plus de 5 ans que ces agents se battent pour:
• Le plan de titularisation;
• L’amélioration des conditions de travail, notamment celles des agents de cantine, des concierges et des gardiens;
• Le paiement des primes et indemnités;
• L’intégration des agents reçus au concours;
• Le respect des droits syndicaux.
Mais aussi contre:
• Le nombre d’heures supplémentaires dans les services;
• Les nombreux contrats précaires dans la fonction publique territoriale.
Pour la CGTM « dans les communes du François et du Vauclin par exemple, il y a une absence totale de plan de titularisation. Les maires de ces communes persistent à jouer « la montre » et les textes et lois passent sans être appliqués.
Certains maires ont déjà commencé leur campagne électorale tout en faisant croire à ceux qui veulent bien l’entendre qu’il n’y a pas d’argent dans les collectivités. Alors, comme le disent les municipaux, dans différentes communes «on continue à payer des agents de cantine à temps partiel, alors que c’est le secteur de la mairie le plus difficile. …tandis que ces messieurs n’hésitent pas à acheter avec l’argent de nos impôts, de grosses voitures et ne veulent pas accorder un plus aux salariés».
Quant aux emplois précaires, une militante syndicale chargée d’organiser les jeunes embauchés avec différents contrats précaires explique que «parmi une nouvelle génération de jeunes la tension est montée d’un cran. Ils n’acceptent plus d’être utilisés comme du chiffon, ils n’acceptent plus d’être embauchés sans aucune garantie et avec des contrats de deux ou trois mois. La situation est devenue intolérable».
D’autres agents communaux qui auparavant regardaient avec sympathie les différentes grèves de protestations, sont venus rejoindre leur syndicat dans la lutte, car eux aussi sont depuis des années victimes de cette politique des notables politiciens.



Décès d’un gendarme à Saint-Martin: exploitation politique d’un accident tragique

Le 12 février dernier, un jeune gendarme en poste à St Martin, Rafaël Clin, a trouvé la mort, renversé par une moto qu’il tentait d’arrêter. Le motard a été grièvement blessé dans l’accident et les deux hommes ont été transportés à l’hôpital, où le gendarme est décédé. L’épouse de ce dernier, appelée sur les lieux puis présente à l’hôpital, a affirmé sur les médias et dans un courrier qui a été publié dans Internet que des propos racistes avaient été proférés par les compagnons du motard qui ont assisté au drame. Selon ses affirmations, 40 personnes ont entouré son mari à l’agonie, en l’injuriant et en lui disant «crève sale Blanc». Elle affirme également que personne n’a voulu appeler les secours, puis qu’à l’hôpital, les injures racistes ont continué et que « tous avaient le sourire et ont crié victoire d’avoir «tué un Blanc». Ces propos ont été démentis par plusieurs personnes qui ont assisté à l’accident, et en particulier par le médecin qui a pris en charge les blessés. Lui affirme qu’à l’hôpital, tout le monde était triste, autant ceux qui accompagnaient le gendarme que ceux qui assistaient le motard, et qu’il n’a entendu aucun propos raciste. Il semble que dernièrement, l’épouse elle-même soit revenue sur ses propres déclarations.
Cette affaire dramatique a été immédiatement relayée par les pouvoirs publics, le préfet de Région qui trois jours après l’accident a déclaré «la tragique disparition de Rafaël Clin n’est pas un accident. Elle est le fait de délinquants qui ne respectent pas plus la loi que la vie humaine». Puis la ministre de la défense, Michelle Aliot-Marie a promis que «ce drame ne restera pas impuni». Du coté de l’UMP, on a entendu que la mort de Rafaël Clin n’avait rien à envier à celle d’Ilan Halimi, le jeune juif torturé et assassiné, entre autres commentaires du même acabit.
Les témoignages recueillis sur place ont ensuite sans doute inspiré de la prudence au chef du gouvernement, qui s’est limité à réclamer que «toute la lumière soit faite sur les circonstances et les motivations» de ce drame. Dans le contexte actuel de surenchère politique au «tout sécuritaire», visant à récupérer des voix de l’extrême droite aux prochaines présidentielles, il n’est pas étonnant que des politiciens de droite aient réagi au quart de tour à des propos de l’épouse (mais lesquels? On ne nous a pas tout dit là-dessus!) et à ceux des collègues du gendarme. Propos non confirmés et sur lesquels cette femme est elle-même par la suite revenue.
Ces déclarations témoignent certainement plus d’un malaise chez certains gendarmes que d’un réel racisme de la population de St Martin.
Après plusieurs affaires de bavures, de tabassages et d’arrestations musclées, y compris par erreur, il est possible que certains d’entre eux ou de leur entourage finissent par prendre leurs craintes pour une réalité. Mais à force de crier «au loup» (comme on dit en France), ils finiront bien par le voir un jour!




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