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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 11 mars 2006      N° 941
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Martinique
Banane: les patrons assurent leurs profits

Avec le Contrat de Progrès ce sont plus de 40 millions d’euros qui ont été versés par l’Etat aux planteurs de banane. Cet argent a servi à financer une campagne publicitaire faisant intervenir des vedettes du sport mais aussi à continuer la restructuration, à savoir regrouper les exploitations les plus rentables et éliminer celles qui le sont moins.
Si en 2004, il y a eu la fermeture largement médiatisée, de plus de 30 exploitations, ces fermetures ont continué en 2005 pour plus de 10 exploitations.
Pour 2006, plusieurs exploitations sont menacées de fermeture. Ainsi, la SARL CDPAC au Morne Rouge, (45 salariés), a été mise en redressement judiciaire en mai 2005, après le licenciement de 14 salariés et la réorganisation de l’entreprise. L’employeur envisage la fermeture définitive, le tribunal devra confirmer cette décision le 7 mars 2006, mettant à la rue les 30 salariés toujours présents.
Il y a aussi l’habitation Bellevue au Marigot sur laquelle travaillent 60 salariés. Elle a été mise en redressement judiciaire en décembre 2005 et son sort doit se décider au cours du mois de mars 2006. Il semble aussi que l’employeur n’a pas payé les taxes salariales, alors que l’entreprise ne connaît aucune autre difficulté.
Sur l’habitation Belle Etoile au Vauclin, le contrat de travail des salariés à temps plein a été réduit à deux jours de travail de manière unilatérale par l’employeur. Devant les réclamations des salariés, il avait carrément menacé de fermeture. Mais les salariés ont réagi, et ils ont interpellé l’inspection du travail sur les conditions déplorables de travail: absences de vestiaires, de toilettes, danger au hangar à cause de fils électriques non sécurisés, non protection contre les intempéries au hangar. L’employeur est revenu sur sa décision de fermer, mais la situation n’a pas changé car les salariés font toujours deux jours de travail, ce qui est insuffisant pour faire face à leurs dépenses.
D’autres ouvriers subissent le même sort: diminution des jours de travail, paiement différé des salaires, réorganisation des postes de travail, augmentation du travail. Les patrons veulent rendre obligatoire le travail du samedi et du dimanche quand ils en font la demande aux salariés.
L’ouverture du marché européen aux bananes des pays d’Amérique du Sud sert de prétexte aux planteurs pour aggraver les conditions de travail, pour que les salariés leur donnent le maximum de rendement. Et si ce n’est pas le cas, c’est la menace de fermeture ou la fermeture réelle.
Les planteurs comme les pouvoirs publics savent que sur un marché de 3 millions de tonnes de banane consommées, la production communautaire (Canaries, Madère, Chypre, Açores, Martinique et Guadeloupe) ne représente pas plus de 800.000 tonnes. Alors, ils concèdent aux gros planteurs des subventions pour maintenir leurs profits. Ces planteurs eux ne se gênent pourtant pas pour surexploiter les ouvriers afin de gagner toujours plus.
Par contre, l’Etat n’a évidemment toujours pas décidé d’intervenir pour prendre en charge le maintien de l’emploi des salariés licenciés, que ce soit dans l’agriculture ou dans un autre secteur, malgré les demandes réitérées qui lui ont été faites par les salariés de la banane. Pour cela il faudrait qu’il y soit contraint par la colère de ces salariés.



Claude Arékian face à une justice colonialiste!

Le jeudi 2 mars, Claude Arékian, membre du Parti communiste guadeloupéen ( PCG), s’est présenté au tribunal correctionnel de Pointe-à-Pitre sur convocation du juge pour «discrimination à l’égard d’un groupe». Il lui est reproché d’avoir écrit un article dans le journal communiste «Echanges» de Sainte Anne, que des «allogènes», «Français de France» avaient tous les droits sur la plage de cette commune.
Dans cet article il a invité les Saintanais à se réapproprier l’espace en dénonçant une situation économique surtout sur le plan touristique, qui ne profite pas aux Guadeloupéens. Et c’est pour avoir expliqué cette réalité qui n’échappe à personne et qui est visible sur la plage de Sainte-Anne que ce militant a été convoqué au tribunal. C’est le procureur de la République, M. Prêtre, qui a personnellement cité Claude Arékian devant les tribunaux, considérant que son article constituait un danger pour l’ordre public. En fait, il voulait accuser Arékian d’avoir écrit des propos racistes.
Un comité s’est créé pour soutenir Arékian. Il a organisé des conférences publiques dans différentes communes et à la Mutualité de Pointe-à-Pitre, avec la participation de plusieurs organisations politiques et syndicales ainsi que des associations. Plusieurs milliers de signatures ont été recueillies sur une pétition pour soutenir Arékian. Toutes ces actions ont mobilisé une centaine de personnes au tribunal le 2 mars. La salle d’audience a été comble jusqu’à 21 heures, à la fin des débats. Le juge et le procureur ont persisté en accusant Claude Arékian d’avoir fait des déclarations incitant en fait à la haine raciale. Ces accusations ont été exprimées avec mépris et arrogance. Le juge ne s’est pas embarrassé pour demander à Arékian ce qu’il entendait par «population guadeloupéenne» et comment faisait-il la différence entre Guadeloupéens et «français de France».
Cela pourrait faire sourire par son caractère grotesque mais il s’agit d’une véritable provocation. Quant au procureur il a dénoncé le caractère discriminatoire de l’article et insisté sur le danger que Arékian faisait courir à «l’unité de la Nation»!
Ce procès a rappelé d’autres procès coloniaux qui ont eu lieu dans le passé. Les quatre avocats de la défense ont bien fait remarquer le caractère anachronique de cette affaire. Maître Démocrite a particulièrement renversé la vapeur en démontrant que la discrimination raciale était du côté d’une minorité de Blancs qui a tous les privilèges ici. Il a mis en cause tout un système qui lèse des Guadeloupéens victimes de discrimination surtout pour des postes de responsabilité au niveau de la justice et de l’administration.
Le procureur a finalement réclamé une amende de 2500 euros avec sursis. Le jugement sera rendu le 30 mars.
Ne s’agit-il pas, au travers de toutes ces péripéties, d’une attaque colonialiste vicieuse contre la liberté d’expression? Nombreux sont ceux qui le pensent! En tout cas, on voit bien qu’il y a encore en Guadeloupe des colonialistes camouflés au sommet de différents services d’Etat et qui, dès qu’ils se sentent en bonne position, n’hésitent pas à passer à l’attaque!
Il faut être prêts à leur montrer que ce moment favorable pour eux n’est pas encore arrivé, quoi qu’ils en pensent!
Le 30 mars, la mobilisation doit être plus importante pour que la justice coloniale recule.



Guadeloupe
Arrestations, reconduite au pays: les Haïtiens traqués

Quasiment chaque jour des Haïtiens sont enfermés dans le centre de rétention de l’ancien aéroport du Raizet, dans des conditions inhumaines, avant d’être renvoyés au pays. Cela commence par une véritable chasse à l’homme. Les contrôles d’identité, les perquisitions ont lieu chaque jour. Le matin, à l’heure où beaucoup, et entre autres les travailleurs haïtiens, prennent la route, des gendarmes interceptent des transports en commun, vérifient, arme au poing, les identités et embarquent dans des fourgons réservés à cet usage ceux qui n’ont pas leurs papiers.
Pas question de savoir si vous avez des enfants, des proches à informer. Peu importe si vous êtes certain de mourir dès votre arrivée en Haïti, mourir de misère ou à cause de violences politiques. Vous pouvez être utile à la Guadeloupe, parce que vous y exercez un métier dans l’agriculture, le bâtiment ou ailleurs. Vous avez peut être de vieux parents, des enfants qui attendent tout de vous, qui n’auront plus rien à manger en Haïti si vous ne travaillez plus en Guadeloupe. Vous êtes peut être en Guadeloupe depuis de longues années.
Ce n’est pas le problème de ceux qui ont ordonné cette politique d’expulsions. A eux, il faut du chiffre: en 2005, il fallait 2000 expulsions en Guadeloupe et 20000 en France. Pour 2006, Sarkozy exige 25 000 expulsions pour toute la France et 2500 en Guadeloupe. En 2005, les chiffres n’ont pas été atteints, montrant qu’il y a beaucoup de mensonges et qu’il n’y a pas en Guadeloupe les 20 000 clandestins annoncés par des politiciens en mal d’électeurs.
Même certains membres des «forces de l’ordre», ici et là, s’indignent de cette tache inhumaine qui leur est imposée. Dans toute la France, les centres de rétention sont une véritable honte: pas d’hygiène, pas de respect de l’être humain et ils ne sont pas prévus pour loger tant de monde. C’est justement à cause de cette surpopulation -il n’y a vraiment plus de places au Raizet- que les contrôles ont diminué ces jours ci.
Une seule question: les dépenses et les efforts déployés pour cette chasse à l’homme, le prix des billets d’avion, n’auraient-ils pas été plus utiles en Haïti à aider au développement, à l’école, de façon à offrir d’autres choix pour les plus pauvres que celui, de venir «chercher la vie» dans des lieux où la vie est moins cruelle, mais où ils sont pourchassés, humiliés à chaque instant?
Le gouvernement français et Sarkozy en particulier ont fait de la «chasse aux étrangers» un point fondamental de leur politique. Ils chassent sur le terrain de Le Pen, car ils doivent lui prendre des voix pour les élections de 2007! Mais aussi, ils essaient de détourner contre les immigrés la colère des travailleurs et des jeunes contre la politique désastreuse qu’ils mènent: une politique qui ne règle pas les problèmes du chômage, de la précarité, de la santé pour tous et au contraire les aggrave.



Basse-Terre
Menaces contre les précaires avec la décentralisation! Ceux du Collège de Bébel manifestent au Conseil Général

Vendredi 3 mars, dans leur lutte contre l’arrêt de leurs contrats, les 13 employés CEC et emplois-jeunes du collège de Bebel à Sainte-Rose ont participé à une manifestation avec les grévistes de Danone devant le Conseil général. Cette collectivité est en effet responsable de la gestion des collèges. Avec la décentralisation, les TOS, ces fonctionnaires de l’Education nationale, viennent en effet d’être transférés au Conseil général.
Les manifestants ont dénoncé le scandale qui fait qu’il y a davantage de salariés à statut précaire que de fonctionnaires pour faire fonctionner les collèges en Guadeloupe, «70% de précaires contre 15% en métropole » aurait déclaré M. Quiaba, porte parole du collectif des emplois précaires. En se désengageant, le gouvernement a profité pour se débarrasser de certains collègues: selon le Conseil général, seuls 2 sur les 13 agents en lutte pourraient passer sous sa responsabilité.
Face à cette situation scandaleuse, ceux de Sainte-Rose ont choisi de se battre. Ils se sont adressés par tract aux autres précaires des collèges en Guadeloupe. Ils ont contre eux l’Etat, l’Education nationale, qui les ont utilisés plusieurs années –certains ont commencé avec des contrats TUC, il y a donc bien longtemps! Ils ont aussi contre eux les politiciens du Conseil général, tout émoustillés de leurs nouveaux pouvoirs, mais bien incapables de se battre pour des emplois en nombre suffisant et avec des statuts décents dans les services qu’ils doivent gérer aujourd’hui.
Mais ces travailleurs peuvent avoir de leur côté l’ensemble des précaires et des agents de la fonction publique, titulaires ou pas! Car cette affaire de «décentralisation» par différents aspects est une menace pour l’ensemble de ces travailleurs! Il faut aller le leur dire et les convaincre qu’ils sont concernés par les problèmes qui touchent les travailleurs du collège de Bebel.



Pointe-à-Pitre
Conférence-débat sur l’histoire coloniale de la Guadeloupe

A l’initiative de treize organisations syndicales, le 23 février, neuf historiens ont présenté leurs «visions de l'histoire coloniale de la Guadeloupe». Suite à l’annulation du texte de loi sur les bienfaits du colonialisme, cette conférence a remplacé la manifestation prévue par ces syndicats. La salle et le hall de la Mutualité étaient remplis, témoignant de l’intérêt porté au sujet. La qualité des exposés a montré qu’aujourd’hui les travaux de ces chercheurs ont mis à jour et analysé de nombreux documents sur l’histoire de la Guadeloupe, la Martinique et la Caraïbe.
J. Adélaïde-Merlande a dénoncé les massacres des Caraïbes par les Français, G. Lafleur a parlé des engagés européens, qui ont précédé l’esclavage des Africains. Dans son exposé «Blancs, demi blancs, sang-mêlé, nègres créoles et Africains au XVIIIe siècle», Frédéric Régent a présenté des documents sur les métis nés de blancs et de femmes amérindiennes ou esclaves noires, métis reclassés blancs par la suite pour les besoins des possédants. Caroline Oudin-Bastide a traité le travail «pour soi», le travail du samedi des esclaves, obligés de consacrer du travail supplémentaire à leur propre subsistance, mais un travail rémunéré qui a eu des conséquences importantes dans la relation au travail. R. Boutin connu pour ses études sur les Indiens en Guadeloupe a exposé «La mise en place de la société post-esclavagiste». Une jeune femme, Claire Palmiste, a en particulier cité les coupures de la presse aux Antilles sur les réticences des hommes au droit de vote des femmes et à leur entrée en politique au début du XXe siècle. Enfin, René Bélénus a soulevé des questions sur le passage de la colonie au département. Ces sujets restent encore trop peu connus de la plupart et d’autres initiatives de ce type sont à organiser.



Hilaire Lefort déterminé à se battre pour que justice soit rendue

Hilaire Lefort ne baisse pas les bras. Suite à l’annulation de la plainte qu’il a déposée contre des gendarmes de Basse-Terre, il a fait appel. La justice n’a pas voulu reconnaître qu’il y a eu violence policière et n’a pas donné de suite à l’affaire. C’est probablement dans le but de décourager un octogénaire, fragile de santé. Mais M. Hilaire Lefort a décidé d’aller jusqu’au bout comme il le répète lui-même «jusqu’à son dernier souffle».
Traumatisé par ce qui lui est arrivé chez lui en février 2005, il a pu se remonter le moral grâce au soutien du « comité contre le racisme et l’humiliation » dont il a suscité la création suite à ses problèmes. Le comité se mobilise pour soutenir en appel M. Lefort le jeudi 9 mars au tribunal de Basse-Terre. Un meeting a eu lieu le lundi 6 mars à la salle Rémy Nainsouta. La presse locale ainsi que la presse nationale ont été invitées à une conférence de presse le mercredi 8 mars à la maison de Marie-Galante. Le comité a adressé un courrier au ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkosy pour une rencontre lors de son passage en Guadeloupe.
Face aux juges, M. Hilaire Lefort expliquera de nouveau les faits: des gendarmes l’ont battu, menotté à son domicile puis l’ont embarqué sans ménagement et l’ont gardé à vue 48 heures dans un cachot nauséabond à Basse-Terre. Toutes ces brutalités et cette humiliation pour un simple différend de voisinage. M. Lefort sera assisté de son avocat maître Félix Rhodes.




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