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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 11 mars 2006      N° 941
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Martinique
A propos des incidents du carnaval 2006

La presse a largement parlé d’incidents ayant eu lieu lors de soirées privées durant le carnaval 2006. De nombreux témoignages ont fait état de bandes de jeunes, « pas toujours issus de milieux défavorisés », qui ont imposé leur présence pour profiter gratuitement des réjouissances. Il s’agissait, semble-t-il, de bandes de plusieurs dizaines de jeunes, de 60 à 80, arrivant en moto et même en voiture. Certains organisateurs ont accusé les forces de police ou de gendarmerie de ne pas être intervenues lorsqu’elles ont été sollicitées.
Lors d’un forum organisé sur une radio privée, un certain nombre d’auditeurs sont intervenus pour aller dans le même sens qu’un invité qui trouvait anormal que des foules puissent fuir devant quelques jeunes et prônait la mise en œuvre de « méthodes adaptées », sans attendre sur l’intervention des gendarmes, pour régler le problème. Et d’ajouter que ce type d’incident pourrait porter préjudice à l’existence même du carnaval.
Le carnaval est avant tout une fête populaire qui met en mouvement des dizaines de milliers de personnes. Les pouvoirs publics prennent en charge la gestion de certains moments (manifestations de jour sur la voie publique, par exemple), mais laissent d’autres à l’initiative de personnes privées. Conscientes de cet état de fait, de plus en plus personnes se sont donc mis à exploiter ce filon et à organiser toute une activité économique autour de cet événement, dont les fameuses soirées qui sont fort lucratives.
Aujourd’hui, le risque de voir s’introduire dans les soirées des bandes de jeunes au comportement provocateur voire violent, est encore accru par la consommation d’alcool fortement encouragée par les publicités tapageuses des grosses sociétés de producteurs et vendeurs de bières, de rhums et autres alcools. A cela il faut ajouter que le comportement vindicatif, macho, voire violent du «ti-mal», est systématiquement proposé aux jeunes dans les séries télévisées et autres émissions comme un bon moyen de s’affirmer ou au moins de « se lâcher ». Alors il n’est guère étonnant qu’à l’occasion de cette fête, il se trouve des adeptes de ces méthodes car, comme on dit: «qui sème le vent, récolte la tempête». Il n’est pas étonnant non plus que l’introduction intempestive de telles bandes de jeunes soit à l’origine d’une dégradation de la situation en cas de réaction hostile.
Mais ce que n’admettent surtout pas les organisateurs de telles manifestations, c’est le fait que leur tranquillité soit perturbée par des intrus qui, outre un problème de sécurité des personnes, leur font courir un autre risque: celui de tuer une poule aux œufs d’or.



Le Nigéria va-t-il vers une guerre civile causée par le pétrole?

Le Nigéria est une République fédérale. Son président qui est à la fois chef d’Etat et chef du gouvernement est Olusegun Obasanjo depuis le mois de mai 1999. Le Nigéria est l’Etat le plus peuplé du continent africain avec 134 millions d’habitants. 175 langues sont parlées sur l’ensemble du territoire nigérian, qui fait un peu plus de de 923 000 km2 (plus grand que la France plus l’Italie)!
Le sous-sol du Nigéria est riche en ressources naturelles mais la principale source de revenu du pays est constituée par le pétrole et le gaz. Mais on y trouve aussi beaucoup de métaux comme l’étain, le fer, le plomb, le zinc,…ainsi que du charbon. Toutefois, le Nigéria est l’un des rares pays au monde possédant d’importantes ressources pétrolières avec un déficit budgétaire. Il est classé comme le deuxième pays le plus corrompu du monde (l’organisation Transparency International en 2003). En 2005 la Banque mondiale a pu faire récupérer 700 millions de dollars détournés dans les banques suisses par le général Sani Abacha élu à la tête de l’Etat en 1993, et mort subitement en 1999.
A peine un quart de la population du Nigéria bénéficie tant soit peu des revenus du pétrole. Toutefois, le pays reste la quatrième puissance économique du continent africain après l’Afrique du Sud, l’Algérie et l’Egypte. Mais ces richesses sont pillées par des grandes compagnies internationales notamment la Shell dans le Delta du Niger.
Des groupes armés de la région qui affirment ne pas supporter ce pillage, mènent des actions de terrorisme, prennent des otages et se livrent à des attaques contre l’armée car les centres de pompage au Sud sont pour la plupart gardés par l’armée.
Les habitants du Delta sont très remontés contre la militarisation et cela provoque l’apparition de groupes opposés à cette politique. C’est ainsi qu’à la fin du mois de février dernier un groupe nommé « Mouvement de libération du Delta du Niger (MLDN)» a enlevé quatre employés étrangers de la Shell. Le dimanche 26 février une attaque contre l’armée a eu lieu contre une plate-forme de Shell.
Il faut signaler que le MLDN, inconnu jusque – là dans le pays, ne réclame pas de rançons, mais revendique le contrôle des ressources dans le Delta appauvri. Le groupe demande que les USA et l’Union Européenne conseillent à leurs ressortissants au Nigéria de partir immédiatement. Il exige également la libération du leader de la force des volontaires du peuple du Delta du Niger (Mujahid Dokubo-Asari), groupe interdit par les autorités nigérianes. Ce groupe affirme avoir la détermination et la force de détruire la capacité du Nigéria d’exporter du pétrole ou autres produits pétroliers.
Voilà où en est aujourd’hui la situation au Nigéria. Est-il aujourd’hui au bord d’une guerre civile qui serait motivée par le contrôle de certaines zones pétrolières? Ce n’est pas impossible ; dans le passé ce pays (et toute l’Afrique!) a connu d’autres tentatives de ce genre qui étaient, elles, appuyées en sous-main par certaines grandes puissances au détriment d’autres, par exemple pour le contrôle des richesses du Biafra.
Cela ne peut qu’aboutir à des conflits interminables où les intérêts des populations et des couches laborieuses ne sont pas mis en avant ni même pris en compte par les divers belligérants. Bien au contraire.



Saint-Martin
Qui a intérêt à faire mousser des mensonges? (Extrait de l’écho de l’ANPE)

Le gendarme Clin de St Martin tué involontairement par un motard sur un «tirage» n’aurait pas été victime de non assistance et de racisme anti-blanc. D’autres témoignages de Blancs et de Noirs contredisent cette version. Madame Clin est même revenue sur ses déclarations précédentes. Par contre, il semble que le gendarme ait sorti son révolver avant. Alliot-Marie, ministre de la défense ferait mieux de vérifier ses informations avant de parler de regrouper toutes les familles de gendarmes par mesure de sécurité!



19 mars 1946 - 19 mars 2006: 60 ans d’assimilation

En cette période où il a été question des «bienfaits du colonialisme», peut-on penser que les Antilles et les autres DOM ont été des exemples de colonisation réussie? Ce que le colonialisme français n’a réussi ni en Afrique, ni en Algérie, ni en Indochine, l’aurait-il réussi dans les quatre dits Départements d’Outre-mer, Réunion, Guyane, Martinique, Guadeloupe dont le niveau de vie est aujourd’hui très supérieur à celui de toutes les ex-colonies d’Afrique, ou d’Asie aujourd’hui indépendantes?
Après l’abolition de l’esclavage en 1848 dans les territoires des Antilles d’aujourd’hui, il y a eu des dizaines d’années de lutte des travailleurs et des populations pour faire respecter leur dignité, pour arracher le droit à l’éducation, pour arracher aussi des revenus leur permettant de vivre avec un minimum de décence.
Avant 1946, année de la loi d’assimilation (ou de départementalisation), il y eut donc près d’un siècle de luttes ponctuées de massacres, d’assassinats par les forces de répression. Tout au long de ce siècle, les grèves des ouvriers agricoles ont été marquées par des assassinats de grévistes, des fusillades qui réprimaient les grèves et les soulèvements populaires (septembre 1870 en Martinique). Mais tout au long de ce siècle, le mouvement ouvrier réussit à s’organiser et à arracher des droits pour les travailleurs.
A la fin du XIXe siècle et au début du XXe, les syndicats firent leur apparition, ainsi qu’un mouvement socialiste qui s’affirmait contre l’exploitation. L’accent fut mis sur la nécessité de développer l’instruction publique et d’envoyer les petits fils d’esclaves à l’école. La population fit grand cas de cette possibilité d’éduquer ses enfants, car elle espérait, en les poussant à l’école, les faire échapper à l’enfer de l’exploitation qu’elle vivait dans les champs de canne.
En 1946, au lendemain de la guerre, la misère était au plus haut point. Les populations avaient subi aux Antilles les affres du blocus imposé par les Américains à deux îles qui officiellement étaient gouvernées par l’état de Vichy (Pétain). Aux difficultés d’approvisionnement s’ajoutait le comportement dictatorial et répressif des deux gouverneurs, Robert et Sorin. Ceux-ci s’appuyaient sur la force armée, les gendarmes et les troupes du navire militaire Jeanne d’Arc, pour imposer toutes sortes de mesures et d’exactions contre la population. Ce fut une période de misère, de maladie, de mortalité accentuée des enfants.
Au sortir de la guerre, les députés de gauche, communistes et socialistes, votèrent la loi dite d’assimilation,qui faisait des colonies d’Amérique des départements intégrés à la République française. Le but visé était d’obtenir de faire appliquer les mêmes droits, les mêmes lois sociales qu’en France métropolitaine, en particulier la Sécurité sociale que la bourgeoisie française venait de concéder aux partis de gauche et aux syndicats par peur d’explosions de mécontentement de la classe ouvrière.
Pourtant, il a fallu ensuite plus de 50 ans de conflits, de grèves, de manifestations, de demandes répétées pour que toutes ces lois sociales soient intégralement appliquées dans les DOM. Par exemple pour les allocations familiales qui n’étaient pas entièrement versées aux familles, pour les salaires minimum (SMIG puis SMIC) et même pour le RMI récemment! Et jusqu’à aujourd’hui, la tendance est toujours présente au niveau des gouvernants, à freiner ou à ralentir l’extension vers les DOM des mesures favorables à la population.
Par la suite, au début des années 60, les gouvernements successifs ont appliqué différents plans pour améliorer l’habitat, résorber le chômage, soutenir telle ou telle filière agricole, et la population a profité des retombées. Mais ce sont bien entendu les grosses sociétés de construction de routes, de bâtiments publics, des ports, aéroports, les grosses sociétés agricoles, les gros planteurs qui ont bénéficié de la manne gouvernementale. Ce sont elles qui ont profité le plus largement de toute cette politique de rattrapage mise en œuvre par le gouvernement durant près de 50 ans.
Mais si le gouvernement français a mené une telle politique dans les DOM, c’est parce que ces îles d’une part avaient toujours été considérées comme des colonies qui rapportaient de la richesse à la métropole, qui y était donc très engagée ; d’autre part parce qu’elles étaient beaucoup plus limitées en territoire et en population que l’ensemble des autres colonies africaines ou asiatiques. Là par contre, il ne fut jamais question «d’assimiler» la population, en tout cas d’appliquer une politique identique à celle menée dans les DOM.
Pour des raisons historiques, «l’assimilation» des populations du Maghreb ou de l’ex Indochine ou d’Afrique aurait posé des problèmes plus compliqués qu’aux Antilles et à La Réunion. Le peu qui a été fait dans ces régions, même étalé sur des dizaines d’années, n’a même pas été tenté dans les autres colonies parce que cela représentait des efforts budgétaires que les gouvernement n’ont jamais voulu faire. L’argent public étant surtout réservé à ces véritables lobbys coloniaux (ex: en Algérie dans le vin, le tabac ou en Indochine dans les plantations d’exportations) qui s’opposaient à toute mesure progressiste, sociale favorables aux populations.
Mais aujourd’hui, ni le gouvernement, ni les nostalgiques de l’époque coloniale ne peuvent se féliciter d’avoir «réussi la colonisation» des DOM, car tout ce qui a été fait dans ces îles a été marqué tout au long de leur histoire par des luttes incessantes des descendants d’esclaves, par des grèves, des manifestations, où le prix du sang a été payé pour chaque progrès arraché. Mais ce qui a été ainsi rendu aux exploités de ces îles ne représente qu’une infime partie des richesses qu’ont produites leurs ancêtres esclaves pendant plus de deux siècles pour l’enrichissement et le développement de la dite Métropole.




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