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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 13 janvier 2007      N° 959


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Page 4

Haïti
Quels souhaits pour une autre année?

Pour la fin de l’année 2006, les médias n’ont pas fait la Une avec de nouveaux enlèvements. Ce calme sur les ondes n’était qu’apparent car dans les quartiers de la capitale les bandits étaient bien présents même s’ils n’utilisaient pas leurs armes pendant quelques jours. C’est ainsi que sur la route nationale un, plusieurs bus ont été bloqués, les passagers dévalisés et certains blessés.
Durant cette année, le kidnapping est devenu la source de revenu d’une bande de salopards, des malfrats qui agissent soit pour leur propre compte soit comme mercenaires à la solde de politiciens. Dans tous les cas c’est la population pauvre qui supporte le poids de ces exactions. Pour espérer une libération d’un parent enlevé, les familles se saignent aux quatre veines pour trouver l’argent de la rançon en espérant que cela suffira à faire libérer l’otage.
Ces derniers mois les kidnappeurs ont franchi une autre étape en s’attaquant systématiquement à des enfants, devant les écoles, dans les bus scolaires et ils ont assassiné les otages malgré le versement de la rançon. Pour faire pression sur le gouvernement, disent ces assassins, en obligeant les écoles à fermer. Ce sont en fait des lâches, ces assassins qui ne s’attaquent pas aux responsables qu’ils disent viser, ils ne s’attaquent pas aux hommes en armes qui protègent le gouvernement et les bourgeois qu’ils servent, ils ne s’attaquent pas aux forces militaires internationales qui ont pour mission de ramener le calme. Ces malfrats font leur politique avec la peau des gens de la population.
De la même manière les bourgeois haïtiens font leur fortune avec la peau des travailleurs. Dans les usines de la zone industrielle, où les ouvriers touchent moins de deux euros par jour pour plus de 8 heures de travail, les patrons n’ont pas payé les boni de fin d’année et ont révoqué des ouvriers qui protestaient. Les rares patrons qui ont payé les boni ont calculé sur les mois les plus bas de l’année pour que la somme soit la plus basse.
Les politiciens qui se sont présentés aux élections locales demandent l’annulation des scrutins quand ils n’ont pas réussi à bourrer les urnes en leur faveur et quand ils ont réussi leur coups ils paradent dans les rues de la commune en promettant qu’ils rendront demain meilleur. En attendant ils occupent les postes et servent leurs intérêts sur les dos de la population.
Les bandes armées, les policiers, la MINUSTAH, le gouvernement, les politiciens ne se soucient pas du sort de la population laborieuse. Ils tirent tous leur subsistance de l’exploitation de cette population.
Le souhait pour cette année est qu’une partie des travailleurs qui ont perdu leurs illusions dans ces hommes providentiels, des travailleurs qui se disent qu’ils ont en eux la force de changer cette situation, se regroupent et posent les bases de l’organisation qui leur manque pour reprendre le combat contre les oppresseurs armés, les oppresseurs économiques, jusqu’à les vaincre.



Afrique
Explosion d’un oléoduc au Nigéria, des centaines de victimes

Le mardi 26 décembre 2006, l’explosion d’un oléoduc (canalisation qui transporte du carburant) à Lagos a fait plus de 300 morts brûlés et des dizaines de blessés, dans cette capitale économique du Nigeria.
En effet, dans la nuit du lundi à mardi 26 décembre des voleurs ont éventré un oléoduc, dans un quartier du Lagos très peuplé appelé Abule Egba, pour subtiliser du carburant. La nouvelle s’est répandue et les gens ont rappliqué en masse pour se servir. C’est alors qu’une explosion a eu lieu tuant et brûlant des centaines de personnes. Certains parlent de 300 à 500 morts et presque autant de blessés.
Il faut savoir que le Nigeria est le pays le plus peuplé d’Afrique (près de 132 millions d’habitants) et le plus grand producteur de pétrole du continent. Il est le cinquième exportateur de pétrole du monde. Près de 60 % de sa population vivent sous le seuil de pauvreté avec 1 dollar par jour. C’est dire le dénuement dans lequel se trouvent ces gens qui n’hésitent pas à prendre d’aussi grands risques pour survivre.
Ce genre de vol se produit souvent à Lagos ; le dernier vol de ce type a eu lieu au mois de mai 2006 et il y eu 200 morts et des dizaines de brûlés. Ces vols représentent, paraît-il, 5 % de la production de carburant du pays. Ils sont commis par des voleurs très organisés et bénéficiant parfois de complicités haut placées. Mais en fin de compte c’est toujours les plus pauvres qui trinquent.



Saddam Hussein pendu par ses pairs

Samedi 3O décembre a eu lieu l’exécution de Saddam Hussein, qui a été condamné à mort par pendaison par le Haut tribunal irakien, pour crime contre l’humanité, après le massacre de 148 Chiites de Doudjaïl en 1982. Cet ancien dictateur irakien, ancien bourreau tortionnaire, a été mis à mort par des bourreaux tout aussi tortionnaires, comme nous l’a montré la vidéo de son exécution, largement diffusée sur internet. Les crimes perpétrés par ce chef irakien sont tout aussi condamnables que les crimes commis par les puissances occidentales (la colonisation, l’esclavage, soutien à des dictateurs sanguinaires).
A quand la condamnation des puissances impérialistes, dont les Etats-Unis, qui ont soutenu le régime de Saddam durant les vingt premières années, qui sont restées passives face à l’extermination de plus de deux cent milles Kurdes pendant l’opération Al-anfal en 1988, par l’utilisation d’armes chimiques.



Point de vue d’Arlette Laguiller. En 2007: mal-logés ou sans-logis vous aurez droit à des discours

L'action d'associations comme "Les enfants de Don Quichotte" a fait bouger les choses pour les sans-logis.
Il faut certes du culot de la part de Jacques Chirac pour annoncer, dans son discours de voeux, qu'il veut inscrire "le droit au logement opposable" dans la loi. Cela fait près de douze ans qu'il est au pouvoir et pendant ce temps le nombre de mal-logés et de sans-logis n'a cessé d'augmenter sans que cela fasse bouger le président de la République! Mais, enfin, au moins en paroles, Chirac reprend une vieille revendication des associations qui militent pour le droit au logement, demandant une loi qui obligerait les pouvoirs publics à assurer un logement à chaque citoyen sous peine de sanctions. Mais les associations sont les premières à exprimer leurs craintes que les choses en restent au slogan car, pour reprendre l'expression du responsable d'Emmaüs, "il ne suffit pas de proclamer pour le faire".
Des lois qui assurent qu'un logement est un droit, il y en a eu dans le passé. La première du genre date de 1982, il y a un quart de siècle, avec le résultat que l'on sait. On estime aujourd'hui à 100 000 le nombre de celles et ceux qui vivent dans la rue. Mais il faut y ajouter près d'un million de personnes qui sont privées de logement personnel et qui sont hébergées par la famille ou des amis ou vivent dans des foyers, quand ce n'est pas dans des caravanes. Et le nombre de personnes inscrites sur les listes d'attente de logement social avoisine le million et demi.
Le problème n'est pas vraiment nouveau car l'économie capitaliste n'a jamais pu assurer un logement correct à l'intégralité des classes populaires. Mais, depuis quelques années, cet état de choses s'est aggravé. Non seulement le nombre des sans-logis s'accroît sans cesse mais, parmi eux, il y a une proportion croissante de personnes qui ont un travail mais dont le salaire insuffisant ou la précarité de l'emploi font qu'aucun bailleur ne leur loue un logement.
Cela fait plusieurs années, en effet, que la spéculation immobilière fait flamber les loyers au point que des taudis qui ne méritent pas le nom de logements sont loués à des prix inabordables.
Que changera "le droit au logement opposable" promis par Chirac? Si la mobilisation autour des sans-logis retombe, cela peut n'être qu'une promesse électorale de plus, oubliée aussitôt les élections terminées. Et quand bien même une loi serait votée dans ce sens, contre quelle autorité se retourner pour faire respecter son droit au logement? Contre l'État? Contre les municipalités? Mais il y a déjà une loi qui oblige les municipalités d'une certaine taille à construire 20 % de logements sociaux! Mais il suffit aux municipalités riches, dont Neuilly où Sarkozy a été maire, de payer une modeste amende pour préserver leurs citoyens fortunés de toute mixité avec des pauvres!
L'État pourrait, s'il le voulait, briser la spirale de la spéculation immobilière. Il devrait prendre l'initiative de construire lui-même les centaines de milliers de logements, corrects et à loyer accessible, qui manquent sans en passer par les bétonneurs à la Bouygues, c'est-à-dire sans générer du profit privé pour les promoteurs. Et, quant aux terrains dont la rareté et la cherté sont invoquées par tant de municipalités riches, ce n'est pas un problème à condition de prendre les mesures coercitives qui s'imposent pour réquisitionner les terrains nécessaires (comme d'ailleurs les immeubles inhabités du genre de celui occupé depuis peu à Paris par l'association Droit au logement).
Mais, pour cela, il faudrait être prêt à marcher sur quelques privilèges et être capable d'appliquer une mesure en faveur des démunis avec la même détermination et la même célérité que lorsqu'il s'agit de favoriser les riches.
Bien que Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy rivalisent pour promettre un logement pour tous, il serait naïf de les croire sur parole.

(Editorial des bulletins d'entreprises (02/01/07)
Arlette Laguiller



Éthiopie/Somalie
La corne de l’Afrique, une nouvelle fois, s’embrase

Depuis des années, l’Ethiopie et la Somalie sont l’enjeu de guerres brutales qui tuent, blessent et affament leurs populations respectives. Au palmarès de «l’indice du développement humain», l’Ethiopie végète au 170e rang (sur 177) tandis que la Somalie ne figure même plus dans les classements.
Aujourd’hui, un nouveau conflit entre ces deux pays a débuté. Les relations entre les deux voisins s’étaient nettement détériorées depuis la montée en puissance des islamistes somaliens («tribunaux islamistes») qui s’opposent à un gouvernement fantoche soutenu par l’état américain, par l’intermédiaire de l’Ethiopie. Et pendant que les occidentaux déterminent la politique intérieure des états africains, les combats ont commencé et la famine a continué. Les colonisateurs anglais, français et italiens, les impérialistes ont durablement déstabilisé la région exacerbant les antagonismes nationaux, ethniques et religieux. L’Ethiopie qui partage plus de 1600 Km de frontière avec la Somalie est chrétienne et la Somalie est musulmane. Dès 1964 un conflit armé avait éclaté à propos de l’Ogaden, une province du sud de l’Ethiopie peuplée en majorité de somaliens et revendiquée par Mogadiscio. Dès son indépendance, la Somalie, a refusé le tracé frontalier hérité de l’époque coloniale. Mais les troupes éthiopiennes, une des plus puissantes armée d’Afrique infligent régulièrement de lourdes défaites à la Somalie, et l’Ethiopie intervient directement dans la politique intérieure du pays.
La guerre civile qui a débuté en 1991 à la chute du dictateur Mohamad Siad Barre, va livrer la Somalie aux seigneurs de guerre qui se sont approprié chacun un bout du pays (pas moins de 15 fiefs).Il s’en est suivi un chaos total qui ne dérangeait personne sinon les forces islamiques qui, constituées en forces armées d’opposition vont rallier une grande partie de l’opinion publique dans une population qui voulait faire face à l’anarchie de son état. Forts de ce soutien, les Islamistes vont s’emparer de la capitale Mogadiscio, et décréter la guerre sainte (jihad) contre l’Ethiopie qui soutient militairement le gouvernement de transition installé en 2004.
Les «tribunaux islamiques» fixèrent un ultimatum aux troupes éthiopiennes pour évacuer la Somalie faute de quoi «elles seront soumises à des attaques de grande échelle». L’ultimatum ayant expiré, de violents combats éclatèrent le 20 décembre entre les forces gouvernementales somaliennes, appuyés par l’Ethiopie, et les forces des «tribunaux islamiques».
L’armée éthiopienne plus puissante, forte de son aviation mit en déroute les islamistes qui le 21 décembre furent obligés de fuir la capitale. Le gouvernement d’Addis Abbeba invoque des impératifs de sécurité intérieure pour justifier son intervention militaire ; il est vrai que, les islamiques épaulent les rebelles éthiopiens du Front OROMO et les séparatistes de l’Ogaden. Mais, en fait, la vraie raison est que le régime éthiopien ne peut accepter l’instauration d’un régime somalien qu’il ne contrôle pas.
L’Ethiopie étant le protégé des Etats-Unis qui qualifient les rebelles islamiques «d’alliés d’Al qaïda», les chancelleries ne disent mot et les grandes puissances laissent faire l’Ethiopie, laissant s’aggraver le conflit, s’embraser la corne de l’Afrique avec l’entrée dans le conflit de l’Erythrée et s’exacerber les conflits ethniques et religieux. Et ce n’est pas la énième force onusienne déployée, comme presque partout dans le monde, qui empêchera la montée d’une insurrection (à l’irakienne) d’une partie de cette population islamique contre un gouvernement qui se sert d’une force étrangère chrétienne pour asseoir son pouvoir.
Dans ce conflit, d’aucun défend une religion, un territoire, un bout de pouvoir, mais la majorité de la population d’Ethiopie et de la Somalie dans tout cela? Personne ne défend ou ne tient compte de ses intérêts!
Pendant que l’ONU tergiverse, les marchands d’armes prolifèrent, les tueries continuent et la famine s’aggrave.