logo COMBAT OUVRIER
Organisation communiste révolutionnaire (trotskiste)
MSN Search
PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 21 juin 2008      N° 989


Sommaire   >   Page suivante   >   Accueil   >   Archives   >   e-mail  

À la Une

Éditorial

«Malgré les tergiversations des directions syndicales, la colère finira par exploser»
Arlette Laguiller

La mobilisation du 17 juin appelé par les syndicats CGT et CFDT a rassemblé un peu moins de gens que la précédente journée de grève le 22 mai. Mais que des centaines de milliers de travailleurs et de retraités soient de nouveau descendus dans les rues des grandes villes de France montrent assez qu'il y a des travailleurs en grand nombre qui veulent aller plus loin et mener une vraie lutte d'ensemble pour faire reculer le gouvernement sur sa politique scélérate contre les salariés et les retraités, et les chômeurs.
Mais la répétition espacée de telles journées ne suffira pas pour faire reculer le gouvernement. Il faut une vraie lutte se donnant comme but d'imposer les revendications et des reculs au patronat et au gouvernement à son service et se donnant les moyens pour cela. De plus, elles ne montrent pas une volonté claire d'engager une vrai combat et donc ne peuvent en rien rallier les hésitants et ni ceux qui sont trop campés dans leurs doutes ou leur scepticisme pour s'engager dans la lutte
. Ces journées font surtout la preuve de la modération, du manque d'esprit de lutte des directions syndicales et finissent par convaincre ceux qui ne font rien de continuer et par décourager ceux qui «font» à répétition, en leur montrant qu'on n'avance pas.
Notre camarade Arlette Laguiller dans son éditorial du 16 juin, dont nous publions des extraits ci-dessous, analyse la situation et prend position pour une véritable lutte d'ensemble des travailleurs. C'est la position de Combat Ouvrier face au patronat et au gouvernement réactionnaire mené par Sarkozy, Fillon, Bertrand et autre Jego et Hortefeux!
Arlette Laguiller écrit:
  La dernière en date des infamies du gouvernement est cette nouvelle loi sur "l'offre raisonnable d'emploi" qui consiste à obliger le chômeur à accepter n'importe quel emploi précaire, partiel, mal payé et, s'il ne l'accepte pas, son allocation de chômage sera d'abord diminuée, ensuite supprimée.  Il ne se passe pratiquement pas une semaine sans une de ces "réformes" qui, sous prétexte de déficit du budget de l'Etat ou de la Sécurité sociale, visent à vider les poches des salariés, des chômeurs, des retraités pour ne pas prendre aux riches, voire pour remplir encore plus leurs coffres-forts.
Et puis, il y a les attaques permanentes et directes du patronat lui-même : les restructurations ou les délocalisations qui se traduisent par des suppressions d'emplois ; la généralisation de la précarité; le blocage des salaires ou leur augmentation dérisoire alors que les prix s'emballent depuis plusieurs mois. Rien que la hausse extravagante du prix du carburant est une agression brutale contre le pouvoir d'achat de tous les salariés.
Cela ne peut et ne doit pas continuer comme cela!
Et pourtant, le gouvernement comme le patronat continueront à attaquer les classes laborieuses tant qu'ils ne se heurteront pas à une contre-attaque puissante du monde du travail.
Tous les salariés subissent les hausses de prix alors que les salaires ne suivent pas. Tous les travailleurs subissent les attaques gouvernementales contre les retraites, contre le remboursement des soins. Tout le monde du travail, et pas seulement les chômeurs, subit directement ou indirectement le poids du chômage et l'insécurité de l'emploi.
C'est tous ensemble que les travailleurs ont la force, la puissance sociale, pour menacer réellement la bourgeoisie et son pouvoir politique et pour les contraindre à reculer.
Ce serait aux centrales syndicales de préparer et d'organiser la contre-offensive des travailleurs. Elles ne le font pas. Elles ne cherchent à contraindre ni le gouvernement ni le patronat. Le rôle qu'elles entendent jouer, c'est celui d'avocat des travailleurs autour d'une table de négociations. Le patronat et le gouvernement mènent avec brutalité la lutte de classe mais les confédérations syndicales refusent d'organiser celle des travailleurs. Elles émiettent le mouvement avant même qu'il soit déclenché. Elles appellent les différentes catégories de travailleurs les unes après les autres et sur des revendications différentes.
        (...). Mais enfin, il y a quand même, ce mardi 17 juin, un appel à une journée d'action pour l'ensemble des salariés!
Il faut être nombreux car c'est le seul moyen de forcer la main des directions syndicales. Ceux qui ont l'âge de se souvenir de mai 68 savent que, si les confédérations syndicales ont, à l'époque, appelé à une journée de grève générale, c'est parce que le mouvement était parti de la base et qu'elles n'avaient pas le choix si elles ne voulaient pas se déconsidérer complètement et se faire déborder.
    (...)Malgré les tergiversations des directions syndicales, la colère finira par exploser.



Martinique
Les contrats aidés toujours en attente de postes

Entre janvier et février 2008, la quasi-totalité des établissements scolaires de la Martinique était fermée du fait de la mobilisation pour la réembauche des contrats aidés. Une cellule de reclassement a été mise en place par la Préfecture et le Rectorat pour assister les personnes dont les contrats n'ont pas été reconduits. Y participent également l'ANPE et des syndicats.
Comme il fallait s'y attendre, cette cellule qui s'est réunie à trois reprises (avril, mai et juin) n'a en fait aucune vraie solution à proposer à ces salariés privés d'emploi et qui étaient indispensables dans les établissements. Rectorat et Préfecture se contentent d'implorer, de suggérer à des organismes comme la CAF de mieux considérer la situation de ces personnes.
On est en droit de douter de la volonté de l'Etat et de ses relais de vouloir peser pour créer des emplois et permettre à chacun des chômeurs d'en avoir un. Car le gouvernement le dit et le clame sur tous les tons: les suppressions d'emplois dans la Fonction publique vont aller en s'amplifiant. Dès lors, cette cellule n'a d'autre but que faire patienter des personnes avec des discours creux en attendant que des mesures contraignantes ne leur tombent dessus comme cette fameuse loi en préparation sur l'offre d'emploi raisonnable.
Cette affaire montre bien, une fois de plus, qu'il ne faut faire aucune confiance aux propositions du genre «cellule de reclassement» , le seul moyen d'arracher quelque chose de concret, c'est d'être capable de tenir la lutte jusqu'à satisfaction. Sinon, il est clair qu'on obtiendra rien.
Les gouvernants tirent prétexte d'une situation économique difficile pour obliger des travailleurs à accepter leur situation. De plus en plus, il leur est demandé de réduire sur leurs demandes tandis que ceux qui sont à la tête de l'Etat, les patrons des grandes et moyennes entreprises se vautrent dans l'opulence. C'est le salaire d'un président qui augmente de 174%. C'est le budget de l'Elysée qui crève les plafonds. Ce sont des sommes colossales qui sont englouties dans un porte-avions qui passe plus de temps en cale sèche que sur l'eau, ce sont des milliards de subventions accordés aux patrons, des baisses d'impôts pour les riches ...! Qu'on ne soit pas étonné lorsque ceux qui font les frais de cette politique engageront une lutte farouche pour imposer une politique plus conforme aux intérêts de la majorité de la population.



Guadeloupe
Les postiers montrent la voie (Extraits d'un éditorial de C.O. diffusé dans les entreprises)

Les syndicats de La Poste, dont la CGTG, ont annoncé une grève illimitée à partir du mardi 17 juin. Ils se sont constitués en intersyndicale et protestent notamment contre la suppression de 43 postes en Guadeloupe.
Comme dans toute la fonction publique, les travailleurs de La Poste doivent faire face au plan de suppressions d'emplois considérables du gouvernement. Pour 2007, La Poste a fait état de 7100 suppressions de postes à temps plein, ce qui concerne 10.000 personnes physiques à l'échelle de la toute la France. Ces suppressions s'ajoutent aux 3600 déjà opérées en 2006. Le nombre de bureaux de plein exercice est ainsi passé de 12500 à 4700 en quelques années. La précarisation aussi a augmenté avec 36% d'intérimaires de plus.
Dans le même temps, alors que les salaires stagnent, la Poste a pu verser à l'Etat un dividende de 141 millions d'euros sur 943 millions de résultat net, un bénéfice qui a progressé de 16% en 2007.
Ce sont les travailleurs et les usagers de la Poste qui par contre font les frais de ces bons résultats. Tout l'argent que l'Etat réalise, il le fait sur leur dos: plus de travail pour ceux qui restent, des files d'attente qui ne cessent de s'allonger, des employés fatigués aux guichets quand ils ne sont pas harcelés ou agressés parfois par certains clients excédés. Il n'y a pas de bureaux de poste décentralisés. Il faut parfois prendre une demi journée pour se déplacer, d'une section éloignée du bourg et se rendre à La poste: prendre le transport en commun à l'aller comme au retour, piétiner dans une file d'attente interminable au guichet, voilà le lot de bien des usagers. Et comme toujours ce sont les plus pauvres qui trinquent le plus: ceux qui n'ont pas de voiture, pas de chéquier ou de carte de crédit.
Les employés doivent maintenant «faire du chiffre», comme dans le privé et se transformer en «commerciaux». Ils doivent proposer aux clients des «produits» comme ceux de la «banque postale», inciter à passer par «chronopost» ou autre service plus cher ou tout simplement proposer des enveloppes pré timbrées. Ils sont jugés sur leur capacité à le faire. Ils doivent en faire plus sans poste supplémentaire et tout cela ne fait qu'allonger le temps d'attente et augmenter la crispation de tous.
Les gouvernements s'emploient à casser les services publics en leur injectant une forte dose de privatisation.
Ceux de La poste ont bien raison d'exprimer leur colère par la grève jusqu'à satisfaction. Ils donnent ainsi l'exemple à l'ensemble de la fonction publique. Dommage que les directions syndicales fédérales ne cherchent pas à généraliser ces mouvements à l'ensemble des travailleurs du public au moins. A l'heure,où le gouvernement fait tout pour casser les 35 h, augmenter toujours plus le nombre d'annuités de travail pour percevoir une retraite pleine et entière, casser le code du travail, c'est ce qu'il faut faire.(...)